Concert de Barbara Butch interrompu par des manifestants pro-palestiniens: La France insoumise sous le feu des critiques

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Barbara Butch
Barbara Butch lors d'un concert à Paris, pour la Nuit blanche, le 6 juin 2026.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Lundi 20 juillet 2026 à 18:00, mis à jour le Lundi 20 juillet 2026 à 20:37

Du Parti socialiste au Rassemblement national, en passant par Renaissance, La France insoumise est critiquée de toutes parts depuis l'interruption, samedi 18 juillet à Grenoble, d'un concert de la DJ française Barbara Butch à cause d'une manifestation de militants pro-palestiniens et insoumis. L'artiste a réagi lundi soir.

L'interruption samedi soir à Grenoble d'un concert de la DJ française Barbara Butch par des militants pro-palestiniens dans le cadre d'un boycott soutenu par La France insoumise a déclenché de nombreuses réactions politiques. La mairie de la ville a annoncé qu'elle allait porter plainte, "afin que toute la lumière soit faite sur ces faits et que leurs auteurs répondent de leurs actes devant la justice". Car "les événements survenus hier soir sont d'une extrême gravité", a dénoncé dimanche soir la maire de gauche, Laurence Ruffin, dans un communiqué transmis à l'AFP.

Depuis le mois de mai, ce concert faisait l'objet d'un appel au boycott, notamment de la part de l'antenne grenobloise de La France insoumise. Celle-ci reprochait à l'artiste, de confession juive, d'avoir signé une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan visant à "lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme", retirée depuis. L'appel au boycott n'avait pas été relayé par les figures nationales de La France insoumise.

Samedi soir, au bout d'une vingtaine de minutes, la mairie a pris la décision de suspendre le concert "afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l'ensemble des personnes présentes". 

"Une atteinte inacceptable à la liberté d'expression"

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a condamné "avec la plus grande fermeté" les violences à l'encontre de la chanteuse. "L'antisémitisme, les intimidations et les pressions n'ont pas leur place dans notre République. Empêcher une artiste de se produire est une atteinte inacceptable à la liberté d'expression", a-t-il réagi sur X.

"Je suis révoltée. Révoltée qu’en France, en 2026, une artiste puisse être empêchée de jouer sous la pression et les cris. Révoltée que Barbara Butch soit une nouvelle fois victime d'attaques antisémites sous couvert de militantisme", a pour sa part écrit lundi sur X la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. 

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"L'antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel", a fustigé l'ancien Premier ministre et chef de file de Renaissance, Gabriel Attal, en référence à la formule de Jean-Luc Mélenchon qui avait affirmé que "l’antisémitisme reste résiduel en France", s'attirant à l'époque de nombreuses critiques. Autre candidate à l'élection présidentielle, la cheffe de file des députés Rassemblement national, Marine Le Pen a dénoncé "l'antisémitisme de l'extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires".

Même à gauche les insoumis sont esseulés. "LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n'aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères", a estimé le patron du PS Olivier Faure. "N'a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s'en prendre à Barbara Butch ?", a taclé Clémentine Autain. D'autant que cette artiste est "une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d'attaques violentes, sexistes et antisémites", a complété la députée, ex-insoumise, dans un long message sur X.

LFI évoque "une protestation pacifique"

Du côté de La France insoumise, Allan Brunon, élu LFI à la mairie de Grenoble, a déclaré, auprès de l'AFP, être "extrêmement fier d'avoir participé à cette manifestation pacifique", rappelant qu'il avait plusieurs fois demandé la déprogrammation de ce concert auprès de la ville. Selon lui, "il n'y a pas eu de projectiles qui ont été jetés" samedi soir. "La France insoumise n'a jamais appelé à la violence contre Mme Butch", a-t-il encore affirmé, ajoutant sur X : "Les Insoumis n’ont jamais été et ne seront jamais violents. Le ministre de l’Intérieur ment."

Invité de FranceInfo ce lundi 20 juillet, le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a évoqué "une protestation pacifique". "S'il y a eu des choses qui sortaient du cadre pacifique, je les désapprouve absolument. Mais le fait qu'on puisse avoir une protestaton pacifique contre des prises de positons politiques d'une artiste [...], je le comprends", a défendu le député. "Le sujet n'est pas qu'elle ait signé une tribune contre l'antisémitisme. [... ] Mais détourner la lutte contre l'antisémitisme pour criminaliser la contestation des actes commis par le gouvernement israélien aujourd'hui, c'est autre chose", a déclaré Manuel Bompard.

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Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a dénoncé une "chasse aux artistes juifs ou engagés contre l'antisémitisme" et en a appelé au ministère de la Culture. "Le Crif demande que le ministère de la Culture mette en place d'urgence un plan de lutte contre le boycott des artistes et contre l'antisémitisme", a écrit sur X son président Yonathan Arfi, en citant de précédents "appels au boycott contre le chanteur Amir ou le dessinateur Joann Sfar", des "manifestations contre les spectacles de Sophia Aram" ou encore des incidents lors d'un concert de l'Orchestre philharmonique d'Israël à la Philharmonie de Paris en novembre.

"Une frontière a été franchie", réagit l'artiste

C'est dans une tribune publiée sur le site du Monde, et cosignée avec son avocate Audrey Msellati, que Barbara Butch a réagi lundi soir. "Une frontière a été franchie : celle qui sépare la protestation de la coercition, le désaccord de l’intimidation, la parole de la violence", écrivent les deux femmes, qui poursuivent : "Quelle 'position politique' justifie qu’on lui jette des bouteilles en verre à la figure ? [...] On ne débat plus ce qu’elle pense – ou ce qu’on lui prête ; on décrète ce qu’elle est : comptable et coupable d’une guerre, comme si être juive obligeait à en répondre."

Quelques lignes plus bas, Barbara Butch et Audrey Msellati estiment qu'on "peut refuser d’entendre une artiste ; on ne peut pas décider que personne ne l’entendra plus. On peut contester une programmation ; on ne peut pas la dicter par la peur". La DJ et son avocate indiquent également que "les plaintes sont prêtes", mais que "cette affaire déborde le prétoire". Car, selon elles, "ce qui est arrivé le 18 juillet n’est pas seulement l’histoire d’une artiste : c’est une question adressée à notre démocratie". 

Dans un post publié au même moment sur Instagram, Barbara Butch dit avoir "eu peur" samedi soir à Grenoble. "Je le dis simplement, parce que c'est la vérité, et parce que je ne veux pas faire semblant d'être plus forte que je ne le suis", ajoute-t-elle, avant de conclure : "Je remonterai sur scène. Pour moi, et pour tous ceux qui n'ont pas la chance d'être aussi bien entourés."

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Le message de Barbara Butch sur Instagram.

Depuis son apparition aux côtés de célèbres drag queens dans le spectacle d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, qui avait été vivement critiqué par l'extrême-droite, Barbara Butch est aussi victime de cyberharcèlement. Dans cette affaire, quatre hommes ont été condamnés à des peines allant jusqu'à de la prison ferme.