Le député Arthur Delaporte propose d'interdire les IA qui déshabillent les femmes

Actualité
Image
Capture d'écran X
Capture d'écran du compte X d'Arthur Delaporte.
par Maxence Kagni, le Mardi 13 janvier 2026 à 10:26, mis à jour le Mardi 13 janvier 2026 à 10:38

Dans un rapport rendu public ce mardi 13 janvier le député Arthur Delaporte (Socialistes) et son ancien collègue Stéphane Vojetta (apparenté Ensemble pour la République) proposent d'interdire les outils numériques permettant de déshabiller virtuellement les femmes, comme a pu le faire récemment Grok, l'intelligence artificielle du réseau social X, détenu par Elon Musk.

Que peuvent les députés face à Grok, l'intelligence artificielle d'Elon Musk ? Cette IA générative, qui était jusqu'à récemment mise à disposition de tous les propriétaires d'un compte sur le réseau social X, est sous le feu des critiques depuis le début de l'année 2026 : elle a, sur requête de certains utilisateurs, dénudé artificiellement des milliers de femmes sans leur consentement.

Dans un rapport dévoilé publiquement ce mardi, le député Arthur Delaporte (Socialistes) et son ex-collègue Stéphane Vojetta (apparenté Ensemble pour la République) recommandent d'interdire en France la mise à disposition de tels outils de "nudification". Une proposition qui se rapproche de celle préconisée ce lundi par le gouvernement britannique, alors que le réseau social d'Elon Musk est visé par une enquête menée par le parquet de Paris.

X visé par une enquête du parquet de Paris

Dans les premiers jours de l'année 2026, des hommes ont demandé à Grok de reproduire des photos de jeunes femmes, en lui demandant de les mettre en bikini. L'IA du réseau social détenu par Elon Musk depuis octobre 2022 s'est exécutée, publiant à la vue de tous les photos - ultraréalistes - demandées. Certaines victimes du drame de Crans-Montana et même des enfants ont ainsi été "nudifiés". 

Face à l'émotion provoquée, deux députés, Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) et Arthur Delaporte (Socialistes) ont signalé les faits au procureur de la République. Les ministres Roland Lescure (Economie et Finances), Anne Le Hénanff (Intelligence artificielle et Numérique) et Aurore Bergé (Egalité entre les Femmes et les Hommes) en ont fait de même dans un communiqué commun.

Le réseau social X, accusé d'avoir biaisé son algorithme à des fins d'ingérence étrangère, est déjà visé en France par une enquête du parquet de Paris. L'enquête a été élargie au début de l'année 2026 à son intelligence artificielle.

"Grok n'a pas les mêmes filtres"

"L'IA Grok n'a pas les mêmes filtres que les autres intelligences artificielles", commente auprès de LCP Eric Bothorel. L'élu, spécialiste des questions numériques, raconte comment, en mai 2025, il avait demandé à Grok la recette du TATP, "l'explosif des djihadistes" : "Grok fournissait des détails que les autres outils, comme Mistral ou ChatGPT ne fournissaient pas..."

Selon Eric Bothorel, "la question est donc de savoir si l'on peut tout demander à une intelligence artificielle". Et surtout si elle doit répondre à toutes les requêtes : "Comme la liberté d'expression, ces outils doivent être encadrés", estime le député des Côtes-d'Armor.

Lutter contre l'idéologie masculiniste

Hasard du calendrier, le député socialiste Arthur Delaporte et son ex-collègue Stéphane Vojetta ont présenté au Premier ministre, ce lundi après-midi, les conclusions de leur rapport sur "l'influence et les réseaux sociaux", initié en juillet 2025. Parmi leurs 78 recommandations, ils proposent d'interdire purement et simplement la mise à disposition de tout outil de "nudification" permettant de fabriquer des hypertrucages (deepfakes) à caractère sexuel.

"Aujourd'hui, la diffusion sans consentement de ce type d'images est déjà interdite par le code pénal mais nous voulons nous attaquer à la production", explique Arthur Delaporte, interrogé par LCP. Cette interdiction pourrait prendre une forme législative. Si cette proposition était adoptée, alors "Grok serait interdit en France tant qu'il propose cette fonctionnalité".

Cela est d'autant plus important pour Stéphane Vojetta et Arthur Delaporte qu'ils consacrent une partie importante de leur rapport à la lutte contre "l'idéologie masculiniste", dont les adeptes sont susceptibles d'utiliser ces outils de "nudification".

"Le cadre juridique actuel doit être appliqué"

Mais cette simple interdiction sera-t-elle suffisante face à un Elon Musk qui refuse toute régulation de son service ? Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta estiment que la solution doit aussi être européenne : "En France, nous agissons puisque nous avons déjà fait adopter la loi influenceurs en 2023, et il faut continuer à le faire, mais cela doit aussi passer par Bruxelles", explique à LCP Stéphane Vojetta, qui avance l'hypothèse de réviser le digital services act (DSA) et le digital markets act (DMA) pour "ajuster le tir". 

​Le règlement européen "établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle" (AI act) se donne aussi pour mission de réguler le secteur. Il sera pleinement applicable le 2 août 2026. En attendant une éventuelle interdiction de Grok édictée au niveau français ou européen, les parlementaires s'en remettent au droit en vigueur : "Le cadre juridique existe, il doit être appliqué", affirme Arthur Delaporte. 

"Hausser le ton face à Elon Musk"

C'est aussi ce qu'a expliqué Jean-Noël Barrot. Dans un message posté sur son compte X, le ministre des Affaires étrangères a rappelé que la publication de "deepfakes à caractère sexuel" était puni de trois ans de prison et de 75 000 euros d'amende. "Portez plainte, la loi est là pour vous protéger !", a écrit l'ancien ministre délégué chargé du Numérique.

Eric Bothorel estime pour sa part qu'il faut "hausser le ton vis-à-vis d'Elon Musk" : "On ne peut pas se contenter de simples signalements à la justice", estime le député. "D'autres pays vont plus loin dans la menace et envisagent de bannir X", ajoute Eric Bothorel. C'est notamment le cas du Premier ministre britannique Keir Starmer.

La secrétaire d'Etat britannique à l'Innovation et la Technologie, Liz Kendall, a d'ailleurs annoncé ce lundi devant la chambre des communes la création d'une nouvelle infraction pénale interdisant à quiconque de "fournir des outils conçus pour créer des images intimes non consenties".

Les autres propositions phares du rapport Delaporte-Vojetta sur "l'influence et les réseaux sociaux"

  • Contraindre les influenceurs à exclure de leur audience les mineurs lors de la promotion de produits et services dont la vente est interdire aux moins de 18 ans,
  • Interdire aux influenceurs de promouvoir des profils, des contenus ou des formations liées à des plateformes de contenus pour adulte,
  • Instaurer un système d'autorisation préalable de vente ou de promotion de formations à distance pour les influenceurs,
  • Obliger la déclaration sur un registre public tout recours à des influenceurs par la puissance publique,
  • Encourager la création d'une labellisation des créateurs de contenus d'information,
  • Créer un portail unique de signalement directement rattaché aux services du Premier ministre,
  • Créer une convention judiciaire d'intérêt public avec les plateformes visant à la mise en conformité accompagnée d'une amende,
  • Examiner la conformité des pratiques commerciales des plateformes de jeux vidéos "free to play",
  • Engager la demande de suspension temporaire de la plateforme TikTok shop.