À l'approche de la présentation du projet de loi de finances 2027 par le gouvernement, le groupe Socialistes de l'Assemblée nationale a dévoilé lors d'une conférence de presse, ce mercredi 16 septembre, ses propres mesures budgétaires. Et n'a pas caché sa volonté de batailler ferme dans l'hémicycle pour "rétablir la justice fiscale", sans concession vis-à-vis de l'exécutif.
"Nous ne toperons dans la main de personne, et certainement pas dans celle du gouvernement". En ce jour de présentation des orientations budgétaires des députés socialistes, Sandrine Runel ne laisse pas de place au doute quant à l'attitude qui sera celle de son groupe à l'automne. D'éventuels accords, pas plus qu'un pacte de non-censure avec le gouvernement, ne sont plus d'actualité à l'approche des débats parlementaires sur le dernier budget avant l'élection présidentielle.
C'est avant tout sur de nouvelles recettes pour investir dans les besoins prioritaires des Français que le budget des socialistes se fonde. Parmi ces priorités : le pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes, la lutte contre le réchauffement climatique, ainsi que le renforcement de l'accès à la santé.
Pour financer les besoins du pays, le groupe présidé par Boris Vallaud table sur 39,5 milliards de recettes nouvelles. La mise en œuvre de la taxe Zucman rapporterait notamment 15 milliards d'euros, quand l'instauration d'une CSG sur les gros héritages pourrait faire rentrer 10 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Les socialistes prônent également la mise en place d'une taxe sur les géants du numerique à hauteur de 10 milliards d'euros de rendement, et la reconfiguration des exonérations de cotisations fiscales pour 4 milliards d'euros supplémentaires.
Disant la volonté du PS de mieux répartir le financement du modèle social "entre les rentiers et les travailleurs", Estelle Mercier a précisé que "seuls les 10% des héritiers qui reçoivent le plus seraient touchés par la nouvelle taxation". Les socialistes proposent aussi de financer, grâce à ces recettes supplémentaires, l'instauration d'une CSG progressive pour augmenter le pouvoir d'achat des plus modestes. Concrètement, pour une personne au Smic, le taux de CSG passerait de 9,2 % à 0,55 %, soit une hausse de salaire net de 130 euros par mois pour un célibataire sans enfant. Tandis que le taux de CSG d'un couple avec enfant rémunéré chacun 2.000 euros net passerait de 9,2% à 1%, soit une hausse de 235 euros net par mois.
Là où on a aboli les privilèges, on se dirige de plus en plus vers une société d'héritiers. Estelle Mercier (Socialistes)
Les socialistes proposent, en outre, la création d'une mutuelle publique gratuite pour tous les jeunes âgés de 18 à 25 ans, un plan de soutien à hauteur de 3 milliards pour l'hôpital et les Ehpad publics, ou encore d'investir 10 milliards dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Malgré des dépenses assumées pour les besoins jugés prioritaires du pays, les députées ont également fait part de la volonté de leur groupe de rétablir les comptes publics. "Il est essentiel aujourd'hui de s'inscrire dans une trajectoire de réduction des déficits publics", a affirmé Estelle Mercier, précisant que cette trajectoire s'inscrirait sur "plusieurs années". Au-delà de recettes nouvelles, l'élue a détaillé un plan d'économies à hauteur de 12,1 milliards d'euros, "sans rogner sur les services publics essentiels". Et c'est notamment par la lutte contre la fraude fiscale et un ralentissement du train de vie de l'État que les socialistes comptent procéder.
Sur les pistes budgétaires envisagées par le gouvernement, le groupe Socialistes n'a pas hésité à afficher son hostilité et son intention de ne rien lâcher lors des débats dans l'hémicycle qui débuteront à l'automne. Alors qu'il négociait, il y a tout juste un an, un pacte de non-censure avec l'éxecutif, ses représentantes ont indiqué que le groupe défendrait pied à pied ses propres propositions, laissant peu d'espace à l'hypothèse d'un compromis. Avant même la présentation du projet de loi de finances pour l'année prochaine, tous les groupes de gauche se dirigent vers la censure, ce qui ne suffira pas forcément à faire tomber le gouvernement si le Rassemblement national ne la vote pas.
À propos de la contribution éventuelle des retraités, sur laquelle planche le gouvernement, Sandrine Runel a indiqué que son groupe s'opposerait à toute forme de désindexation, même différenciée, des pensions. "On pense que l'argent est ailleurs", a fait valoir la députée, qui a appelé à "arrêter de stigmatiser les personnes qui ont travailllé toute leur vie et qui gagnent plus de 5.000 euros de retraite". Évoquant une assiette "infime", elle a par ailleurs estimé qu'une telle mesure, même en ne touchant que les retraités les plus aisés, "produirait un rendement presque nul".