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Assemblée nationale

Et Mélenchon faillit entrer dans l'hémicycle par la droite...

Mardi, le groupe La France insoumise a découvert le Palais Bourbon, le temps de quelques démarches administratives. Photo officielle, stratégies de groupe et premiers pas dans l'hémicycle sous les caméras de LCP, autour d'un Mélenchon omniprésent. Reportage.
10 min
LCPLCP


10h25, place du Palais Bourbon. Les nouveaux élus de La France insoumise se sont donnés rendez-vous à quelques mètres de l'Assemblée nationale. Dans une chaleur déjà écrasante, Eric Coquerel et Alexis Corbière répondent aux nombreux journalistes venus assister à leurs premiers pas de députés.

Dans l'assistance, émerge aussi la tête rousse d'Adrien Quatennens, 27 ans, élu dans la 1ère circonscription du Nord. Ce conseiller clientèle se définit comme député de "la vie ordinaire"...

Sur la petite place, face à l'Assemblée, où les voitures sont bloquées pendant de longues secondes par les journalistes présents, les nouveaux visages de la France insoumise côtoient les stars du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Ruffin veut "sortir les gens de l'indifférence"

Parmi elles, le journaliste François Ruffin, nouveau député de la Somme. Dès son arrivée, le réalisateur de Merci patron! est assailli par les caméras. "Ce n'est pas une arrivée, c'est un début !", martèle l'élu, qui se dit prêt à "batailler" pour "sortir les gens de l'indifférence".

Son credo :

Les petits peuvent l'emporter contre les gros !"François Ruffin

La première décision de François Ruffin, lorsqu'il a été élu dimanche ? Organiser une manifestation dans les rues de sa circonscription. Aujourd'hui, il propose l'organisation d'une autre manifestation mardi 27 juin, place de la République, le jour de l'entrée en fonction de la nouvelle Assemblée.

François Ruffin promet également que sa première proposition de loi portera sur les auxiliaires de vie sociale, "dont les revenus ont baissé de 30% dans la Somme", afin de leur offrir un "statut national".

Mélenchon président du groupe... dans un premier temps

"Qui est-ce que vous attendez ? Emmanuel Macron ?", demande un couple de touriste allemand, dans un anglais approximatif. Le nom de Jean-Luc Mélenchon ne leur évoque rien.

Le leader de la France insoumise arrive en retard, dans la cohue. Il s'emporte contre des journalistes qui tiennent leurs micros un peu trop prêts, selon lui, de la tête de ses députés, avant de dire son "immense fierté" de voir la formation d'un groupe France insoumise "à l'image du pays".

Le nouveau député des Bouches-du-Rhône met fin à un faux suspense lorsqu'on lui demande s'il souhaite présider ce groupe : "Oui." Interviewé quelques heures plus tard par LCP, le leader de la France insoumise a toutefois nuancé sa position, expliquant que ce rôle devrait être temporaire, le temps de construire les fondations du groupe :

"Notre mot à dire sur chaque page du code du travail"

Jean-Luc Mélenchon annonce également que chaque député de La France insoumise aura la charge d'un certain nombre de départements, dans lesquels il devra se rendre régulièrement. "Nous représentons la tierce partie, la société", ajoute l'élu, qui assure que ses députés auront "leur mot à dire sur chaque page du code du travail". Et cela y compris si certains syndicats parviennent à un accord avec le gouvernement.

Si la question de la constitution d'un groupe commun avec les communistes reste en suspens, Jean-Luc Mélenchon a tendu la main à certains socialistes. Sous conditions :

La première étape de la décontamination, c'est de voter contre la confiance au gouvernement. C'est un ticket d'entrée pour parler avec nous.Jean-Luc Mélenchon


(Propos recueillis par Vianey Lorin et Marion Chatelin)

Les députés se réunissent ensuite pour une photo de famille devant l'Assemblée. Jean-Luc Mélenchon tente de se mettre sur le côté, avant que certains militants le rappellent à l'ordre. "Oh ! Nous, les Marseillais, nous sommes grands !", répond le député des Bouches-du-Rhône. Une plaisanterie qui fait bien rire la nouvelle députée de Paris Danièle Obono, qui lui glissera quelques minutes plus tard : "Tu fais trop le Marseillais, ça y est!".

Au moment d'entrer dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel crie "Résistance ! Résistance !". Quelques soutiens lui répondent. A l'intérieur, sur les marches qui mènent à la salle des quatre colonnes, les députés insoumis posent à nouveau. L'occasion pour François Ruffin de lancer son cri de ralliement :

Et à la fin, c'est nous qu'on a... Gagné !François Ruffin

Une cravate... rouge !

Direction la photo officielle. Jean-Luc Mélenchon apostrophe Adrien Quatennens : "T'as pas une cravate rouge ? Tu as l'air en deuil..." Alexis Corbière, lui, aimerait ne pas en porter du tout. Jean-Luc Mélenchon s'en prend aussi à Ugo Bernalicis, député du Nord, et à sa cravate bleu : "Pourquoi tu as mis une cravate de bourgeois ?"

"Une cravate rouge, ça fait Darty...", lui répond le jeune député. Jean-Luc Mélenchon avale sa salive de travers. Il est attaché aux symboles et à l'histoire de sa famille politique : il choisit une cravate rouge parmi celles que lui proposent un huissier. Alexis Corbière et Adrien Quatennens la porteront eux aussi lors de la photo...

Jean-Luc Mélenchon multiplie les petites attentions à l'égard de ses camarades députés. Il chouchoute la nouvelle génération, quitte à prendre son temps. Un peu trop au goût de l'élu Les Républicains Jean-Luc Reitzer : "On est là, nous on attend !"


(Images de Vianey Lorin et Marion Chatelin pour LCP)

"On est obligé de supporter ça ?"

Dans les couloirs, Jean-Luc Mélenchon échange ensuite quelques minutes avec le député PS sortant René Dosière avant de croiser brièvement Gilbert Collard à qui il sert la main avant de s'éclipser. A 13h30, le petit groupe se dirige vers l'hémicycle. Les députés de la France insoumise aimeraient aller vite : ils ont faim. Mélenchon, lui, fait comme s'il ne les entendait pas. Il déambule dans le salon Delacroix, observe les peintures, s'arrête devant l'impressionnant bronze de la salle Casimir-Périer... Il savoure.

"Imprégnez-vous d'abord de la religion républicaine...", glisse le leader de la France insoumise. "Là, il faut vraiment que l'on mange, on reprendra les cours d'histoire après", râle à voix basse un député FI.

Une fois son petit tour achevé, Jean-Luc Mélenchon se dirige vers une entrée : "On rentre par là ?"
"Non, non, non !", s'exclament les autres. Un peu désorienté par sa déambulation, Jean-Luc Mélenchon a failli entrer dans l'hémicycle... par la droite ! Une fois sur les bancs rouges de l'hémicycle, le député des Bouches-du-Rhône fait les gros yeux : "On est obligé de supporter ça ?" Le motif de son courroux ? Le drapeau européen, qui, selon lui, n'a rien à faire derrière la tribune du "parlement de la République française".


(Images de Vianey Lorin et Marion Chatelin)

Alexis Corbière monte observer l'hémicycle depuis les bancs du haut. "Ah, c'est quelque chose, hein...", murmure Jean-Luc Mélenchon, visiblement ému de faire son entrée dans ces lieux au côté de son lieutenant.

Le temps de constater que Jean Jaurès n'a pas de plaque commémorative dans l'hémicycle, et de rappeler François Ruffin, qui en avait marre d'attendre, les députés posent une dernière fois en groupe.

Danièle Obono monte enfin à la tribune et apostrophe Jean-Luc Mélenchon : "Est-ce qu'il est vrai que les Parisiens ont une vocation révolutionnaire ?", lui répond en souriant le député des Bouches-du-Rhône, avant de lui expliquer les détails de la procédure parlementaire. Et de conclure : "C'est dur quand ils se mettent tous à crier, tu vas voir..."