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Richard Ferrand devant l'Élysée (Ludovic Marin/AFP)

Une "méthode" de modernisation plutôt que des "réformes", les propositions de Ferrand à Macron

Actualité
le Vendredi 3 juillet 2020 à 14:44

Dans un courrier remis à Emmanuel Macron jeudi, le président de l'Assemblée nationale note que le mot réforme est devenu synonyme de "régression et de dégradation". Dans ce document, Richard Ferrand livre ses priorités pour une "modernisation apaisante et sereine" de la France.

Moderniser, décentraliser, planifier. Voilà en substance les préconisations rendues mercredi par Richard Ferrand au président de la République, qui a engagé il y quelques semaines des consultations tous azimuts pour dessiner les contours de la suite de son quinquennat. 

Le président de l'Assemblée a répondu à la commande élyséenne en signant le 1er juillet une lettre de vingt-cinq pages dans laquelle il propose avant tout une nouvelle méthode au chef de l'État :

L'urgence dans laquelle nous plonge la crise actuelle n'appelle pas des "réformes" mais une modernisation de notre pays : une modernisation apaisante, sereine, qui prépare une société dans laquelle chacun pourrait trouver sa place et son chemin. Richard Ferrand à Emmanuel Macron

Faisant le bilan de trois ans de macronisme, le quatrième personnage de l'État estime même que "le mot de réforme a fini par se charger d'un sens péjoratif, synonyme de régression et de dégradation".

Un regard critique

S'il souligne les "bonnes nouvelles socio-économiques" et les dossiers, selon lui, bien gérés depuis 2017 (investissements étrangers, plan pauvreté, PMA, Notre-Dame des Landes...), Richard Ferrand n'épargne pas certaines mesures portées par le gouvernement Philippe : 

Si des mesures telles que la limitation de vitesse à 80 km/h ou la taxe carbone sont devenues irritantes au point de mobiliser une frange de nos concitoyens (...), il n'est pas impossible que ce soit par défaut de méthode, plutôt que par leur contenu." Richard Ferrand à Emmanuel Macron

Même sur réforme des retraites, suspendue en raison de l'épidémie de coronavirus, Richard Ferrand rappelle certaines réserves. S'il se dit toujours "convaincu de la pertinence du projet initial", visant à créer un système universel de retraites, il note pour le regretter que "la dimension paramétrique jointe au débat a altéré la clarté du dispositif initialement prévu". L'âge pivot, voulu par Edouard Philippe, avait fait perdre au gouvernement le soutien de la CFDT sur cette réforme. 

"Ministère du Service public"

Parmi les éléments de méthode soumis par l'élu breton, celui-ci préconise de miser avant tout sur le dialogue, à tous les niveaux : "La bonne méthode est celle du dialogue entre les institutions et les citoyens", écrit-il.

Richard Ferrand imagine ainsi, à la faveur de la "réinvention" prochaine du Conseil économique, social et environnemental et de ses émanations en région (CESER), laisser "plus de place aux citoyens, dans une logique plus participative". 

Autre proposition formulée dans un souci de proximité, la création d'un "ministère du Service public" afin de soutenir "l'égalité d'accès aux services de base". Reprenant des idées mis sur la table par d'autres députés, les maisons France Services pourraient ainsi être le vecteur de "nouveaux bouquets de services", à moins de "vingt minutes" des bassins de vie.

L'éphémère ministre à la Cohésion des territoires appelle également à "l'adaptation locale des normes" et au principe de subsidiarité pour les collectivités, qui pourraient se répartir plus facilement et librement les compétences. En écho à la crise du coronavirus, il note que "la réactivité et parfois l'inventivité (...) ne sont pas l'apanage exclusif des lieux centraux de pouvoir".

Enfin, Richard Ferrand souhaite une "planification renouvelée", alors que le commissariat général au Plan a joué un rôle important dans certaines grandes orientations décidées lors des présidences de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou. Cette planification ne serait plus centrale mais toujours en "dialogue entre les échelles territoriales". Et elle pourrait porter sur plusieurs sujets clés : énergie, climat, agriculture, santé. Avec comme premier chantier "l'allocation du soutien public aux secteurs économiques", alors qu'un plan de relance de l'économie est attendu à l'automne.