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"Je ne suis coupable de rien" : la défense de Patrick Kron, les doutes des députés

Y-a-t-il une affaire Alstom dans la vente de sa branche énergie à General Electric en 2014 ? Dans un face-à-face intense mercredi avec les députés, l'ancien PDG du groupe a démenti "toute pression" exercée par la justice américaine sur lui et son entreprise alors impliquée dans une affaire de corruption.

L'audition se voulait le point d'orgue de plusieurs mois de travail. Après avoir interrogé tous les acteurs du dossier, le président de la commission d'enquête sur la politique industrielle de l'État Olivier Marleix (LR) a tenté de faire une fois pour toute la lumière sur la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric au printemps 2014, à la surprise général des acteurs politiques et du monde des affaires.

Une cession qui n'avait alors rien d'anodin quand on sait qu'Alstom produisait les turbines nécessaires à l'alimentation de la majorité des réacteurs nucléaires français et de quatre de nos sous-marins nucléaires ! De plus, l'affaire a pris une tournure digne d'un roman noir quand la justice américaine s'est intéressée, à partir de 2010, à des cas de corruption de l'entreprise à l'étranger. Alors, à l'époque, le PDG de l'entreprise Patrick Kron était-il menacé personnellement par le Department of Justice, comme l'a clairement laissé entendre Arnaud Montebourg devant la commission ?

Pour le savoir, les députés ont donc mitraillé de questions Patrick Kron, patron de l'entreprise de 2004 à 2016, acteur principal de la vente de l'entreprise à General Electric, et soupçonné par certains d'avoir trahi les intérêts économiques supérieurs du pays pour se sauver lui-même.

Pour sa défense, Patrick Kron a affirmé et répété à plusieurs reprises n'avoir subi "aucun chantage", n'avoir signé "aucun accord" et nie avoir enduré "toute pression" par "les Américains ou qui que ce soit" :

Je le répète solennellement et sous serment, je n'ai jamais subi quelque pression que ce soit. Je n'ai jamais été exposé à aucun chantage de quelque juridictionPatrick Kron, ancien PDG d'Alstom

Patrick Kron redit qu'a posteriori, il n'est "coupable de rien", si ce n'est d'avoir vendu l'entreprise pour "sauver des milliers d'emplois en France et dans le monde" (voir vidéo ci-dessus). Pour la première fois, l'ancien pdg a cependant reconnu que c'est bien lui qui avait approché dès l'hiver 2014 Jeff Immelt, alors numéro 1 de General Electric, pour étudier un rapprochement...

Lire aussi >>> Affaire Alstom : Clara Gaymard revient sur les coulisses du rachat par General Electric

"Fred", l'employé sacrifié de l'affaire Alstom ?

Véritable affaire dans l'affaire, l'emprisonnement, en 2013, par la justice américaine, de Frédéric Pierucci, cadre d'Alstom, pour faits de corruption, ne passe pas. Actuellement, l'homme finit de purger sa peine de trente mois de prison aux États-Unis... Olivier Marleix et sa collègue Natalia Pouzyreff (LREM) sont allés lui rendre visite dans sa cellule il y a quelques jours. Les deux élus pensent qu'il a payé à la place de l'entreprise qui a elle-même reconnu sa responsabilité fin 2014 dans une affaire de corruption.

Trop tard pour sauver l'employé des filets de la justice de l'Oncle Sam. Dépassé par les événements, le cadre avait alors déjà choisi de plaider coupable, perdant alors le soutien de son entreprise, mais aussi son emploi et devant s'acquitter de frais juridiques astronomiques. S'adressant à Patrick Kron mercredi, la vice-présidente de la commission d'enquête Pouzyreff s'insurge :

La personne de M. Pierucci ne bénéficie de plus aucun soutien, il n'a reçu aucune visite de la part de représentants de la société Alstom, il est emprisonné pour trente mois, vous n'avez pas reçu la famille et il a plus d'une centaine de milliers d'euros de frais d'avocat non payés... Natalia Pouzyreff, vice-présidente LREM de la commission d'enquête

Là encore, Patrick Kron se dédouane et estime avoir fait tout son possible pour "Fred", "un sujet sensible et douloureux...". "La différence, c'est que vous vous êtes là, avec nous, alors que lui, il est au trou !", lui a lancé, mordant, Olivier Marleix.

Après deux heures et demi d'audition, les députés n'auront donc pas obtenu toutes les réponses espérées. Au moins la satisfaction que toutes les questions ont été posées...