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"Grand âge" : Dominique Libault défend son plan à neuf milliards d'euros

Devant les députés, l'auteur d'un rapport très attendu sur la dépendance a critiqué la "société de la performance" et appelle à un effort collectif pour mieux prendre soin de nos aînés.

Investir dans l'humain. C'est en substance le message qu'a délivré le président du Haut conseil du financement de la protection sociale aux députés mercredi. Auditionné sur son rapport "Grand âge et autonomie", fruit de plusieurs semaines de concertation, Dominique Libault a rappelé le défi que constituait le vieillissement de la population. En 2050, la population âgée de plus de 85 ans pourrait tripler.

Un changement d'échelle qui nécessite plus de moyens pour faire face :

D'ici à 2030, l'augmentation du besoin de financement est évalué à neuf milliards d'euros, dont trois milliards liés à la démographie et six milliards à des mesures nouvellesDominique Libault, 10 avril 2019

Cet effort porterait les dépenses pour le grand âge de 1,2 à 1,6% du PIB. "C'est un effort qui nous paraît acceptable, à regarder par rapport aux 34% du PIB déjà consacrés à la protection sociale", rappelle Dominique Libault. "Cette politique du grand âge, c'est construire une autre société. Il n'y a pas que la performance dans la vie !", insiste encore l'ancien patron de la Sécurité sociale.

Un tel financement pourrait notamment s'appuyer sur la pérennisation d'une partie de la contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS), censée arriver à échéance en 2024.

La balle dans le camp du gouvernement

Son rapport, riche de 175 propositions, met sur la table l'augmentation de 25% du personnel soignant dans les cinq ans, la revalorisation des salaires, surtout pour les aides à domicile, ou encore la baisse du reste à charge de 300 euros pour les retraités gagnant moins de 1.600 euros par mois.

La (re)structuration du secteur des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, très atomisé entre secteur public, privé et associatif est aussi évoquée. Le terme EHPAD lui-même devrait être remplacé, plaide Dominique Libault, au profit d'une autre appellation jugée moins "enfermante".

Le gouvernement doit prendre la suite et présenter à l'automne une "grande loi" pour faire financer par la "solidarité nationale" la prise en charge de la dépendance, comme l'a annoncé Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé a promis de s'inspirer très largement du rapport Libault, qui a également séduit toutes les sensibilités politiques en commission des affaires sociales.