Immigration illégale: la dénonciation des accords du Touquet "enverrait un très mauvais signal", met en garde Laurent Nuñez

Actualité
Image
Laurent Nuñez à l'Assemblée nationale, le 15 juin 2026 (© LCP)
Laurent Nuñez à l'Assemblée nationale, le 15 juin 2026 (© LCP)
par Raphaël Marchal, le Lundi 15 juin 2026 à 13:24, mis à jour le Lundi 15 juin 2026 à 13:31

Auditionné à l'Assemblée nationale ce lundi 15 juin, le ministre de l'Intérieur a mis en garde contre les conséquences qu'aurait la dénonciation des accords du Touquet passés entre la France et le Royaume-Uni. Selon Laurent Nuñez, une telle décision "emporterait un risque d'arrivée massive [de migrants] sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord".

"Une dénonciation des accords du Touquet, comme des autres traités, enverrait un très mauvais signal à toutes les filières [d'immigration illégale], qui ne manqueraient pas d'y voir un manque de coordination entre Français et Britanniques." Auditionné par les députés de la commission d'enquête sur les conséquences des accords du Touquet, Laurent Nuñez a mis en garde, ce lundi, contre la tentation entretenue par certaines personnalités politiques de dénoncer le traité passé entre la France et le Royaume-Uni sur la surveillance de leurs frontières et la lutte contre l'immigration clandestine.

Il nous paraît extrêmement difficile de revenir sur ce dispositif juridique qui a fait ses preuves. Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

Pour le ministre de l'Intérieur, une dénonciation pure et simple des accords entraînerait une "reconstitution de campements encore plus importants sur le littoral des zones d'attente pour les migrants non-admissibles au Royaume-Uni". "Ça emporterait un risque d'arrivée massive sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord et cela renforcerait les mouvements secondaires intra-Schengen, de manière assez significative", a-t-il estimé. Par ailleurs, le traité permet actuellement d'assurer la fluidité des passages de voyageurs entre les deux pays. Sa remise en cause impliquerait que les contrôles ne pourraient plus être effectués dans les gares de départ, mais seulement à l'arrivée, a pointé le ministre.

Selon Laurent Nuñez, la priorité est plutôt de faire évoluer une relation qui est aujourd'hui bilatérale, en impliquant l'Union européenne. "Pourquoi sommes-nous finalement seuls dans la gestion de cette frontière ?", a questionné le locataire de la place Beauvau. "La France ne peut assumer seule la surveillance d'une frontière extérieure de l'Union européenne, dont les franchissements irréguliers s'expliquent en premier lieu par la défaillance des pays de première entrée", a-t-il souligné. Avant de saluer que la Commission européenne ait finalement reconnu que ce sujet était d'intérêt européen.

L'accord "un pour un" pas reconduit après octobre

Le ministre de l'Intérieur est par ailleurs revenu sur l'accord franco-britannique "un pour un", qui prévoit le renvoi en France de migrants arrivés au Royaume-Uni au moyen d’une embarcation clandestine, en échange de l’envoi outre-Manche de migrants présents sur le sol français. Conclu à l'été 2025 pour une durée d'un an, cet accord a été prolongé d'un commun accord jusqu'au 1er octobre, a annoncé le gouvernement. "Le dispositif commence à être connu, et un certain nombre de migrants renonce aux traversées", a assuré Laurent Nuñez.

L'accord n'a cependant pas vocation à être renouvelé après l'automne. "Nous considérons que ce n'est pas à la France de le porter seule, et qu'il vaut mieux que ça se passe dans le cadre d'un accord entre l'Union européenne et le Royaume-Uni", a indiqué le locataire de la place Beauvau. Avant de faire savoir que la France allait "beaucoup pousser pour un accord en ce sens" lors des prochaines réunions communautaires.

Au 11 juin 2026, 951 personnes ont été réadmises en France dans le cadre de cet accord "un pour un", contre 935 admissions légales au Royaume-Uni. "Ce n'est qu'un début. L'idée, ce serait d'avoir un dispositif plus large [à l'échelon européen], qui viendrait dissuader les traversées en créant cette voie légale, mais aussi les mouvements secondaires à l'intérieur de l'Union européenne", a détaillé le ministre.

L'audition de Laurent Nuñez était la dernière prévue par la commission d'enquête sur les accords du Touquet. La rapporteure de l'instance, la députée communiste Elsa Faucillon, va désormais se consacrer à la rédaction de ses conclusions, qui seront examinées et soumises au vote des membres de la commission le 1er juillet.