Budget de l'Education : priorité au premier degré

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Jean-Michel Blanquer a présenté le budget de l'Education nationale mercredi devant les députés
par Ariel Guez, le Mercredi 21 octobre 2020 à 18:29, mis à jour le Jeudi 22 octobre 2020 à 11:23

Devant les députés de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, Jean-Michel Blanquer a présenté le budget 2021 du ministère de l'Education nationale avec les 53,6 milliards d'euros consacrés à l’enseignement scolaire. Principaux axes : une "priorité" affichée pour le premier degré, l'objectif de progresser vers une école "plus inclusive" et la hausse de la rémunération des enseignants dont il sera notamment question au cours du Grenelle qui débute ce jeudi 22 octobre. 

Le budget 2021 du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports reste le premier budget de l'Etat. Devant la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, le ministre Jean-Michel Blanquer a défendu les crédits de la mission "Enseignement scolaire". 

Quelques heures avant d'assister à l'hommage rendu, à la Sorbonne, à Samuel Paty, le professeur victime d'un assassinat terroriste vendredi 16 octobre, dont la mémoire a été saluée par l'ensemble des députés en commission, Jean-Michel Blanquer a notamment identifié trois priorités pour son budget, qui consacre 53,6 milliards d'euros à l’enseignement scolaire

Un budget en hausse, priorité au premier degré

"Il y a une augmentation budgétaire hors du commun lors de ce quinquennat. Mais que faisons-nous de cet argent ? Nous le répartissons selon des objectifs avec des politiques ciblées", indique le ministre de l'Éducation nationale, qui rappelle que dans les classements internationaux, la France est en dessous de la moyenne de l'OCDE pour les résultats du premier degré.

Ainsi, "l'effort en faveur du premier degré demeure la première priorité", assure Jean-Michel Blanquer. Alors qu'il y a de moins en moins d'élèves dans cette catégorie d'âge (3-10 ans), la création de près de 2.000 postes est inscrite dans le budget 2021. L'objectif est de maintenir un plafond de 24 élèves par classes de grande section, CP et CE1 sur tout le territoire, étendre le dédoublement des classes aux grandes sections de maternelle en éducation prioritaire et ne fermer aucune école rurale. 

Vous poursuivez une ligne d'affaiblissement dans le secondaire. Elsa Faucillon, le 21 octobre 2020.

Sauf que cette création de postes, saluée par plusieurs groupes, MoDem et UDI notamment, s'effectue par un redéploiement de 1.800 postes depuis le secondaire, compensé en heures supplémentaires. "On tient compte de la démographie des prochaines années", justifie le ministre, car mécaniquement, il y aura moins d'élèves dans les collèges et dans les lycées. 

"Vous poursuivez une ligne d'affaiblissement dans le secondaire", lui regrette en réponse la députée GDR Elsa Faucillon. Même critique de la part de la socialiste Sylvie Tolmont : "Certes nous pouvons nous réjouir de l'augmentation des postes programmés au premier degré. (...) Mais le second degré reste encore une fois le grand perdant de ce budget". Sa collègue Michèle Victory renchérit en affirmant que "les enseignants ne demandent pas des heures supplémentaires, mais de meilleurs conditions de travail." 

La rémunération des enseignants au cœur du Grenelle de l'éducation

Un des sujets majeurs de l'audition de Jean-Michel Blanquer a été la revalorisation des rémunérations du personnel enseignant, saluée par l'ensemble des groupes parlementaires. Reste que la méthode est encore à discuter. Le ministre la renvoie au Grenelle de l'éducation, qui commence ce jeudi 22 octobre.

"Les engagements sont tenus : le budget 2021 prévoit un effort significatif de 400 millions d'euros pour la revalorisation des enseignants. Les mesures financées avec cette enveloppe font actuellement l'objet d'une concertation avec les organisations représentatives. (...) De façon globale, les crédits de masse salariale font l'objet d'une augmentation nette de près de 950 millions d'euros", souligne Jean-Michel Blanquer.

Paul Molac (Libertés et Territoires) interpelle par ailleurs le ministre sur la dotation qu'il compte octroyer aux enseignants, qui pendant le confinement ont dû user de leur matériel professionnel pour assurer la continuité pédagogique "Nous avons envisagé une prime universelle pour tous les enseignants", répond Jean-Michel Blanquer, renvoyant les discussions au Grenelle avec les syndicats. 

Prime pour les professeurs des anciens lycées ZEP : "Il y a une réponse locale et provisoire"

Interrogé par la députée communiste Elsa Faucillon sur la disparition de la prime pour les enseignants travaillant dans un lycée dont le classement en zone prioritaire a été supprimé, Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Education prioritaire, répond qu'en attendant les conclusions du Grenelle, "une réponse locale et provisoire" a été apportée. "Les professeurs n'ont pas eu de versement le 30 septembre, ce sera récupéré soit fin octobre, soit fin novembre", détaille-t-elle. 

Alors que ce Grenelle suscite de nombreuses attentes, n'y-t-il pas un risque de "promesses trahies", s'est aussi interrogée Elsa Faucillon. Réponse très ferme de Jean-Michel Blanquer : "il n'y a strictement aucune promesse trahie". "Nous allons avoir l'amorce d'une augmentation du pouvoir d'achat tout à fait inédit (...) Ce sont des sommes considérables à assez court terme qui sont envisagées", souligne-t-il. 

4.000 nouveaux postes d'AESH

Troisième pilier du budget de l'Education nationale cette année : "l'école inclusive". Pour pouvoir continuer l'intégration dans les classes des élèves en situation de handicap, 4.000 postes d'AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) vont être ouverts en 2021. "Il n'y a jamais eu autant de moyens investis dans l'école inclusive", assure Jean-Michel Blanquer. 

"En 2021, le ministère consacrera plus de trois milliards d'euros par an à l'accompagnement des élèves en situation de handicap. Cela représente une hausse de 60% depuis 2017", indique le ministre. "Il y aura 4.000 nouveaux postes AESH financés en 2021 qui s'ajoute au 8.000 de cette rentrée", précise le ministre.

 "Vous avez amélioré les choses", reconnaît Paul Molac. Sa collègue de l'UDI, Agnès Thill, a elle aussi salué "le recrutement de nombreux AESH", mais souhaiterait que "le sujet de leur rémunération puisse être mis sur la table". Par ailleurs, la création d’Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire) se poursuit : pour l’année scolaire 2020-2021, 350 Ulis sont créées, rappelle le ministre de l'Education nationale. 

On voit bien les anciennes filières se reconstituer et l'abandon d'une des spécialités en terminale n'est évidente pour personne. Frédéric Reiss, à propos de la réforme du Bac, le 21 octobre 2020.

Le ministre a également tiré un premier bilan de la réforme du baccalauréat. "Les lycéens se sont emparés des nouvelles possibilités offertes avec les spécialités", se félicite-t-il Ces choix permettent d'avoir des "parcours plus divers et donc une meilleure préparation à l'enseignement supérieur" soutient Jean-Michel Blanquer. 

Réforme du Bac : "Il y a encore quelques ajustements à faire", reconnaît Blanquer

Dans son intervention, Frédéric Reiss (LR) s'est pourtant "inquiété" de la réforme. "Dans la pratique, on voit bien les anciennes filières se reconstituer et l'abandon d'une des spécialités en terminale n'est évidente pour personne", remarque-t-il. Le député les Républicains, ancien professeur de mathématiques, s'émeut ainsi que sa discipline soit devenue optionnelle pour l'épreuve du baccalauréat. "Comment voulez-vous inculquer une culture scientifique quand les mathématiques sont devenues optionnelles en première et terminale ?"

A gauche, le député France Insoumise Michel Larive dénonce une réforme qui, selon lui, "accroît les inégalités sociales" et cite des dysfonctionnements dans sa circonscription de l'Ariège. "Les plages de cours sont réduites, avec parfois l'impossibilité de placer des heures de vie de classe".

S'il n'a pas répondu directement aux propos du député insoumis, Jean-Michel Blanquer a reconnu, s'adressant à Frédéric Reiss, que "tout n'était pas parfait" et qu'il "y a encore des ajustements a faire" dans l'application de la réforme du Baccalauréat.