"On fait quoi?": le RN dénonce les refus de prêts bancaires pour financer sa campagne de 2027

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Marine Le Pen, le 28 avril 2026.
Marine Le Pen, le 28 avril 2026. LCP
par Maxence Kagni, le Mercredi 29 avril 2026 à 18:30, mis à jour le Mercredi 29 avril 2026 à 19:23

Le Rassemblement national déplore être confronté à des refus de prêts de la part des banques françaises en vue de financer la campagne présidentielle de la candidate, ou du candidat, qui portera ses couleurs l'année prochaine. Une situation qui pose la question du financement de la vie politique et relance le débat sur l'utilité d'une "banque de la démocratie".

Le Rassemblement national va-t-il réussir à financer sa campagne présidentielle ? C'est la question que se posent les dirigeants du parti dirigé par Jordan Bardella, qui disent avoir de grandes difficultés à obtenir un prêt bancaire en vue de l'élection de 2027.

"Qui peut accepter que le premier parti de France en nombre d'adhérents, en nombre de parlementaires, en score aux dernières élections, en sondages aux prochaines élections ne puisse pas se financer ?", a demandé ce mercredi matin le député RN Sébastien Chenu, au micro de BFMTV.

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Et le vice-président de l'Assemblée nationale, qui juge la situation actuelle "indécente", d'interpeller Edouard Philippe et Gabriel Attal : "C'est à eux de demander aux banques françaises de financer tous les candidats aux élections présidentielles."

Un risque pour les banques ? Les précédents Sarkozy, Hidalgo et Pécresse

Les difficultés rencontrées par le Rassemblement national sont un "problème", a reconnu le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, interrogé par RTL ce mercredi. Selon lui, cette problématique relève toutefois des "pouvoirs publics", qui ont la "responsabilité" du "fonctionnement de la vie démocratique", mais aussi de son financement. 

"Je ne dis pas aux banques françaises 'faites des prêts pour les candidats à l'élection présidentielle'", a expliqué Daniel Baal. Le président de la FBF estime en effet que les conditions fixées par la loi pour obtenir le remboursement par l'Etat des frais engagés par un candidat à l'élection présidentielle constituent un "vrai risque". En effet, le remboursement est accordé à condition d'obtenir au moins 5 % des suffrages et de voir ses comptes de campagne validés.

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"On n'oublie pas que le candidat Sarkozy en 2017 n'a pas eu ses comptes validés et par conséquent n'a pas eu de remboursement par l'Etat de ses frais de campagne", a souligné Daniel Baal, qui a aussi rappelé que des candidats issus de "grands partis", n'avaient pas dépassé la barre fatidique des 5 % en 2022. Une référence à Anne Hidalgo et Valérie Pécresse. 

"Les banques refusent de prêter" au RN

Les propos de Daniel Baal ont été jugés "problématiques" par Marine Le Pen, dans un message posté, ce mercredi, sur son compte X. Pour appuyer sur la difficulté à laquelle le Rassemblement national est confronté, la double finaliste de la course à l'Elysée, qui espère pouvoir à nouveau concourir en 2027, écrit : "A part les dons, limités par ailleurs, seules les banques (européennes) peuvent financer une campagne présidentielle. Les prêts de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle." Et Marine Le Pen conclut : "Donc, on fait quoi ?"

Une situation d'autant plus compliquée que le RN n'est pas en capacité de s'autofinancer, car le parti doit encore rembourser une dette contractée à l'époque où, faute d'un nombre de parlementaires suffisants, son financement public était très limité. Le prêt d'une banque est donc absolument nécessaire à la formation de Jordan Bardella qui cherche la somme de 10,7 millions d'euros. Un montant qui correspond au plafond remboursable par l'Etat dans le cadre du premier tour de l'élection présidentielle.

La question n'est pas nouvelle pour le Rassemblement national, qui avait dû contracter un prêt auprès d'une firme russe en 2014, et un autre auprès d'une banque hongroise en 2022. Auditionnée en 2023 à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen avait expliqué que "les banques refusent de prêter [au RN]" : "Nous n'avons depuis des années jamais réussi à obtenir le moindre prêt de la moindre banque française et je dirais même mieux de la moindre banque européenne", avait-t-elle déclaré.

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La "banque de la démocratie" abandonnée

Lors de cette audition, le présidente des députés Rassemblement national avait expliqué vouloir interdire les prêts étrangers pour financer la vie politique française et plaidé pour la création d'une "banque de la démocratie". Cette banque, imaginée par François Bayrou en 2017, devait aider les partis politiques à financer leurs campagnes électorales.

Le principe de sa création par voie d'ordonnances avait d'ailleurs été acté dans le projet de loi pour la confiance dans la vie politique de septembre 2017, avant d'être finalement abandonné en juillet 2018 par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet. "Les questions d'accès au crédit relèvent moins d'une absence d'offre bancaire (...) que de questions d'information ou de délais qui pourraient être réglés par le médiateur du crédit qui, lui, a [bien] été institué dans la loi confiance de 2017", avait expliqué la ministre de la Justice.

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Un abandon en rase campagne qui n'avait pas convaincu Yaël Braun-Pivet (Ensemble pour la République), alors présidente de la commission des lois, et son collègue Philippe Gosselin (Droite républicaine). En décembre 2021, les deux députés avaient donc proposé, sans succès, de ressusciter le projet. "Evidemment, je suis toujours favorable à ce que chaque parti puisse se financer sur le territoire national, les banques doivent faire leur travail, c'est leur travail de financer la vie politique", a souligné hier, mardi 28 avril, Yaël Braun-Pivet, sur CNews.

François Bayrou avait, lui aussi, tenté de relancer la réforme lors de son discours de politique générale, en janvier 2025, mais la brieveté de son passage à Matignon a mis un terme à cette ambition. Signe que le débat reste cependant d'actualité, dix députés Droite républicaine viennent de déposer une proposition de loi "portant création d’une Banque de la démocratie pour le financement équitable des campagnes électorales".

"Pas de droit au crédit"

Le médiateur du crédit aux candidats et aux partis politiques, créé par la loi pour la confiance dans la vie politique de 2017, est donc aujourd'hui le seul à pouvoir agir pour faciliter l'obtention de prêts par les partis politiques qui en ont besoin. Le nouveau médiateur Claude Lion a néanmoins tempéré les attentes lors de son audition à l'Assemblée nationale le 28 janvier 2026, quelques jours avant sa nomination.

"Il n'y a pas de droit au crédit, on ne peut pas forcer une relation contractuelle avec un opérateur privé lui-même soumis à des problématiques de supervision", a expliqué Claude Lion. Reconnaissant "les conséquences dommageables pour la vie démocratique de la Nation du fait qu'un parti serait ostracisé durablement", le haut fonctionnaire avait estimé que "l'ensemble des acteurs institutionnels, et également les acteurs du secteur bancaire, en ont évidemment conscience". Tout en précisant que ces acteurs n'ont pas "apporté encore de réponses concrètes à cette problématique".

Claude Lion a aussi rappelé les préconisations de son prédescesseur, Jean-Raphaël Alventosa : "Il recherchait des solutions de nature différente pour essayer de contourner la question de l'accès à l'emprunt bancaire", a-t-il indiqué, évoquant par exemple une "évolution des règles de financement de la vie publique" et particulièrement de celles de l'élection présidentielle. "En l'état actuel des choses, moi je ne vois pas, je vous le dis sincèrement, comment faire autrement", avait déclaré le haut fonctionnaire. A un an de l'élection présidentielle, et alors que le calendrier législatif est déjà surchargé, cette hypothèse semble cependant plus qu'incertaine.