Budget: pourquoi vous ne pourrez peut-être plus utiliser votre CPF comme vous le voulez

Actualité
Image
Jean-Pierre Farandou dans l'hémicycle, le 16 avril 2026
Jean-Pierre Farandou dans l'hémicycle, le 16 avril 2026
par Maxence Kagni, le Vendredi 2 octobre 2026 à 13:53, mis à jour le Vendredi 2 octobre 2026 à 13:53

Dans son projet de budget pour 2027, le gouvernement prévoit de modifier les conditions de recours au compte personnel de formation (CPF), afin d'orienter les utilisateurs vers des secteurs "en tension" ou considérés comme "prioritaires". Si cette mesure est adoptée, la réforme sera rétroactive au 1er octobre pour éviter que certains ne se dépêchent d'utiliser leur compte avant l'entrée en vigueur de la réforme. 

Le gouvernement s'apprête à durcir encore les modalités d'utilisation du compte personnel de formation. Dans son projet de loi de finances pour 2027, l'exécutif précise vouloir "recentrer" le CPF sur "les formations débouchant sur les métiers en tension ou des secteurs considérés prioritaires".

"On a souhaité ramener le CPF dans sa fonction première, qui est un projet professionnel", a expliqué jeudi 1er octobre, lors d'une conférence de presse, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. L'objectif du gouvernement, qui prévoit de réaliser 350 millions d'euros d'économies l'année prochaine grâce à cette réforme, est de "recentrer les moyens sur les dispositifs les plus efficaces".

Un questionnaires à remplir

Concrètement, si la réforme est effectivement adoptée, les personnes qui souhaiteront mobiliser l'argent de leur CPF pour financer une formation devront remplir un "questionnaire" dans lequel elles devront "préciser les objectifs de la formation, ses débouchés, son articulation avec [le] parcours professionnel et ses modalités de financement".

Les personnes qui, dans leurs réponses, feront la preuve d'un projet "suffisamment construit" dans un secteur "en tension de recrutement", ou considéré comme "stratégique" (intelligence artificielle, défense, médico-social, etc.), pourront utiliser leur CPF de façon normale afin de financer la formation demandée. Les formations cofinancées par un employeur bénéficieraient du même régime.

Payer plus cher sa formation

En revanche, les personnes dont le projet ne correspond pas aux nouvelles orientations se verront proposer un conseil en évolution professionnelle (CEP) afin "de préciser [leur] projet et d’identifier la formation la plus adaptée". Elles pourront toutefois persister dans leur volonté de suivre la formation initialement souhaitée, en ayant un reste à charge à payer plus élevé. 

Dans l'état actuel du droit, les personnes qui utilisent leur CPF pour financer une formation doivent payer de leur poche 150 euros. Cette obligation ne concerne pas les demandeurs d'emploi, ainsi que les personnes dont la formation est cofinancée par un employeur. Dans la nouvelle version du CPF, le somme à débourser serait modulée en fonction de la pertinence de la formation.

Ainsi, elle pourrait être nulle dans certains domaines comme celui de l'intelligence artificielle, a expliqué Jean-Pierre Farandou, dans une interview à LCI, le 24 septembre. En revanche, elle pourrait être de 150 euros pour d'autres formations et de 350 euros "quand on est très, très, très éloigné d'un projet professionnel", a ajouté le ministre. "Si vous voulez apprendre l'italien, si vous avez un projet professionnel pour faire de l'export en Italie, OK, mais si c'est juste pour vous faire plaisir, pourquoi pas, mais on n'a pas a autant soutenir ce type de formation", a justifié Jean-Pierre Farandou. 

Une réforme rétroactive

Le gouvernement avait déjà fixé de nouveaux plafonds pour le CPF dans le dernier budget, et réservé la mobilisation du compte personnel pour la financement du permis de conduire à certains publics dont les chômeurs. Le reste à charge était, par ailleurs, passé de 100 à 150 euros au début du mois d'avril 2026. 

Pour éviter que les bénéficiaires d'un compte personnel de formation ne se dépêchent d'utiliser leurs droits avant l'adoption du budget 2027, le gouvernement a prévu de rendre la réforme rétroactive au 1er octobre 2026. En clair, si la réforme est votée, toute personne achetant une formation aujourd'hui pour éviter les effets de la réforme pourra se voir demander de payer un peu plus cher une fois la loi de finances adoptée, s'il est constaté que la formation ne correspond à aucun projet professionnel.