Les députés du groupe Socialistes ont écrit au Premier ministre, Sébastien Lecornu, lundi pour lui demander de convoquer une réunion avec l'ensemble des forces politiques du Parlement pour faire un point sur la situation du monde agricole confronté aux épisodes caniculaires et "affiner ensemble les mesures immédiates" à prendre.
Dans un courrier daté du 17 août et envoyé à Sébastien Lecornu, les députés du groupe Socialistes font part de leurs inquiétudes quant aux conséquences "des quatre épisodes caniculaires d'une intensité exceptionnelle" de ces dernières semaines. "Partout sur nos circonscriptions nous sommes alertés sur l’immense inquiétude du monde agricole", écrivent-ils, car "la sécheresse qui affecte une grande partie du territoire national bouleverse l'économie de nos exploitations".
Pour répondre de la meilleure manière à ces difficultés, le groupe présidé par Boris Vallaud demande au Premier ministre "de bien vouloir réunir – dès que possible – les représentants des différents groupes parlementaires afin qu’un point précis sur la situation puisse être porté à la connaissance de tous et pour affiner ensemble les mesures immédiates que cette situation commande".
La mobilisation unanime de la classe politique derrière un tel plan d’urgence doit permettre de redonner confiance à nos agriculteurs. Les députés socialistes
"La mobilisation unanime de la classe politique derrière un tel plan d’urgence doit permettre de redonner confiance à nos agriculteurs", estiment les députés, qui appellent à "garantir un revenu aux producteurs" et estiment que la "situation d'urgence" actuelle nécessite "une réponse rapide et à la hauteur des difficultés rencontrées". "L'absence de réponse ferait peser un risque majeur sur l'avenir de nombreuses exploitations", poursuivent-ils, mettant en avant le "besoin d'une société solidaire du monde agricole" et "d'un dialogue serein qui n’est plus capté par des irréductibles de tous bords, au risque d’opposer villes et campagnes".
Concernant les mesures à prendre rapidement, les élus PS défendent notamment "le déploiement d'aides d'urgence destinées à soutenir la trésorerie des exploitations les plus fragilisées", "la mise en place d'un plan fourrage permettant d'aider les éleveurs confrontés à la dégradation des prairies" ou encore "l'examen de mesures de report ou d'allègement des charges fiscales, sociales et financières pour les exploitations les plus durement affectées".
Mais les socialistes abordent aussi la question de "l'urgence humaine". A leurs yeux, le plan qu'ils appellent de leurs vœux devra comporter "un volet spécifique de prévention du mal-être et des risques suicidaires", car il est impossible de "dissocier la sauvegarde des exploitations de la protection de celles et ceux qui les font vivre".
Dans une interview à L'Opinion ce mardi 18 août, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, revient sur la situation et sur les mesures déjà prises. Elle appelle aussi à la "solidarité nationale" envers les agriculteurs : "Au-delà de l'État, il faut un soutien de toute la société, des consommateurs, des collectivités, des assureurs, de la grande distribution." Sur le volet de la santé mentale, la ministre indique avoir "spécifiquement abordé ce point avec les préfets et la MSA (Mutualité sociale agricole, NDLR) pour redoubler de vigilance sur ces situations de détresse".
Samedi 15 août, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a de son côté écrit une nouvelle lettre ouverte aux agriculteurs. Publié au lendemain de la validation de la loi d'urgence agricole - ratifiée pour l'essentiel par le Conseil constitutionnel -, ce courrier vante la "parole tenue" des pouvoirs publics et détaille les étapes à venir. Dans l'immédiat, cette loi sera "promulguée sans attendre" et les ministres concernés devront également "préparer sans attendre les textes nécessaires à son application", affirme-t-il. En parallèle, face à la "sécheresse précoce et sévère", le Premier ministre assure que "la réponse devra être rapide et forte" et évoque une série d'aides déjà annoncées par Annie Genevard.
Des "enveloppes ciblées" seront ainsi "à la main des préfets" pour "soutenir les trésoreries et la remise en production". S'y ajouteront des fonds pour le dispositif public d'indemnisation des pertes, qui sera "armé autant qu'il le faut". Les exploitations "les plus fragilisées" pourront aussi bénéficier de baisses de taxe foncière et de cotisations sociales.
Puis, le prochain budget, qui sera présenté fin septembre, sera "l'occasion de proposer au Parlement de voter des mesures de soutien et d'investissement" en faveur du secteur. Sébastien Lecornu entend notamment y inclure un mécanisme de "suramortissement fiscal pour les projets d'avenir agricole", et d'autres mesures pour, entre autres, "soutenir les investissements hydrauliques, continuer d'adapter l'agriculture au changement climatique" ou encore "préserver la compétitivité de nos filières". Des promesses incertaines, faute de majorité pour les voter à l'Assemblée nationale, qui plus est à quelque mois de l'élection présidentielle.
(avec AFP)