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Réforme du code du travail

Syndicats et patrons face aux députés : ce qu'il faut en retenir

Organisations patronales et syndicales ont été reçues au pas de course par les députés, mercredi. En moins de trois heures, les députés ont écouté et interrogé les partenaires sociaux afin de préparer l'examen du texte sur les ordonnances, censé réformer le dialogue social et "flexibiliser" le marché du travail.
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  • Le contexte :

Après l'audition de la ministre du Travail mardi, les députés ont continué les auditions mercredi en organisant deux tables rondes avec les organisations syndicales et patronales. Mais le calendrier serré n'a pas permis des échanges dans la longueur. Les personnalités interrogées n'ont eu que dix minutes pour faire valoir leur point de vue, et à peine cinq minutes pour répondre aux questions des parlementaires.

  • L'essentiel :

L'ensemble des syndicats se dit prêt à poursuivre la concertation avec le gouvernement, prévue pour durer jusqu'en septembre. La CGT, très critique tant envers la méthode que le fond du projet, réclame une rencontre multilatérale entre tous les acteurs, ce qui n'est pour l'instant pas au programme. Quant aux représentants du patronat, ils se montrent globalement satisfaits des orientations proposées par le texte.

CFDT qui rit, CGT qui pleure

Même si les syndicats n'ont eu que dix minutes pour exposer leur position, ils ont pu exprimer des divergences de vue tant sur le projet de loi visant à réformer le code du travail par ordonnances que sur par la méthode employée par le gouvernement.

La CGT se plaint de n'avoir décroché que six heures de réunion avec l'exécutif, soit une heure par semaine. Sa représentante, Catherine Perret, assure avoir transmis un document de 15 pages avec des propositions, un document resté lettre morte selon elle.

Pour la CGT, c'est six heures de rencontre pour démanteler 120 ans de droit du travail conquis par des luttes sociales. Ce n'est pas acceptable.Catherine Perret, CGT

Le point de vue de la CFDT sur la concertation est tout autre. "Cette concertation existe, elle est intense sur un certain nombre de sujets", affirme la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq. Le syndicat estime même avoir eu gain de cause sur un sujet qui lui est cher, puisque le rôle de la branche pourrait se voir élargi à la "qualité de l'emploi".

Passe d'armes entre Medef et France insoumise

Autre duel qui traduit bien les positions qui animent le débat autour de cette réforme : le député France insoumise Adrien Quatennens, très hostile au projet gouvernemental, n'a pas ménagé le vice-président du Medef, Alexandre Saubot, très favorable à la réforme.

L'élu a ainsi demandé au patron quel "pin's" ce dernier comptait porter pour soutenir la réforme du code du travail... Une référence au badge "un million d'emplois" arboré par Pierre Gattaz, président du Medef, pour encourager François Hollande à aller plus loin dans les baisses des charges en 2014. Réponse du berger à la bergère : "Je ne suis pas un grand amateur de pin's, j'en porte assez peu..."

Un bilan plutôt qu'une nouvelle loi pour FO

Le soutien de Force Ouvrière, troisième force syndicale du pays, vis-à-vis du projet de loi, est loin d'être acquis, ses représentants étant hostiles à l'idée même d'une nouvelle réforme :

Nous ne sommes pas demandeurs de cette énième loi travail... Pas moins de soixante-cinq lois ont touché de près ou de loin le code du travail sous la précédente mandature.Michel Beaugas, secrétaire confédéral

Le syndicat aurait aimé une véritable évaluation des réformes et des dispositifs adoptés sous François Hollande, alors que la précédente loi travail, votée dans la douleur, n'est entrée en vigueur qu'en août 2016.

FO laisse cependant la porte ouverte en disant vouloir "juger sur pièces" le contenu des ordonnances, qui sera dévoilé cet été, avant la ratification de la loi en septembre.

Le désarroi de la droite

Lors de cette matinée d'audition, le député Les Républicains Gérard Cherpion a mis le doigt sur un des paradoxes de cette réforme par ordonnances. Devant le représentant de l'U2P, qui regroupe artisans, professions libérales et commerce de proximité, il avoue son impuissance :

"Comment faire pour prendre en compte vos demandes, alors que nous ne sommes pas les interlocuteurs du gouvernement dans cette affaire. Nous sommes simplement saisis pour une loi d'habilitation dont nous ne connaissons pas le contenu... et qui doit être déterminé par vous-mêmes !"Gérard Cherpion, député LR des Vosges

Après ces auditions, les députés ont démarré l'examen du texte mercredi après-midi en commission. Il sera examiné dans l'hémicycle à partir du 10 juillet.