Nombreuses "défaillances systémiques", "hyperprésidence" du musée s'accompagnant d'une "dilution des responsabilités"... La commission d'enquête de l'Assemblée nationale, créée après le cambriolage du Louvre en octobre dernier, a dressé un premier bilan sévère, ce jeudi 18 février, lors d'un point d'étape de ses travaux, appelant notamment le ministère de la Culture à "reprendre la main".
"Le vol du Louvre n'est pas un accident." Lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, Alexandre Portier (Droite républicaine) et Alexis Corbière (Ecologiste et social) ont fait, ce jeudi 19 février, un point d'étape de la commission d'enquête sur "la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées". Selon Alexandre Portier, président de l'instance, le cambriolage, qui a eu lieu le 19 octobre dernier, "révèle les défaillances systémiques du musée, qui étaient latentes depuis des années".
Système de vidéosurveillance "archaïque", manque de coordination et de communication, carence dans les formations sécurité, absence de grille sur la porte-fenêtre qui a servi de point d'entrée aux cambrioleurs... Autant de points qui démontrent que la sécurité était loin d'être une "priorité des équipes de direction", et ce depuis des années. "Ce qui est en cause, c'est le pilotage du Louvre", a complété Alexandre Portier.
"Je ne comprends pas pourquoi le schéma directeur, qui été élaboré par M. Martinez, (...) a été reporté par la nouvelle présidente, Madame des Cars", lors de son arrivée en 2021, a complété le rapporteur, Alexis Corbière. Selon lui, aucune explication rationnelle n'explique ce choix, si ce n'est qu'il serait le symbole d'une "forme d'hyperprésidence" endémique au Louvre. "Il est acquis que le Louvre fonctionne d'une manière un peu autonome, avec une tutelle de la présidence de la République", s'est-il étonné, appelant au retour à un "fonctionnement normal".
"Le Louvre est devenu un Etat dans l'Etat, avec, depuis plusieurs années, une forme d'asymétrie qui s'est construite entre le Louvre et le ministère qui est censé le contrôler", a lui aussi soutenu Alexandre Portier, selon lequel le ministère de la Culture "doit reprendre la main". "Cela ne me semble pas sain, d'aller vers cette gestion en vase clos pour un tel établissement, comme si le Louvre au fond n'avait pas à rendre compte de la gestion de l'argent des Français", a considéré le député qui préside la commission des affaires culturelles du Palais-Bourbon.
La liste des défaillances aurait déjà conduit, dans pas mal de pays et dans pas mal d'établissements, à un départ [de la présidente du Louvre] depuis longtemps. Alexandre Portier, président de la commission d'enquête
La commission d'enquête a prévu une nouvelle série d'auditions pour tenter d'éclairer certaines zones d'ombre restant en suspens. La ministre de la Culture, Rachida Dati, en instance de départ du gouvernement du fait de sa candidature aux élections municipales à Paris, sera auditionnée lundi prochain, le 23 février. Laurence des Cars, présidente-directrice du Louvre, qui a été entendue par la commission des affaires culturelles le 19 novembre, sera pour sa part auditionnée par la commission d'enquête le 25 février. La commission entend poser les "questions qui fâchent" aux deux responsables, a prévenu Alexandre Portier (Droite républicaine). Les conclusions des travaux d'enquête de l'Assemblée nationale seront rendues début mai.