Auditionnée à l'Assemblée nationale, Judith Godrèche plaide pour une "révolution nécessaire" dans le milieu du cinéma

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Judith Godrèche à l'Assemblée nationale le 14 mars 2024
Judith Godrèche auditionnée par la délégation aux droits des enfants, le 14 mars 2024 - LCP
par Soizic BONVARLET, le Jeudi 14 mars 2024 à 19:20, mis à jour le Jeudi 14 mars 2024 à 20:10

L'actrice, scénariste, réalisatrice et écrivaine Judith Godrèche a été auditionnée, ce jeudi 14 mars, à l'Assemblée nationale. Invitée à s'exprimer devant la délégation aux droits des enfants, en présence de la délégation aux droits des femmes, elle a évoqué un "système féodal" régissant le milieu du 7ème art, avant d'appeler à la création d'une commission d'enquête parlementaire "sur le droit du travail dans le monde du cinéma et, en particulier, ses risques pour les femmes et les enfants".

"Quand on m'a dit de m'allonger sur le canapé, je me suis allongée sur le canapé (...) Je n'ai pas su que j'avais le choix". Dénonçant un "système féodal" et des "abus d'autorité" de la part des réalisateurs envers les femmes et les enfants présents sur des tournages, l'actrice, réalisatrice et écrivaine Judith Godrèche a demandé aux députés de "prendre l'initiative d'une commission d'enquête sur le droit du travail dans le monde du cinéma, et, en particulier, ses risques pour les femmes et les enfants".

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"Un réalisateur, puis un autre, firent de moi leur objet. Ils se disputaient l'enfant Judith. Et tout autour de nous (...) le silence, la permissivité de la société", a déclaré non sans émotion celle qui a porté plainte pour viols sur mineure contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon, avant de qualifier le 7ème art d'"industrie malade, malade à un endroit qui est le respect des enfants, des femmes".

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Enumérant un certain nombre de propositions inspirées par sa propre expérience, Judith Godrèche a notamment déploré qu'"il n'y [ait] pas de coach formé pour les enfants obligatoire sur un tournage", avant d'évoquer la nécessité d'un "soutien psychologique" pendant et après les tournages. Elle a également appelé à ce que les castings soient davantage encadrés, afin notamment qu'un enfant ne puisse pas être amené à se retrouver seul face à un adulte.

Évidemment qu'il y a la présomption d'innocence, mais ce n'est pas de cela dont on parle. On parle d'une révolution nécessaire à l'intérieur d'une société, celle du cinéma (...) La toute-puissance des réalisateurs est absolument réelle, elle n'est pas des années de ma jeunesse, elle est encore aujourd'hui. Judith Godrèche

"On est dans un système féodal, les gens n'osent pas prendre la parole, et je les comprends" a-t-elle par ailleurs déclaré, espérant qu'une "révolution" vienne mettre fin à "l'oppression du plus faible" et aux violences sexistes et sexuelles qui s'exercent dans le milieu du cinéma.

"En réalité, il faut qu'on revoit de A à Z la question [des droits] des enfants dans le cinéma", a estimé Erwan Balanant (Démocrate), disant son soutien au principe d'une commission d'enquête. "Avec les réalisateurs que vous avez dénoncés, vous avez probablement vécu la pire époque : celle issue du libertarisme post-soixante-huitard", a estimé Caroline Parmentier (Rassemblement national), qui s'est également prononcée en faveur de la constitution d'une commission d'enquête.

Francesca Pasquini (Ecologiste), présente lors de l'audition, vient pour sa part de déposer sur le bureau de l'Assemblée nationale une proposition de résolution demandant la création d’une commission d’enquête sur la situation des mineurs dans les industries du cinéma, du spectacle vivant et de la mode.

Dans le communiqué annonçant cette audition, la présidente de la délégation aux droits des enfants, Perrine Goulet (Démocrate), indiquait : "Il apparaît nécessaire que l’Assemblée nationale puisse appréhender le sujet porté par Mme Godrèche : la protection des enfants qui peuvent évoluer dans les milieux artistiques ne doit pas échapper à la loi." Tandis que son homologue de la délégation aux droits des femmes, Véronique Riotton (Renaissance), écrivait : "Les violences sexuelles faites aux enfants sont intolérables. Donner la parole aux concernées me paraît essentiel pour poser des mots sur les stratégies des auteurs et alimenter les réflexions des parlementaires. Il est de notre responsabilité collective de les écouter et d'agir."