Municipales: la météo des alliances à gauche, le point sur les différents accords et désaccords

Actualité
Image
La météo des alliances politiques à gauche pour le second tour des municipales
La météo des alliances politiques à gauche pour le second tour des municipales
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Lundi 16 mars 2026 à 16:18, mis à jour le Mardi 17 mars 2026 à 15:54

Depuis l'annonce des résultats du premier tour des municipales dimanche soir, des discussions ont eu lieu entre les différentes forces de gauche dans le but de conserver des villes, voire d'en conquérir. Où en sont-elles ce mardi à 10h ? LCP vous propose un bulletin météo des alliances, pour tout comprendre.

Le premier tour des élections municipales terminé, l'heure était aux tractations. A gauche notamment, où les forces politiques de feu le Nouveau front populaire (NFP) avaient besoin de s'allier dans plusieurs villes pour espérer les emporter, voire les conserver. Tout se joue dans les prochaines heures : la date limite pour déposer les candidatures du second tour est fixée à mardi 18 heures. Mais des contraintes matérielles, comme l'envoi à l'impression des documents de campagne, nécessitent d'aller encore plus vite.

Accord, refus ou discussions plus ou moins avancées autour d'une liste commune, LCP fait le point sur les communes où cela se joue. Et ce, par couleur politique. Voici ce que l'on sait ce mardi à 10h.

Là, où La France insoumise va mener la liste

A Toulouse, le deal est d'ores et déjà acté. Le candidat insoumis François Piquemal, arrivé deuxième au premier tour, et son homologue socialiste François Briançon, troisième, ont annoncé une "liste commune" pour le second tour ce lundi matin. "L'union de la gauche est en place", a tweeté François Piquemal. L'objectif ? Prendre la ville au maire divers droite sortant, Jean-Luc Moudenc, qui a terminé en tête dimanche soir. "Quand on est de gauche, on rassemble la gauche", a justifié François Briançon, le patron du PS de Haute-Garonne, à qui reviendrait la métropole toulousaine en cas de victoire. "Je me suis entretenu avec Olivier Faure [le patron du PS, NDLR], je l’ai tenu au courant, j’ai pris mes responsabilités", a ajouté le socialiste.

C'est conclu également à Limoges. Le candidat socialiste Thierry Miguel, troisième du premier tour (avec 16,92% des voix) a accepté ce lundi de fusionner sa liste avec celle du député insoumis Damien Maudet (24,86% au premier tour) pour battre le président Les Républicains de la métropole, Guillaume Guérin, en tête dimanche (27,34%). La gauche espère ainsi faire rebasculer à gauche cette ville de 130 000 habitants dirigée par le PS pendant plus d'un siècle (1912-2014). Le maire sortant divers droite Emile Roger Lombertie, qui briguait un troisième mandat mais n'a obtenu que 10,05% des suffrages au premier tour, avait retiré sa liste dès dimanche soir "en espérant que le maire de Limoges ne soit pas un LFiste".

A Argenteuil (Val d'Oise), un accord a été trouvé entre les listes du candidat LFI Yassin Zeghli, qui est arrivé deuxième du premier tour dimanche (26,53%), du divers gauche Philippe Doucet (13%) et du représentant de l'union de la gauche Nicolas Bougeard (12,54%). "Nous sommes aux portes de la victoire", écrivent les différentes forces dans un communiqué. Leur objectif : l'emporter face au divers droite Georges Mothron, en tête du premier tour, avec 37,77% des suffrages.

-> Lire aussi - Municipales: LFI réalise une percée dans les grandes villes

Là, où le Parti socialiste va mener la liste

Il y a d'abord les villes dirigées par le Parti socialiste et où ce dernier, en difficulté, a besoin des voix de La France insoumise notamment pour espérer inverser la tendance. C'est le cas notamment à Clermont-Ferrand. Le candidat des Républicains, Julien Bony, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour (33,93%) dans ce bastion socialiste depuis la Libération. Le sortant, le socialiste Olivier Bianchi, prend la deuxième place (29,99%), suivi par la députée insoumise Marianne Maximi (17,01%). Ces deux derniers devaient donc s'entendre pour conserver la ville. C'est chose faite. Lundi après-midi, Olivier Binachi a annoncé une fusion "technique" avec La France insoumise.

La configuration était similaire à Brest, où le maire PS sortant François Cuillandre a terminé deuxième du premier tour (23,8%) et avait besoin de la candidat insoumise Cécile Beaudouin, troisième avec 15,39% des voix, pour battre dimanche prochain le divers droite Stéphane Roudaut (30,24%) qui est sorti en tête du premier tour. Là aussi, une fusion technique avec LFI pour le second tour a été validée ce lundi après-midi et annoncée lors d'une conférence de presse commune avec Cécile Beaudouin.

A Nantes, après de longues négociations, la sortante socialiste Johanna Rolland (qui a terminé en tête avec 35,24% des voix) a finalement signé "un accord technique" avec le candidat LFI William Aucant, qui a pris la troisième place, en recueillant 11,20% des suffrages, selon Ouest-France"LFi sera dans l’opposition. Le programme reste celui de la liste de Johanna Rolland et de ses alliés du premier tour", précise une source au quotidien. Au premier tour, Johanna Rolland ne devançait que d'une courte tête le divers droite Foulques Chombart de Lauwe (33,77%). Mounir Belhamiti (DVC) était quatrième avec 8,12% des voix.

A Avignon, pour tenter de conserver la ville à gauche (la sortante PS Cécile Helle n'était pas candidate à sa succession), la liste du socialiste David Fournier va fusionner avec celle de La France insoumise menée par Mathilde Louvain, arrivées respectivement troisième (19,89%) et quatrième (19,03%) au premier tour. "Il n'y aura qu'une seule liste de gauche" au second tour, a confirmé à l'AFP un proche de David Fournier. Dimanche, c'est le journaliste télé Olivier Galzi (DVD) qui est arrivé en tête avec plus de 27% des voix, suivi par la candidate du RN, Anne-Sophie Rigault, à plus de 25%.

Là, où les écologistes vont mener la liste

Comme pour le PS, les écologistes auront premièrement à coeur de conserver les villes qu'ils dirigeaient dans la mandature précédente. Dans plusieurs d'entre elles, il leur faudra faire avec leurs partenaires. C'est le cas à Besançon, où la maire sortante Anne Vignot, deuxième du premier tour (33,37%), a annoncé ce lundi matin, dans un communiqué, faire alliance avec Séverine Vézies (LFI), dont la liste a totalisé 10,90% des votes, afin "de battre la droite". En effet, le candidat divers droite Ludovic Fagaut est arrivé en tête dimanche (40,13%).

A Lyon, l'édile écologiste sortant Grégory Doucet a mieux résisté face à Jean-Michel Aulas que ce qui avait été annoncé par les sondages. Mais les deux hommes étaient au coude-à-coude au premier tour : 37,36% pour le représentant de gauche et 36,78% pour celui de la droite et du centre. Des discussions étaient en cours pour le second tour entre Grégory Doucet et la candidate insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi, troisième (6,62%). Un accord a été trouvé ce lundi après-midi. "L'enjeu est de ne pas laisser la ville à Aulas et à Wauquiez", explique l'entourage du socialiste à LCP.

A Grenoble, où le sortant écologiste Eric Piolle ne brigue pas un nouveau mandat, Laurence Ruffin, désignée pour lui succéder, a également acté lundi un accord "technique" avec son rival de La France insoumise, Allan Brunon. Au premier tour, ils s'étaient respectivement classés en deuxième (26,33%) et troisième position (14,59%), derrière le candidat des Républicains, Alain Carignon. Ce dernier avait créé la surprise en arrivant très légèrement en tête avec 27,04% des suffrages. "Je considère qu'aujourd'hui, on a 58% de Grenoblois qui ont voté pour un projet de gauche et que notre problème, c'est la division en sept listes différentes", a expliqué Laurence Ruffin à l'AFP. 

A Tours, un accord a aussi été trouvé entre le maire écologiste sortant Emmanuel Denis, qui avait une avance de plus de dix points au premier tour (34,04%), et la candidate de LFI Marie Quinton (11,46%). "Notre position a toujours été sans ambiguïté : jamais nous ne laisserons la droite ni l'extrême droite prendre la ville", explique la seconde dans un communiqué. Le candidat divers droite Christophe Bouchet a pris la deuxième place (23,88%), suivi de celui du RN Aleksandar Nikolic (11,69%).

Accord de dernière minute à Poitiers, où, dans un premier temps, un échec avait été annoncé. Mardi après-midi, l'écologiste et maire sortante Léonore Moncond'huy (en tête avec 26,41% au premier tour) est parvenue à une alliance avec l'insoumis Bertrand Geay, qui a récolté 14,05% des voix. Selon France Bleu, les insoumis obtiennent finalement 10 sièges en position éligible sur 30 au conseil municipal. Léonore Moncond'huy sera-t-elle réélue dans ces conditions ? L'ancien macroniste Anthony Brottier (DVC) est arrivé deuxième dimanche soir (23,90%). De son côté, le socialiste François Blanchard (11,48%), qui a discuté sans succès avec Brottier, se maintient également.

Outre les mairies sortantes, les écologistes pourraient gagner la ville de Lorient, en la prenant au sortant, l'UDI Fabrice Loher (DVC). Certes, ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 35,44% des voix, mais ne dispose pas de réserves de voix. Contrairement à l'écologiste Damien Girard (23,19%), qui s'est déjà affiché dimanche soir avec la socialiste Gaëlle Le Stradic (DVG), troisième avec 19,03% des voix. L'accord entre les deux a été annoncé ce lundi. La nouvelle liste s'appellera "Union des forces de gauche écologique et citoyenne". 

Là, où il n'y aura pas d'accord

A Marseille, le maire sortant, le socialiste Benoit Payan, a définitivement fermé la porte à toute alliance avec La France insoumise et son candidat Sébastien Delogu : il a déposé sa liste pour le second tour à la préfecture dès ce lundi matin. "On a toujours été très clair", "face au Rassemblement national, il n'y a ni compromission ni tambouille ni arrangement", a-t-il alors déclaré, entouré de ses colistiers. "C'est une position irresponsable qui pourrait donner les clefs de Marseille au Rassemblement national", a réagi Sébastien Delogu. Au premier tour, Benoit Payan avait fini dans un mouchoir de poche avec le RN Franck Allisio (36,70% contre 35,02%). La candidate du centre et de droite Martine Vassal (12,41%) vient, elle, d'annoncer qu'elle se maintenait au second tour.

A Bordeaux, le sortant Pierre Hurmic a terminé premier (27,68%), mais est talonné par le député Ensemble pour la République Thomas Cazenave (25,58%). Troisième, Philippe Dessertine (DVC, 20,20%) a, pour l'heure, affirmé qu'il irait jusqu'au bout. Le candidat de La France insoumise, Nordine Raymond, quatrième avec 9,36% des suffrages, avait fait un pas vers le maire écologiste. "Mon téléphone est allumé, la nuit va être longue, si Pierre Hurmic décide qu'on peut parler de fond, la balle est dans son camp", avait-il lancé dimanche soir. Sans succès. Au Monde, l'entourage de Pierre Hurmic a indiqué qu'il n'y aurait pas d'accord : "La liste Bordeaux en confiance portera le rassemblement à gauche dimanche 22 mars, sans modification ni fusion." La liste déposée à la préfecture sera inchangée, sans alliance avec LFI dans l'entre-deux-tours.

A Paris, les négociations s'annoncent compliquées, après une campagne extrêmement tendue entre socialistes et Insoumis. Le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati (Les Républicains) d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche de conserver la ville. La candidate de La France insoumise, Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, a l'intention de se maintenir s'il ne lui propose pas de fusion, hypothèse que le socialiste a toujours exclue. "J'ai dit maintes et maintes fois que je ne souhaitais pas faire alliance avec LFI. Je ne demande rien à Sophia Chikirou, elle fera ce qu'elle veut", a répété ce lundi à la presse Emmanuel Grégoire lors d'un déplacement dans le 13e arrondissement.

Pas d'accord non plus à Caen, entre le candidat écologiste Rudy L'Orphelin, qui est soutenu par le PS et a terminé deuxième du premier tour (21,75%), et l'insoumis Aurélien Guidi (12,51%). Les deux listes de gauche partiront chacune de leur côté dimanche prochain. "Aurélien Guidi et ses colistiers ont refusé tout échange de fond", a déploré Rudy L'Orphelin sur Instagram. Ce qui éloigne considérablement une éventuelle victoire dans cette ville dirigée par Aristide Olivier (DVD). Ce dernier a largement terminé en tête du premier tour du scrutin, avec 48,51% des voix.  

Même chose à Amiens, où le socialiste Frédéric Fauvet (23,97%), deuxième du premier tour, juste derrière le maire sortant DVC Hubert de Jenlis (25,98%), a annoncé ce lundi refuser la proposition d'alliance faite par l'insoumis Samy Olivier, qui ne pouvait se maintenir au second tour (9,7%), mais pouvait fusionner. "On présentera la même liste au second tour qu'au premier tour", a déclaré Frédéric Fauvet, cité par France 3. L'attitude de Julia Bellina (divers, 12,41%) sera importante dans la configuration à venir ; elle semble décidée à se maintenir. 

A Rennes, la maire sortante Nathalie Appéré, arrivée en tête dimanche (34,53%), espère l'emporter sans fusion avec la candidate de La France insoumise, qui avait pris la troisième place du premier tour (18,61%). "Malgré le risque de victoire de la droite, Nathalie Appéré et le PS ont refusé toute discussion avec nous. Nous serons donc présents au second tour", a déploré Marie Mesmeur lundi. Le candidat Horizons Charles Compagnon était deuxième du premier tour, avec 22,47% des voix. 

Là, où la gauche se bat contre la gauche pour la gagne 

La maire écologiste sortante de Strasbourg, Jeanne Barseghian, est en mauvaise posture. Avec 19,72% des voix au premier tour, elle a été nettement devancée par deux de ses adversaires : la candidate du PS Catherine Trautmann qui termine en tête (25,93%) et celui des Républicains Jean-Philippe Vetter (24,23%). A la quatrième place, et en position de se maintenir, on retrouve l'insoumis Florian Kobryn (12,03%). Ce lundi après-midi, la maire écologiste Jeanne Barseghian et La France insoumise ont annoncé s'allier pour le deuxième tour. Cela leur permettra-t-il de contrer un retour de Catherine Trautmann, qui a dirigé la ville de 1989 à 1997, et entre 2000 et 2001 ?

A Lille aussi, les discussions ont duré à gauche. Elles sont désormais terminées. Alors que les deux leaders du premier tour, à savoir le maire sortant socialiste Arnaud Deslandes (26,26%) et la candidate LFI Lahouaria Addouche (23,36%) courtisaient chacun de leur côté le troisième, en l'occurence l'écologiste Stéphane Baly (17,75%). Ce dernier a finalement décidé de fusionner avec les socialistes et devrait donc permettre la victoire au second tour d'Arnaud Deslandes, qui dirige la ville depuis mars 2025.