Les députés invitent le gouvernement à protéger les enfants des professionnels de santé morts du Covid-19

Actualité
le Vendredi 29 mai 2020 à 15:39

L'Assemblée nationale a adopté, ce mardi après-midi, une proposition de résolution du groupe La République en Marche exprimant la "reconnaissance nationale à tous les soignants et portant création d’un statut pour les enfants de soignants décédés du Covid‑19". Cette disposition – un avis non contraignant émis par les députés – devrait déboucher sur une réponse favorable du gouvernement qui s'y est dit prêt

Des quatre coins de l'hémicycle toutes les mains se sont levées. Dans une belle unanimité, tous les groupes politiques et les non inscrits ont voté la résolution des députés LaREM demandant une reconnaissance nationale à destination de l'ensemble des soignants en lutte contre le coronavirus SRAS-CoV-2 et l'extension du statut de pupille de la Nation, ou la création d'un statut spécifique, pour les enfants des personnels soignant décédés de sa maladie, la Covid-19.

Des enfants adoptés par la Nation

"Il ne faut pas rajouter à la douleur du deuil le silence du droit." C'est par ces mots que le député de l'Indre, François Jolivet, signataire de la résolution avec les membres du groupe La République en Marche et apparentés, a défendu cette idée. Dans son territoire d'élection, le député a été confronté à l'histoire dramatique d'une professionnelle de santé, veuve et mère de quatre enfants, qui a succombé à la maladie alors que son métier l'avait placé en première ligne face au coronavirus.

Le groupe LaREM plaide en faveur d'une reconnaissance nationale, soit par l'extension du statut de pupille de la Nation à ces enfants, soit par la création d'un statut spécifique et similaire à celui créé en 1917, en pleine Première Guerre mondiale, dans une France comptant de nombreux "orphelins de guerre". Des pupilles de la Nation qui restent sous la responsabilité de leurs familles ou de leurs tuteurs tout en bénéficiant d'un soutien de l'Etat.

"Le statut de pupille de la Nation offre protection et soutien matériel et moral de l’État pour l'éducation. Il peut bénéficier d'aides mensuelles, d'aides aux études poursuivies même au-delà de 21 ans, d'exonération de frais de scolarité ou d'examen, de bourses scolaires et universitaires, de l'attribution de points supplémentaires pour certains concours de L’État..." defense.gouv.fr

Un député MoDem ému cite les noms de soignants morts

Brahim Hammouche, le député de Moselle lui-même praticien hospitalier en psychiatrie a rendu un bel hommage aux soignants ayant succombé face à l'épidémie qui frappe le monde entier. Des médecins, des aides-soignantes, des infirmiers, le parlementaire citera même des personnes croisées lors de ses propres études : "Jean d'Ormesson écrivait 'il y a quelque chose de plus fort que la mort, c'est la présence des absents dans la mémoire des vivants'."

La gauche demande l'extension du statut à tous les enfants de travailleurs morts de la maladie

A l'unisson, les groupes de la gauche de l'hémicycle ont rappelé les sacrifices que des travailleurs, et pas seulement des soignants, ont consenti dans cette période. Souvent issus de milieux modestes, ces travailleurs ont permis au pays, pendant la pandémie, de continuer à fonctionner. Les députés socialistes, de La France insoumise et communistes ont jugé injuste d'écarter potentiellement du dispositif les enfants de ces petites mains de l'ombre saluées par tous aujourd'hui.

"Nous vous le disons. (...) Ne commettez pas, Monsieur le ministre, la maladresse de ne pas élargir le statut que vous allez créer aux enfants de tous les salariés actifs durant cette séquence tragique !"Hubert Wulfranc, député communiste de Seine-Maritime

Le gouvernement s'engage à faire des propositions

Représentant le gouvernement, le secrétaire d'État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, Adrien Taquet, a promis aux députés de donner suite à la résolution "dans les prochaines semaines". Il a évoqué dans l'hémicycle un modèle "adapté du statut des pupilles de la Nation", et non pas une extension de celui-ci, à destination des enfants de soignants morts du coronavirus.

La revendication de la gauche de l'hémicycle, en faveur d'un dispositif bénéficiant à l'ensemble des travailleurs morts de la maladie, n'a pas obtenu à ce stade de réponse de l'exécutif.