Nationalisation d’ArcelorMittal: la gauche veut relancer la bataille à l’Assemblée

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Un panneau ArcelorMittal (© Wikimedia)
Un panneau ArcelorMittal (© Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Jeudi 11 juin 2026 à 06:50

Les députés vont de nouveau examiner la proposition de loi visant à nationaliser la branche française d'ArcelorMittal, groupe sidérurgique et plus important producteur d'acier. Le texte, examiné au cours de la journée réservée aux députés communistes et ultramarins, a été rejeté par les sénateurs en février.

Sept mois après une première adoption, le projet de nationalisation d'ArcelorMittal fait son retour à l'Assemblée nationale, après que le Sénat s'y est opposé en février. Initialement proposée par La France insoumise, la proposition de loi a été reprise par le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), qui rassemble les députés communistes et des élus ultramarins. Le texte sera examiné dans le cadre de leur journée de "niche" parlementaire, au cours de laquelle un groupe minoritaire a la main sur l'ordre du jour.

"Je suis heureuse et soulagée que nous puissions à nouveau l'examiner. La nationalisation est encore plus indispensable aujourd'hui", a réagi l'autrice initiale de la proposition de loi, Aurélie Trouvé (LFI), lors de l'examen en commission début juin. "C'est un choix tout à fait pragmatique et raisonnable au regard de la situation. ArcelorMittal produit les deux tiers de l'acier français, dont dépend une grande partie de l'industrie française. Or, sa production est lourdement menacée. Nous faisons face à un énorme problème de souveraineté industrielle", s'est inquiétée l'élue de Seine-Saint-Denis.

Selon elle, "ArcelorMittal a choisi d'importer tout le fer réduit du Brésil, d'Inde ou des USA". "Ce seront des milliers et des milliers d'emplois qui seront directement supprimés, sans compter toutes les filières qui en dépendent. ArcelorMittal continue de licencier massivement", a poursuivi Aurélie Trouvé, rappelant qu'un plan de licenciement de 600 salariés était en cours. Selon les estimations de l'élue LFI, le coût de la nationalisation reviendrait à 3 milliards d'euros, "ce qui n'est pas cher payé quand on pense aux dizaines de milliers d'emplois menacés".

ArcelorMittal refuse de faire évoluer ses moyens de production. Nicolas Sansu, député communiste du Cher

"Le maintien et le développement d'une filière acier dans notre pays est un choix stratégique. C'est une question de souveraineté", a appuyé Nicolas Sansu (GDR), corapporteur du texte. "ArcelorMittal ne tient pas ses engagements. [...] Et l'État et le gouvernement ne l'y obligent nullement !"

"Une mauvaise réponse à un vrai problème"

Comme en première lecture, le Rassemblement national, pas foncièrement opposé à la nationalisation, a fait savoir qu'il s'abstiendrait sur le texte en l'état. Le camp macroniste et la droite y sont en revanche fortement opposés.

"C'est une mauvaise réponse à un vrai problème", a jugé Marie Lebec (Ensemble pour la République). "La demande européenne d'acier a reculé de 11 % en 5 ans. Dans le même temps, les surcapacités mondiales atteignent des niveaux massifs. La Chine exporte en 2024 entre 100 et 120 millions de tonnes d'acier, soit l'équivalent de l'ensemble de la consommation européenne", a-t-elle souligné. "La nationalisation ne supprimerait aucune de ces contraintes."

"En quoi la nationalisation d'Arcelor réglerait les problèmes de fond ? Prix de l'énergie, surcapacité mondiale de production, concurrence chinoise", a énuméré Philippe Juvin (Droite républicaine). "La nationalisation risque de transférer un risque des actuels propriétaires aux contribuables."

Malgré cette opposition, le projet de nationalisation, soutenu par l'ensemble des groupes de gauche, a franchi sans encombre l'étape de la commission. L'avenir de la proposition de loi reste néanmoins plus qu'incertain. Le gouvernement y étant hostile, tout comme le Sénat, à majorité de droite, le texte n'a en effet que très peu de chances d'être adopté définitivement dans la configuration politique actuelle. Même en cas de nouveau vote positif ce jeudi, qui représenterait avant tout une victoire symbolique pour la gauche.