Bientôt des caméras augmentées à l'IA pour détecter les vols à l'étalage ?

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Image d'illustration. CC Alex Knight via Pexels
par Maxence Kagni, le Mardi 27 janvier 2026 à 16:00, mis à jour le Mardi 27 janvier 2026 à 17:30

Le député Ensemble pour la République Paul Midy veut autoriser les commerçants à utiliser la vidéosurveillance algorithmique afin d'"assurer la protection des personnes et des biens". Sa proposition de loi sera étudiée, ce mercredi 28 janvier, en commission à l'Assemblée nationale.

Et si les caméras de surveillance détectaient automatiquement les vols à l'étalage et les "comportements suspects" dans les magasins ? C'est ce que propose le député Ensemble pour la République Paul Midy, qui défendra ce mercredi matin en commission sa proposition de loi "visant à améliorer la protection des commerçants grâce à l’usage d’outils numériques".

Son texte - qui qualifie le vol à l’étalage de "véritable fléau économique" -, est notamment signé par les députés du parti présidentiel, dont Gabriel Attal est le chef de file. Après son passage devant la commission des lois, il sera examiné dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale le lundi 2 février.

Un "impact majeur"

"Le point de départ de ce texte est de protéger les petits commerçants des centre-villes, dont la marchandise volée peut représenter de 1 à 4% de leur chiffre d'affaires", explique Paul Midy à LCP. Or, selon le député, les marges nettes des commerçants français sont "particulièrement faibles", puisque celles-ci sont "en moyenne de 2% du chiffre d'affaires annuel" : "Ma proposition de loi peut donc changer la donne", affirme l'élu.

Chaque année, ce sont plus de 120 milliards d’euros qui sont perdus par les commerçants dans le monde. Extrait de la proposition de loi

Et Paul Midy d'expliquer que les vols "occasionnels" ont un "impact majeur" pour les commerces : "Un vol de 20 euros de marchandises, commis quatre fois par semaine, peut entraîner une perte de plus de 4 000 euros par an", indique-t-il dans sa proposition de loi.

Détecter les "comportements suspects"

Le député de l'Essonne juge donc nécessaire de "moderniser et de renforcer les dispositifs de sécurité des commerçants". Interrogé par LCP, il souligne que les petits commerces "sont déjà équipés de caméras de surveillance avec un petit retour vidéo à côté de la caisse". Il souhaite désormais autoriser l'installation de logiciels d'analyse vidéo, augmentés à l'intelligence artificielle, capable d'attirer en direct l'attention du commerçant sur un comportement suspect. 

Ces traitements ont pour unique objet de détecter, en temps réel, des évènements prédéterminés susceptibles de présenter ou de révéler le risque de vol et de les signaler. Extrait d'un amendement de Paul Midy

"Concrètement, si quelqu'un regarde à gauche et à droite, puis met des bouteilles dans sa veste, le commerçant recevra un signal attirant son attention sur ce comportement", explique Paul Midy, qui ajoute qu'il reviendra ensuite au commerçant de réagir comme il le fait déjà quand il constate un vol dans son magasin. "2 000 à 3 000 commerces utilisent déjà cette technologie mais ils se situent dans une zone grise", constate le député.

Une expérimentation ?

Cette proposition de loi est contestée par les députés de La France insoumise, ainsi que par leurs collègues du groupe Ecologiste et social, qui ont déposé des amendements de suppression de son article unique. "[Ce texte] s'adresse surtout aux grands magasins et grandes chaînes qui disposent des moyens de financer de tels logiciels, ainsi qu'aux agents de sécurité privés", écrivent les députés insoumis, tandis que les élus écologistes "s'inquiètent des conditions d’entraînement de ces systèmes algorithmiques qui sont susceptibles de produire des biais discriminatoires".

Anticipant les critiques, l'élu proposera ce mercredi en commission de mieux encadrer, par voie d'amendement, le dispositif prévu par son texte. "Il ne pourra pas y avoir de reconnaissance faciale, de croisement avec d'autres fichiers, pas d'apprentissage de l'algorithme, pas de biométrie et l'IA ne regardera pas la couleur de peau ni l'habillement des individus", détaille Paul Midy auprès de LCP

Le député - qui veut recentrer sa proposition de loi sur les seuls vols à l'étalage - ne souhaite plus, comme il l'envisageait initialement, modifier définitivement le code de la sécurité intérieure. Il propose dans un amendement d'instaurer une simple expérimentation de cinq ans. Et l'autorisation d'utiliser un tel système de vidéosurveillance algorithmique serait donnée par le préfet, là encore pour une durée de cinq ans.

L'exemple des JO de Paris

Dans un autre cadre et avec une autre finalité, les députés avaient validé une expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique dans les lieux publics à l'occasion des Jeux olympiques de Paris 2024. Une première dont le bilan avait été jugé mitigé par un rapport parlementaire. Cette expérimentation est cependant en passe d'être reconduite dans le cadre du projet de loi d'organisation des JO d'hiver 2030, qui auront lieu dans les Alpes françaises.

"Ma proposition de loi est différente puisqu'elle porte sur l'utilisation de ces systèmes dans un espace privé, dans des lieux où il est possible de ne pas entrer si l'on ne souhaite pas être filmé par ces dispositifs", explique Paul Midy qui a, en outre, déposé un amendement visant à prévoir une "information explicite du public s'agissant de l'emploi de traitements algorithmiques" dans les magasin y ayant recours.

"C'est très loin d'être Big Brother", conclut Paul Midy, qui "comprend que l'utilisation de l'intelligence artificielle peut faire peur". Le député qui estime que la vidéosurveillance algorithmique serait ici "l'équivalent d'un capteur", espère bien convaincre une majorité de ses collègues de la commission des lois de l'utilité de sa proposition.