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Coronavirus

Paroles de députés confinés : Damien Abad

Comment les députés vivent-ils cette période de confinement ? Comment continuent-ils à faire leur travail de parlementaires hors des murs de l’Assemblée nationale ? Quel regard portent-ils sur cette situation et sur l'action du gouvernement ? Entretien avec Damien Abad, député Les Républicains de l’Ain et président du groupe LR à l’Assemblée.
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Damien Abad, comment allez-vous ?

Je vais bien, mais je suis vigilant. J’applique les gestes barrière et je reste confiné chaque fois que je le peux. Je suis venu la semaine dernière à l’Assemblée nationale pour voter, au nom du groupe LR, les projets de loi d’urgence. Comme 10% des députés de mon groupe ont été testés positifs au coronavirus, il faut rester vigilant.

Comment vont les députés de votre groupe qui ont contracté le coronavirus?

Globalement, ils vont bien. Mais un député est toujours hospitalisé en réanimation. Les autres sont tous à leur domicile. Certains de ceux qui ne sont pas malades sont amenés à venir à l’Assemblée le mardi pour les questions au gouvernement. Nous les répartissons en fonction des demandes, des thèmes et de l’état de santé des députés. J’ai déjà une vingtaine de demandes pour la semaine prochaine. Tout le monde veut aller au front !

Le Parlement est censé faire la loi et contrôler le gouvernement, or vous ne siégez plus à l’Assemblée et vous avez laissé un large pouvoir au gouvernement le temps de l’état d’urgence sanitaire. Vous êtes aussi un député de terrain, mais confiné. Comment définiriez-vous votre rôle de député en cette période ?

Je crois que l’action de contrôle du gouvernement doit continuer mais pas de la même manière car il faut pouvoir laisser le gouvernement agir pendant cette crise. C’est pourquoi nous avons voté les projets de loi d’urgence le week-end dernier à l’Assemblée dans un esprit de responsabilité. Cette action de contrôle doit se poursuivre de deux manières : par les questions au gouvernement, chaque semaine, afin d’interroger les ministres sur les mesures qui sont prises, et par la mission d’information de suivi du Covid-19 mise en place par Richard Ferrand. Elle va regrouper tous les présidents de commission et permettre de contrôler l’action de l’exécutif.

La mission d’information créée à l’Assemblée nationale doit aussi assurer le contrôle parlementaire pendant l’état d’urgence sanitaire, comptez-vous y participer et comment va-t-elle travailler?

Cette mission pourra auditionner en visioconférence toutes les personnes qu’elle jugera utile d’entendre et devrait démarrer dès la semaine prochaine. Chaque président de commission sera co-rapporteur et organisera également des auditions et des réunions au sein de sa commission. Ensuite l’arbitrage se fera en conférence des présidents. La conférence des présidents se tient à distance mais a lieu comme d’habitude, chaque mardi matin à 10h. Chacun peut prendre la parole et rendre compte de la situation de son groupe. En cas de besoin, on se réunir plus souvent.

Cette mission d’information sera dotée de moyens d’investigation particuliers, ne va-t-elle pas couper l’herbe sous le pied à la commission d’enquête que vous voulez mettre en place à l’automne ?

Nous sommes particulièrement vigilants. La mission d’information de suivi du Covid-19 va travailler pendant toute la durée du confinement. Après, la question est de savoir si elle va se transformer, ou pas, en commission d’enquête. Je ne vois pas d’inconvénient à créer une commission d’enquête pluraliste mais je demande une clarification sur trois points.

D’abord, que cette commission ait de véritables pouvoirs d’investigation et d’enquête, en clair que ce ne soit pas un ersatz de commission d’enquête, ensuite, il faut une représentativité de l’opposition et pas un simple affichage pluraliste. Nous attendons un véritable respect de l’équilibre entre majorité et opposition, en l’occurrence nous, car nous sommes le premier groupe d’opposition. Enfin, nous voulons connaître son champ d’action, son périmètre et sa durée. Pour l’heure, notre commission d’enquête est maintenue pour le début du mois d’octobre mais, si la commission d’enquête créée par la majorité répond à ces trois critères, nous sommes prêts à y participer dans un esprit d’unité et de rassemblement. Il n’est ni question de mettre la poussière sous le tapis, ni de distribuer des bons ou des mauvais points mais de tirer des leçons de cette crise sanitaire afin de trouver des solutions pour l’avenir.

Comment organisez-vous le groupe Les Républicains le temps du confinement ?

Nous sommes le plus efficace possible. La réunion de groupe hebdomadaire se tient le lundi en audio conférence à quatre-vingt-dix personnes en moyenne soit plus qu’une réunion physique ! (NDLR: le groupe compte 104 députés). Chacun peut prendre la parole. Nous avons mis en place une cellule où nous signalons toutes les remontées de terrain car nos députés sont répartis sur tout le territoire, ce qui nous permet d’avoir une bonne vision du pays. C’est notre secrétaire générale adjointe qui fait ensuite le lien avec les collaborateurs des cabinets ministériels. Cela nous permet de signaler les pénuries de masques, l’absence de tests de dépistage ou la situation dans les Ephad. Nous allons aussi mettre en place une cellule économique qui nous permettra d’avoir des échanges hebdomadaires sur la situation économique, sociale et touristique. Enfin, la cellule communication propose des visuels et des éléments de langage afin de mieux communiquer à l’extérieur. L’ensemble du groupe est en télétravail et particulièrement mobilisé en ce moment sur les textes des ordonnances présentées par le gouvernement.

Certaines pratiques mises en place pendant le confinement pourraient-elle perdurer ?

Oui je pense, même si rien ne remplace la présence physique. Quand je vois le succès des audioconférences, je me dis qu’on pourrait en avoir le jeudi ou le vendredi s’il y a des questions politiques à traiter. C’est un outil complémentaire qu’on utilisera plus souvent à l’avenir.

Tirez-vous déjà quelques leçons de cette crise ?

Il y aura un avant et un après. Il faudra tirer toutes les leçons sur le plan politique, économique, social et territorial. Qu’est-ce qui a provoqué cette pénurie de masques ou de tests ? Quel doit être le rôle de la médecine de ville ? Il faudra retrouver une souveraineté économique et pour cela il y a trois enjeux. D’abord, notre capacité à créer les conditions d’une indépendance sanitaire, on ne peut pas dépendre de la Chine, il faut une politique commune en Europe. Ensuite, une indépendance alimentaire, climatique et énergétique, car demain une crise liée au climat est aussi possible et pourrait entraîner le même confinement. C’est pourquoi il faut défendre nos agriculteurs, consommer local et privilégier les circuits courts. Il faut aussi que le nucléaire, qui est une énergie faiblement émettrice de gaz à effet de serre, reste français. Enfin une indépendance numérique, là encore, pour ne pas dépendre du dragon chinois ou de l’oncle Sam américain. Nous avons pris conscience que, si notre pays est dépendant du reste du monde, il est en situation de fragilité. Il y a des biens supérieurs de la Nation qu’il nous faut protéger.


Propos recueillis par Brigitte Boucher