Carburants: Lecornu appelle TotalEnergies à "redistribuer" ses éventuels profits "exceptionnels", le groupe... lui répond

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Sébastien Lecornu, le 17 avril 2026.
Sébastien Lecornu, le 17 avril 2026. LCP
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mercredi 29 avril 2026 à 19:00, mis à jour le Mercredi 29 avril 2026 à 19:10

"S'il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d'une redistribution", a déclaré le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ce mercredi au Sénat alors qu'il était interrogé sur les résultats trimestriels en forte hausse de TotalEnergies. Une déclaration à laquelle le groupe pétrolier n'a pas tardé à répondre... 

Lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat, ce mercredi 29 avril, Sébastien Lecornu a appelé TotalEnergies à "redistribuer d'une manière ou d'une autre" aux Français ses éventuels profits "exceptionnels" liés à la flambée des prix des hydrocarbures, sur fond de débat sur la taxation des gains des pétroliers réclamée par la gauche et par certains pays européens. "S'il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d'une redistribution", a déclaré le Premier ministre, tout en disant ne pas aimer "le Total bashing".

Le locataire de Matignon qui a, par ailleurs, annoncé que "chaque euro de surplus de fiscalité" engendré à la pompe sera "affecté aux mécanismes d'aides directes" mis en place par le gouvernement. "Comme ça, on met derrière nous l'idée délétère pour la République que l'Etat serait en train de profiter de la crise", a-t-il souligné. 

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Sébastien Lecornu était interrogé sur le sujet par le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner. "Face à une crise qui percute de plein fouet des millions de ménages, quelles mesures structurelles allez-vous enfin prendre pour que le travail paye en France et que les plus modestes n'aient pas à choisir entre l'essence et la nourriture ?", avait lancé l'élu quelques minutes plus tôt. Et de dénoncer : "Les marges brutes des géants du pétrole se sont envolées de manière indécente. Quand certains se privent, d'autres engrangent, prospèrent, tranquillement."

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Le bénéfice net trimestriel du géant pétro-gazier français s'est affiché à 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros), en hausse de 51% sur un an. Dans un communiqué publié ce mercredi, le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, a vanté une "capacité à capturer la hausse des prix". Fort de ces performances du premier trimestre, TotalEnergies a décidé de gratifier ses actionnaires en augmentant le dividende de 5,9%. C'est la "plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières", a relevé le groupe.

"Total profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices"

Plusieurs responsables politiques, notamment à gauche, ont réagi à ces résultats en forte hausse. "Total profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices", a dénoncé sur X l'Insoumise et vice-présidente de l'Assemblée nationale, Clémence Guetté (La France insoumise). "Le gouvernement nous dit que ce n'est pas possible [de bloquer les prix du carburant] car les pauvres pétroliers ne pourraient pas s'en sortir", a commenté son collègue député et coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, ajoutant : "Quand va t-on arrêter de nous prendre pour des imbéciles ?"

Après la déclaration du jour de Sébastien Lecornu, ce dernier a estimé que "le Premier ministre n'est pas là pour supplier les profiteurs de crise de bien vouloir nous accorder quelques miettes" mais "pour protéger les Français". Le député François Ruffin (Ecologiste et social) a, lui, regretté que les bénéfices ne servent pas plutôt "pour investir sur l'avenir" ou "pour sortir des énergies fossiles". "Tout pour les actionnaires", a-t-il fustigé.

"Ces grands groupes ne sont pas dans une entreprise philanthropique", a pour sa part déclaré sur Franceinfo le député Thomas Ménagé (Rassemblement national). Avant de nuancer : "Il faut que ces actionnaires touchent des dividendes, mais il ne faut pas que ces dividendes soient disproportionnés au détriment des Français". Et d'ajouter que le RN saura "aller les chercher avec la taxation des superprofits".

Les socialistes déposent une proposition de loi

De leur côté, les socialistes ont annoncé le dépôt d'une proposition de loi, afin de taxer "les superprofits des profiteurs de crise, les pétroliers qui s'engraissent aujourd'hui sur le dos des Français qui travaillent dur et qui paient des factures de carburant démesurées", a déclaré à la presse Philippe Brun. "Nous souhaitons que cet argent revienne aux Français", a poursuivi le député PS. 

Le groupe Socialistes propose donc "la création d’une taxe juste car exceptionnelle, concentrée sur les profiteurs de crise, et finançant des mesures d’aide aux Françaises et Français qui doivent rouler en voiture pour leur vie quotidienne, et tout particulièrement pour travailler", peut-on lire dans l'exposé des motifs du texte. Seraient concernées : "Les entreprises redevables de l’impôt sur les sociétés dont le chiffre d'affaires est uniquement supérieur à 750 millions d’euros et dont le résultat imposable de l'exercice considéré est supérieur ou égal à 1,2 fois le résultat imposable moyen des 3 derniers exercices fiscaux". Avec un mécanisme progressif, comprenant trois taux de taxation, allant de 20% à 40%, en fonction des résultats obtenus.

-> Lire aussi - Prix du carburant : les écologistes veulent une loi pour taxer les superprofits des entreprises

La réponse de TotalEnergies 

La réponse de TotalEnergies au Premier ministre n'a pas tardé. Le groupe redistribue déjà une partie de ses "profits" aux consommateurs à travers le plafonnement du prix des carburants que la compagnie dit vouloir poursuivre, a fait savoir la multinationale, dans une déclaration à l'AFP. "C’est comme cela que nous redistribuons nos profits", a affirmé TotalEnergies, en soulignant avoir mis en place "sans attendre qu'on nous le demande une politique de plafonnement des carburants dont les Français bénéficient" depuis février 2023.

Les bons résultats annoncés ce mercredi servent à "financer le plafonnement des carburants en France" dans ses stations-services, mais aussi ses investissements "pour développer l’entreprise, notamment avec la transition énergétique", "à payer des impôts et contribuer aux finances publiques", à hauteur de 16 milliards d'euros en 2025 "en impôts et taxes dans le monde", dont 2 milliards en France, a encore indiqué le groupe. 

TotalEnergies précise enfin que, si ses profits servent à payer des dividendes, 80% de ses quelque 35.000 salariés en France en bénéficient en tant qu'actionnaires de l'entreprise.