Retraites : la droite ne veut pas non plus d’un "âge pivot"

Actualité
le Mercredi 22 avril 2020 à 15:06

Mais contrairement à la CFDT, les députés Les Républicains, qui présentaient jeudi leur contre-projet de réforme, souhaitent instaurer une "mesure d'âge" pour "sauver les retraites", en reculant l'âge légal de départ à 65 ans.

"Faute de courage et d'audace, la réforme du gouvernement n'est pas une réforme de droite." Jeudi, le président du groupe "Les Républicains" à l'Assemblée nationale Damien Abad a dévoilé le projet des députés LR pour les retraites.

Alors que la réforme présentée mercredi par le Premier ministre, Edouard Philippe, mécontente les syndicats, la droite parlementaire tente de prouver sa propre "audace réformatrice", avec une mesure phare : repousser l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

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Les députés LR souhaitent en effet "repousser l'âge de départ à la retraite d'un trimestre par an pendant douze ans", ce qui reviendrait "au bout de huit ans" à fixer le "nouvel âge légal de départ" à 64 ans et à le fixer "à terme" à 65 ans.

Une façon, selon Damien Abad, d'"assurer l'équilibre financier du système" puisque ce décalage doit "permettre de dégager 10 milliards d'euros par année d'âge légal supplémentaire". Une façon, aussi, de démontrer que Les Républicains ne sont "ni asphyxiés ni avalés par le macronisme".

Se démarquer du gouvernement

Avec cette "mesure d'âge" clairement assumée, les députés LR tentent de se démarquer de l'Exécutif. Alors que le projet gouvernemental prévoit quant à lui une mesure "paramétrique" qui doit "inciter les Français à travailler plus longtemps".

Car si l'âge légal de départ à la retraite restera fixé à 62 ans, Edouard Philippe a annoncé mercredi sa volonté d'instaurer en 2027 un "âge d'équilibre" (ou "âge pivot").

Celui-ci sera fixé à 64 ans. Toute personne qui partira à la retraite avant cet âge se verra appliquer un malus sur sa pension : une baisse qui, selon la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, s'appliquera "tout au long de la retraite".

Ce dispositif est fortement critiqué par la CFDT, qui appelle à manifester le 17 décembre pour obtenir le retrait de ces "mesures d'âge inutiles et injustes".

Assumer le report de l'âge légal

Les députés Les Républicains sont, eux-aussi, opposés à l'introduction d'un "âge pivot" : "Mais pas pour les mêmes raisons que la CFDT", a aussitôt précisé Eric Woerth, qui évoque même des "raisons exactement inverses".

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"Nous sommes favorables à l'augmentation de l'âge légal de départ à la retraite", a martelé le président LR de la commission des Finances, soucieux de se dissocier de "la CFDT et des autres syndicats", mais aussi du "Parti socialiste" et de "La République en Marche".

Pour justifier son opposition, Eric Woerth assure que l'"âge pivot" conduira à une "réduction des pensions" :

Vous partiez à 62 ans avec '100' et avec l'âge pivot vous partez à 62 ans avec '80'.Eric Woerth

Mettre les gens dans la rue pour de "bonnes raisons"

Selon Eric Woerth, la réforme du gouvernement risque surtout de compromettre le financement du système de retraites. Car, explique l'élu, l'"âge pivot" revient, de fait, à faire passer l'âge de départ à la retraite à taux plein de 67 ans aujourd'hui, pour les carrières courtes ou hachées, à 64 ans une fois que la réforme sera votée.

"L'âge pivot est sur le plan financier nettement moins fort que le recul de l'âge légal de départ à la retraite", analyse le député, qui prône donc un départ à 65 ans.

"Je ne suis pas sûr [que notre proposition] mettra moins de gens dans la rue, ça en mettra même peut-être un peu plus", a toutefois reconnu Eric Woerth. "Mais pour de bonnes raisons, pour des raisons claires, précises, nettes", a-t-il ajouté.

Des propos cependant vite tempérés par le député et secrétaire général du parti Aurélien Pradié qui a précisé que "personne chez 'Les Républicains' ne veut jouer à un concours de 'qui mettra le plus de monde dans la rue'".

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Supprimer les régimes spéciaux en 2032

Les Républicains promettent par ailleurs de "maintenir le système des caisses autonomes, qui répondent aux singularités de certains métiers et ont dégagé des excédents sans toucher un seul centime de l'Etat".

Ils proposent aussi de "préserver les droits familiaux et conjugaux" en "ne touchant pas aux pensions des mères et des pères de famille" mais aussi en "garantissant les pensions de réversion des veufs et des veuves".

Concernant la suppression des régimes spéciaux, les députés LR souhaitent aller plus vite que que le gouvernement "pour les intégrer au droit commun avec une phase de transition de 12 ans" jusqu'en 2032.

Le livret de propositions mis en ligne jeudi, qui prône également une "meilleure prise en compte des nouvelles pénibilités", "servira de base de travail pour le débat législatif qui aura lieu à la rentrée", a promis Damien Abad.