Autoroutes : les concessionnaires dénoncent de "fausses informations" sur leurs profits

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par Maxence Kagni, le Mercredi 7 juin 2023 à 19:15, mis à jour le Jeudi 8 juin 2023 à 07:53

Trois représentants des sociétés concessionnaires d'autoroutes (Vinci, APRR-AREA, Sanef) ont auditionnés, mercredi 7 juin, à l'Assemblée nationale. Ils ont critiqué le "procès très injuste" qui leur est fait s'agissant de leurs profits et n'ont pas répondu aux interpellations concernant une éventuelle ristourne sur le prix des péages cet été.

Selon eux, "il se dit beaucoup de choses inexactes sur les concessions d'autoroutes". Mercredi 7 juin, Philippe Nourry, le président du groupe APRR-AREA, Pierre Coppey, le président de Vinci Autoroutes, et Arnaud Quémard, le directeur général du groupe Sanef, ont été auditionnés par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale. Les représentants des principales concessions autoroutières ont défendu avec vigueur leur "modèle économique très complexe" et nié l'existence de "surprofits".

Les députés les recevaient pour évoquer avec eux "l'avenir des concessions" alors que la privatisation des sociétés d'autoroutes, mise en œuvre en 2006 sous l'impulsion du Premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin, est plus que jamais décriée. Les sociétés concessionnaires sont accusées d'avoir accumulé des surprofits : un rapport de l'inspection générale des finances (IGF) de 2021, récemment rendu public, a mis en lumière une "rentabilité très supérieure aux prévisions". Une situation dénoncée par les députés Pierre Meurin (Rassemblement national) évoquant une "rentabilité démesurée" et Bertrand Petit (Socialistes) évoquant des "profits exorbitants".

Vous vous en mettez plein les poches en vidant les nôtres. Loïc Prud'homme (La France insoumise)

Auditionné en mars, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait reconnu que l’État avait "sous-évalué l'avantage financier que pouvait tirer la société concessionnaire". "Nous nous sommes trompés", avait déclaré le ministre, qui était directeur de cabinet de Dominique de Villepin au moment des privatisations. Le gouvernement envisage donc de raccourcir de plusieurs années la durée des concessions, qui arrivent à échéance entre 2031 et 2036

Un modèle "souvent mal compris"

Mercredi, les patrons des concessionnaires d'autoroutes ont relativisé la portée des critiques formulées à leur égard, dénonçant des "fausses informations". Le président du groupe APRR-AREA Philippe Nourry n'a pas hésité à mettre en avant les "erreurs d'analyse" contenues dans les rapports de l'autorité de la concurrence de 2014, du sénateur Vincent Delahaye de 2020, ou dans celui de l'IGF en 2021. Selon lui, les rapports de 2020 et 2021 seraient même "orientés à charge" et fondés "sur la base de données fausses ou peu objectives".

"Le modèle des concessions est souvent mal compris et fait l'objet de polémiques qui sont toutes liées à une mésinterprétation de leur fonctionnement", a de son côté expliqué Pierre Coppey. "Les dividendes des sociétés concessionnaires sont élevés aujourd'hui parce qu'ils correspondent (...) avant tout au remboursement des capitaux investis", a ajouté le président de Vinci Autoroutes. Pierre Coppey juge le dispositif d'autant plus vertueux que "le produit des péages autoroutiers était en 2021 d'environ 12,5 milliards d'euros dont 4,7 milliards de taxes" reversées à l'Etat.

"En réalité, à date, nous sommes les uns et les autres très proches des objectifs qui avaient été affichés en 2005 dans les plans d'affaires communiqués à l’État", a complété Philippe Nourry (APRR-AREA), qui "conteste formellement toute idée de surprofits" et dénonce un "procès très injuste". Selon lui, la rentabilité d'une concession ne peut être connue qu'"à la fin" de celle-ci.

Une baisse des tarifs de péages cet été ?

Ces explications n'ont pas semblé convaincre les députés. "On a un petit peu l'impression que vous avez raison contre tout le monde", a déclaré Pierre Meurin (Rassemblement national), tandis qu'Aymeric Caron (La France insoumise) a dénoncé une privatisation qui "a été une très mauvaise affaire pour l’État". Représentant le parti présidentiel Renaissance, Danielle Brulebois a pour sa part défendu la "position médiane" du gouvernement, prônant "une nécessaire renégociation des accords de concession et plus particulièrement [de] leur durée".

Seul Emmanuel Maquet (Les Républicains) a semblé conciliant : "On ne peut pas reprocher aux concessionnaires d'exploiter le cadre fixé". Une position reprise à son compte par Pierre Coppey : "S'il vous plaît, ne nous demandez pas d'être comptables de décisions de l’État", a déclaré le président de Vinci Autoroutes, qui a rappelé que "les contrats sont appliqués et respectés".

La note est pour le moins salée pour les Français. Bertrand Petit (Socialistes)

Les représentants des concessionnaires ont également fait face à plusieurs interpellations de députés leur demandant "quels gestes" ils étaient prêts à faire afin de baisser le prix des péages cet été. "Ce patrimoine national, c'est le nôtre, pourtant emprunter nos autoroutes nous coûte de plus en plus cher", a estimé Bertrand Petit (Socialistes). Après une hausse de 2% en 2022, les prix ont augmenté de 4,75% en moyenne en février 2023.

Face à des concessionnaires "perçus" comme des "parasites", selon le député La France insoumise François Ruffin, celui-ci leur a demandé d'être "gentils avec les Français cet été" en leur "offrant le péage gratuit". 

Invité mercredi matin sur RTL, le ministre délégué en charge des Transports, Clément Beaune, avait demandé aux concessionnaires d'autoroutes de baisser de 10% le prix du péage pendant les vacances d'été. Interpellé à ce sujet par les députés, Pierre Coppey a affirmé qu'il "réserverait" sa réponse au "concédant", c'est-à-dire à l’État. Les sociétés concessionnaires doivent être reçues au ministère des Transports "la semaine prochaine".