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Retraites

Tour de chauffe pour les députés sur la réforme des retraites

Le débat législatif sur l'instauration d'un système unique de retraites a démarré mardi soir à l'Assemblée nationale. La commission spéciale a auditionné le secrétaire d'État Laurent Pietraszewski, mais les députés n'ont pas obtenu toutes les réponses à leurs questions.
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S'il en fallait la confirmation, les trois heures de discussion générale sur la réforme des retraites ont démontré que l'Assemblée nationale est divisée en trois camps bien distincts.

La République en Marche et ses alliés MoDem, ainsi que le groupe UDI, Agir et indépendants ont défendu la pertinence des deux projets de loi dévoilés la semaine dernière par le gouvernement. À gauche, les trois groupes (PS, GDR et LFI) ont, au contraire, critiqué unanimement cette "refondation" des différents régimes de retraites en un système unique, tant sur le fond que sur la forme. À droite, Les Républicains, qui plaident pour une réforme fondée sur une mesure d'âge, ont critiqué une réforme mal préparée, ce qui ne permet pas, selon eux, un débat serein et sincère.

Pour le gouvernement, c'est Laurent Pietraszewski, qui avait déjà pu s'échauffer en début d'année sur le sujet tant au Sénat qu'à l'Assemblée à l'occasion de deux débats, qui a défendu le bien-fondé de l'instauration d'un "système universel de retraite". Anticipant un long mois de débats rien qu'à l'Assemblée nationale, le secrétaire d'État a promis "écoute" et "respect" aux nombreux députés venus l'auditionner.

Les bons points mis en avant

Sans surprise, il a mis l'accent sur ce qui représente plusieurs avancées majeures selon lui. Un système plus égalitaire d'abord, qui devrait permettre de revaloriser sensiblement les plus petites pensions :

La fin progressive des régimes spéciaux ensuite, qui doit se faire de manière progressive, alors qu'il juge le système actuel "illisible".

Enfin, l'ancien député de la majorité a redit que la valeur du point serait doublement décidée par les partenaires sociaux et les parlementaires, sans possibilité de dévaluation :

Des simulateurs après le vote de la loi

Toutefois, ces promesses se sont heurtées à l'absence de simulateur précis pour que chaque Français puisse, à date, évaluer sa propre situation. Un manquement que reconnaît Laurent Pietraszewski, qui promet la mise en place de telles simulations "après le vote de la loi", une fois tous les paramètres connus :

Aujourd'hui, seuls plusieurs "cas types" sont présents dans l'étude d'impact du projet de loi. Des exemples qui ne sont pas sans poser problème au député socialiste Boris Vallaud, qui remarque qu'ils sont tous établis en prenant en compte un âge de départ à 65 ans, alors que l'âge légal restera à 62 ans :

65 ans, c'est le chiffre qu'a retenu le gouvernement en additionnant l'âge d'entrée sur le marché du travail (22 ans) et la durée de cotisation actuelle des actifs (43 ans). Mais le secrétaire d'État assure que ce sera bien aux partenaires sociaux, qui doivent se réunir à partir de jeudi avec le gouvernement dans une conférence de financement, de fixer les modalités précises des paramètres pour financer le futur régime.

Édouard Philippe avait proposé de fixer dans un premier temps un âge d'équilibre (ou âge pivot) à 64 ans, avant de retirer cette disposition du texte et de laisser la main au dialogue social.

Artisan de la réforme des retraites de 2010 et président de la commission des Finances, Éric Woerth a plaidé, au nom du groupe Les Républicains, pour un report de 62 à 65 ans l'âge légal de départ de tous les Français.

Des députés sur leur faim

Comme les socialistes, les élus de La France insoumise ont étrillé le contenu du texte, reprochant même à La République en marche de ne pas respecter les engagements de la campagne présidentielle de 2017.

Mais c'est surtout un sentiment de frustration qui a dominé mardi soir chez les parlementaires présents, jugeant ouvertement qu'ils n'avaient pas obtenu toutes les réponses à leurs questions :

"Il nous a empapaoutés", s'est même plainte la député Laurence Dumont (PS) à la sortie de l'audition. Consciente des limites de l'exercice, la présidente de la commission spéciale Brigitte Bourguignon (LaREM) a voulu rassurer ses collègues avant de clore la réunion : "Pour les personnes qui n'ont pas eu toutes les réponses à leurs questions, il y aura d'autres occasions...".

Les débats en commission pourraient durer deux semaines, avant le passage des textes en hémicycle à partir du lundi 17 février et un vote attendu le 3 mars.