La Nupes, LFI en tête, fait sa rentrée à l'Assemblée

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Groupe LFI Perron 2022
par Soizic BONVARLET, le Mardi 21 juin 2022 à 13:38, mis à jour le Mardi 21 juin 2022 à 19:22

Les députés élus sous la bannière de la Nouvelle union populaire écologique et sociale ont fait leur arrivée à l'Assemblée nationale, mardi 21 juin. Les députés de La France insoumise, d'Europe Ecologie-Les Verts, ainsi que des députés du Parti socialiste et du Parti communiste étaient présents pour une photo de famille, sur fond de débat quant à la proposition de Jean-Luc Mélenchon de créer un groupe unique à l'Assemblée.

C'est la foule des grands jours en ce mardi matin sur la place du Palais-Bourbon, attenante à l'Assemblée nationale. Les journalistes attendent la Nouvelle union populaire qui a décidé de se rassembler à 10h, afin d'afficher l'unité qui a paru s'effriter la veille, après la proposition de Jean-Luc Mélenchon de créer un unique groupe parlementaire, en lieu et place de différents groupes représentant chacune des formations politiques qui composent l'alliance de gauche. Un scénario qui n'était pas celui prévu lors de la signature de l'accord de la Nupes avant les élections législatives, mais qui a émergé en raison du nombre inattendu de députés du Rassemblement national élus dimanche dernier. 

Jean-Luc Mélenchon a ainsi justifié sa proposition comme "un élément de clarification dans le chaos qui s’avance", cela n'empêchant pas "chaque parti d’avoir une délégation". L'ancien président du groupe LFI à l'Assemblée nationale (Mathilde Panot sera élue à ce poste à l'unanimité un peu plus tard dans la journée, ndlr) souhaite ainsi que la Nupes apparaisse clairement comme la principale force d'opposition à l'Assemblée, devant le Rassemblement national, et face à la coalition présidentielle. Une proposition qui a cependant été immédiatement rejetée par les responsables des autres partis qui composent l'alliance de gauche. 

Des députés qui veulent avant tout se "faire entendre", et diffèrent sur les moyens

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a assuré le matin même sur l'antenne de France Info qu'il y aurait des groupes de gauche "autonomes", destinés à se coordonner au sein d'un intergroupe. Tandis que pour Julien Bayou, l'opportunité de créer une entité unique "n'est pas le sujet". "On est plus forts à quatre groupes", assure aussi le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts, soulignant que l'ensemble des députés de gauche bénéficieront ainsi de "plus de temps de parole, d'initiatives, de commissions d'enquête". Sans que cela n'empêche nécessairement la Nouvelle union populaire d'obtenir la présidence de la commission des finances qui revient forcément à un groupe d'opposition, et traditionnellement au plus nombreux.

Comme Olivier Faure et Julien Bayou, Sébastien Jumel et plusieurs députés communistes, dont Elsa Faucillon et Stéphane Peu, sont également présents pour l'image place du Palais-Bourbon, alors qu'André Chassaigne et Fabien Roussel ont averti qu'ils ne pourraient se rendre à l'Assemblée que plus tard dans la journée. Sébastien Jumel, qui avait choisi de soutenir Jean-Luc Mélenchon, et non Fabien Roussel, lors de l'élection présidentielle, estime qu'il faut pouvoir "donner un prolongement au rassemblement". Mais il ajoute qu'il s'agit dans le même temps de trouver le meilleur moyen de "démultiplier l'énergie, la force de frappe", et que "la décision sera prise collectivement".

Jean-Luc Mélenchon venu soutenir le nouveau contingent de députés LFI

Alors qu'en 2017, celui qui venait alors d'être élu dans les Bouches-du-Rhône était omniprésent lors de la rentrée parlementaire des premiers députés de La France insoumise, il a une nouvelle fois tenu à accompagner dans leurs premiers pas les élus de la XVIe législature. Lui-même a pourtant choisi de ne pas être candidat aux élections législatives, préférant animer la campagne de la Nupes en espérant imposer une cohabitation à Emmanuel Macron. 

Jean-Luc Mélenchon a remis l'église au milieu du village en remettant l'Assemblée nationale au coeur de la politique. Raquel Garrido

Arrivé juste après la photo "de famille" sur la place jouxtant l'Assemblée, pour laquelle manquait la majorité des députés du Parti socialiste qui avaient prévu de faire leur arrivée l'après-midi, Jean-Luc Mélenchon embrasse ses proches, félicite les députés élus pour la première fois, et ceux qui rempilent pour un nouveau mandat. À quelques pas de lui, Raquel Garrido, fraîchement élue, se félicite de sa présence : "Jean-Luc Mélenchon a remis l'église au milieu du village en remettant l'Assemblée nationale au coeur de la politique". 

Sur le perron de la cour d'honneur, les députés issus de La France insoumise se rassemblent pour une nouvelle photo de groupe plus restreinte. Après avoir fait le V de la victoire, puis levé le poing, certains entonnent "On est là", hymne des Gilets jaunes, repris dans la plupart des manifestations, avant d'entrer dans l'enceinte du Palais Bourbon.

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Dans l'hémicycle, Jean-Luc Mélenchon n'hésite pas à faire la visite guidée. Dominant un parterre de députés quatre fois plus nombreux qu'en 2017, il explique les rudiments de la geste parlementaire, avant d'évoquer les figures historiques qui ont bataillé dans l'hémicycle. "Nous sommes un maillon de la chaîne", déclare-t-il aussi, inscrivant sa famille politique dans les pas de Jean Jaurès. Quelques minutes plus tard, Rachel Kéké, la femme de chambre syndicaliste qui avait mené la lutte victorieuse contre le groupe Accor, monte à la tribune afin de poser pour la photo. Elle est acclamée par ses collègues.

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À quelques pas de là, salle des quatre colonnes, Alexis Corbière se veut confiant quant à l'avenir de son groupe. "Nous sommes beaucoup plus nombreux, donc on va se faire plus entendre, on va mieux faire notre travail". "Nous sommes la première force d'opposition", revendique-t-il au-delà même de la perspective d'un groupe unique. "J'entends la petite musique macronienne qui dit "pas tout à fait", voire même qu'ils s'entendraient mieux avec le RN", déplore le député de Seine-Saint-Denis. Pour contrer Emmanuel Macron, qui ouvre selon lui, "la possibilité intellectuelle de travailler avec l'extrême droite", Alexis Corbière formule la nécessité de "rester unis", et propose notamment qu'une déclaration commune en ce sens soit formulée par toutes les composantes de la Nupes. Pour le groupe commun, il temporise : "L'affaire n'est pas terminée, on a une semaine pour y arriver". Il se réjouit par ailleurs de la nouvelle donne suscitée par le résultat des élections législatives, évoquant une "reparlementarisation", à rebours d'un présidentialisme qu'il apparente à une "infantilisation de la vie politique faisant le jeu de l'extrême-droite".

"On va vivre des moments un peu uniques de notre histoire de France", anticipe-t-il à propos de la législature à venir, avant de faire une autre prédiction : "2027 c'est soit nous, soit l'extrême-droite, car ce centre qu'incarne la Macronie finira par être broyé".