Les vagues de canicule, la sécheresse et les incendies de cet été ont coûté environ 16 milliards d'euros à la France, selon une mission parlementaire menée par le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Éric Coquerel (La France insoumise), dont le rapport agrège sources officielles (ministères, opérateurs publics...) et auditions de professionnels (économistes, pompiers, agriculteurs et assureurs...).
Le rapporteur de la mission flash sur "le coût de la canicule", Éric Coquerel (La France insoumise), a présenté devant les députés de la commission des finances, ce lundi 5 octobre, les conclusions des travaux lancés cet été après les premières vagues de chaleur.
"L'ensemble de ces contributions (34 auditions et 22 contributions écrites) permet d'établir une estimation provisoire du coût des fortes températures et de la sécheresse de l'été 2026 de l'ordre de 16 milliards d'euros" (voir vidéo en tête d'article), indique le rapport, qui s'est finalement attardé sur "les coûts des fortes températures, de la sécheresse et des incendies de l'été 2026".
Ce chiffre se décompose en trois parties, détaille Éric Coquerel, qui est aussi le président de la commission des finances, à savoir "le coût macroéconomique et le coût pour les conditions de vie, de travail et d'éducation", chiffré à 3 milliards d'euros de perte de croissance (0,1 point de PIB) ; ainsi que "le coût de ce qu'on dû dépenser les acteurs publics en urgence au cours de l'été (plus de 2,5 milliards). Sans oublier "le coût pour les ménages" (plus d'1 milliard) et pour les entreprises. Concernant ces dernières, "seules les pertes estimées par les syndicats agricoles ont pu être recensées", précise le député. Et "elles s'élèvent pour ce seul secteur à un minimum de 10 milliards d'euros".
Cette "estimation provisoire" dépasse la fourchette avancée mi-août par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui évoquait "de l'ordre de 10 à 15 milliards d'euros de coûts directs et indirects". Le rapporteur reconnaît toutefois des "réserves méthodologiques" à ce chiffrage, qui additionne des coûts de nature différente, avec un risque de double compte.
À l'avenir, et pour permettre à la France de s'adapter au mieux, Éric Coquerel juge qu'il "est nécessaire d'engager entre 8,75 et 12,3 milliards d'euros des dépenses publiques supplémentaires" en 2027, dont "entre 8,4 et 11,9 seraient issus du budget de l'État". "La mission a pris soin de proposer une fourchette, afin de ne pas se montrer prescriptive vis-à-vis d'un seul chiffre symbolique", a expliqué le député en présentant son rapport à ses collègues.
Quant au delta entre les deux chiffres, c'est la différence entre "ce qu'il est vraiment nécessaire de faire" [chiffre le plus bas] et "ce qui serait souhaitable de faire" [chiffre le plus haut], a-t-il précisé lors d'une conférence de presse qui a suivi sa présentation en commission.
Dans ses conclusions, Éric Coquerel fait 45 recommandations chiffrées, parmi lesquelles : confier à l'Insee un suivi annuel du coût des vagues de chaleur, mettre en place un programme de recherche de deux millions d'euros pour financer "des projets consacrés aux effets encore mal mesurés des vagues de chaleur", renforcer les effectifs de Météo-France, de l'Office national des forêts (ONF), des sapeurs-pompiers, et les moyens des SDIS (Service départemental d'incendie et de secours), déposer une loi de programmation de la sécurité civile, atteindre à terme une flotte d'une vingtaine d'avions amphibie ou encore mettre en place un "guichet unique départemental après chaque incendie majeur".
Côté recettes, le député de Seine-Saint-Denis plaide notamment par la création d'une "taxe additionnelle de 1 euro par nuitée dans les hôtels quatre et cinq étoiles et les palaces".
Éric Coquerel consacre, en outre, une partie de son rapport à l'adaptation de la population et de son environnement, insistant sur son indispensable "montée en puissance". Elle est chiffrée à "plus de 70 milliards d'euros supplémentaires d’ici 2050, dont 45 milliards issus du budget de l'État". Même chose pour les "lieux de vie, écoles et établissements de santé" ; le "réseau de production et de transport de l’énergie" et le "secteur agricole et des acteurs de la préservation de l’environnement".
"Plus on tarde, plus le financement nécessaire pour anticiper la hausse du réchauffement planétaire (...) va être élevé", met en garde le député, qui déposera des amendements pour décliner ses propositions dans le cadre de l'examen du budget 2027.