Polluants éternels : un rapport alerte sur la nécessité d'interdire "urgemment" les rejets industriels contenant des PFAS

Actualité
Image
PFAS : "Il faut couper le robinet", selon Cyrille Isaac-Sibille
PFAS : "Il faut couper le robinet", déclare Cyrille Isaac-Sibille. LCP
par Adèle Daumas, le Mercredi 7 février 2024 à 17:20, mis à jour le Mercredi 7 février 2024 à 18:37

A l'issue d'une mission qui lui avait été confiée par le gouvernement sur les PFAS, autrement appelés polluants éternels, Cyrille Isaac-Sibille (Démocrate) a présenté son rapport sur le sujet cette semaine à l'Assemblée nationale. Mieux évaluer et prévenir les risques pour la santé, réguler et restreindre leur production et leur utilisation, interdire les rejets industriels et dépolluer... Tour d'horizon des recommandations du rapport. 

Alors qu'après les révélations sur l'eau contaminée dans la vallée du Rhône, un nouvel article journalistique a alerté sur la pollution aux PFAS, cette fois dans le village de Salindres (Gard) à des niveaux "qui pourraient même constituer un record mondial", le député Cyrille Isaac-Sibille (Démocrate) souligne la nécessité d'"arrêter" ou du moins "restreindre" la production et l'utilisation de ces produits chimiques. 

Auditionné par les commissions des affaires sociales et du développement durable de l'Assemblée nationale, mardi 6 février, le député du Rhône a présenté son rapport lors d'une conférence de presse ce mercredi 7 février. En juillet dernier, il avait été chargé par la Première ministre, Elisabeth Borne, d'une mission sur les composés per- et polyfluoroalkylées (PFAS, dits aussi "polluants éternels"). L'élu a donc remis son rapport au gouvernement, avant de le présenter cette semaine à l'Assemblée. 

"Nous avons tous des PFAS dans notre corps", a rappelé Cyrille Isaac-Sibille lors de la présentation de ses conclusions, ce qui constitue "un véritable problème au regard de la toxicité de ces molécules" présentes dans de très nombreux produits : cosmétiques, emballages alimentaires, protections anti-incendie, etc. Leur dangerosité tient aussi à leur "grande persistance", leur "grande mobilité" et leur "grande volatilité". 

Malgré ce constat, "on ne peut pas supprimer les PFAS" a indiqué le député, médecin de profession, rappelant que "certains médicaments, comme le Prozac, sont des PFAS". Le rapport s'attache donc à déterminer comment limiter les rejets, la production et l'utilisation des PFAS, et de quelle façon lutter contre la pollution qu'ils génèrent depuis des décennies.

Il faut une interdiction des rejets, une restriction des usages, et peut-être une interdiction des usages futiles. Cyrille Isaac-Sibille (Démocrate)

Le rapport formule 18 recommandations - dont celle d'interdire "urgemment" les rejets industriels contenant des PFAS - réparties en plusieurs axes de travail :

  • "Faire avancer les connaissances" : les PFAS sont "un problème identifié de longue date, mais dont l'urgence et la gravité ont été "sous-estimés"", souligne le rapport. Aussi manque-t-on de connaissances pour s'attaquer au problème : il est nécessaire de  "dresser un état des lieux exhaustif de toutes les pollutions aux PFAS" (la pollution de l'air aux PFAS est, par exemple, très mal connue, a précisé Cyrille Isaac-Sibille lors de son audition) et "mieux comprendre [leur] diffusion pour mieux lutter contre la pollution".
  • "Restreindre et arrêter la production et l'utilisation des PFAS" : les mesures prônées par le rapport visent à une limitation maximum des PFAS. "Interdire les rejets industriels", obliger les entreprises à informer sur leur "utilisation", "encourager fortement le développement des alternatives",  "arrêter la production et l’utilisation des PFAS en soutenant l’initiative de restriction" lancée par certains pays européens... Tout en estimant que la lutte contre les PFAS ne pourra se faire efficacement qu'au niveau de l'UE, Cyrille Isaac-Sibille estime qu'en l'absence éventuelle d'avancée à ce niveau, "la France peut proposer la restriction de certains usages (fart, cosmétiques, textiles d’habillement, emballages alimentaires, papier carton)".
  • Dépolluer :  à ce jour, on ne dispose pas de "traitement complet et efficient pour les eaux usées", de même que pour les sols, ainsi que les déchets. Le coût de la dépollution est également un frein : le traitement des "eaux potables et usées pour éliminer les PFAS a été estimé à 238 milliards d'euros par an par l'Union européenne", souligne le rapport. Pour y répondre, il faudrait donc "créer une filière de traitement PFAS et soutenir la recherche pour trouver des moyens de destructions moins coûteux" et "appliquer le principe de pollueur-payeur" en créant un "fonds PFAS financé par les producteurs".

Au final, le député estime que la clé de la lutte contre les PFAS, est d'agir à différentes échelles. Il encourage notamment la création d'un "GIEC de la pollution chimique" à un niveau international. La mise en place de "normes, restrictions et interdictions" concernant les PFAS doit être européenne, tandis que l'"arrêt des rejets et le traitement de la pollution historique" appelleraient une réponse nationale. Enfin, au niveau local dans les territoires pollués, le rapport demande de mieux "associer les citoyens et collectifs" et de faire preuve d'une "transparence totale concernant la pollution".

Ce mercredi 7 février, lors de la séance des Questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, qui a reçu le rapport et qui a été interrogé sur ce sujet par Cyrille Isaac-Sibille, a assuré que "dans ces 18 recommandations, nous sommes d'ores et déjà en train de regarder celles que nous allons pouvoir mettre en œuvre dans quelques mois".