Législatives : polémique sur l'absence de la Nupes parmi les nuances politiques reconnues

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Lancement de la campagne de la Nupes dans le Maine-et-Loire
Lancement de la campagne de la Nupes dans le Maine-et-Loire, à Angers, le 11 mai 2022 (Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
par Raphaël Marchal, le Mercredi 18 mai 2022 à 15:43, mis à jour le Mercredi 18 mai 2022 à 17:17

Le ministère de l'Intérieur a prévu une nuance politique "Ensemble !" regroupant les représentants de la majorité présidentielle dans le cadre de l'enregistrement des candidatures aux élections législatives, mais pas une nuance "Nupes". Jean-Luc Mélenchon, qui dénoncé un "tripatouillage", menace de déposer un recours devant le Conseil d'Etat. Côté majorité, Stanislas Guerini dénonce une polémique inutile. Explications. 

"Une tentative de privatisation de l'État à des fins politiciennes." Telle est l'accusation que porte la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) à l'encontre de la Macronie. La raison de l'ire de l'alliance de gauche tient dans la manière dont le ministère de l'Intérieur a prévu de classer les candidats par "nuance" politique.

Dans sa dernière circulaire, la place Beauvau en a prévu 18, qui brossent l'ensemble du paysage politique, et a décidé d'accorder une nuance distincte aux candidats de La France insoumise, du Parti socialiste, du Parti communiste et d'Europe écologie - Les Verts. Même chose pour Les Républicains et l'Union des démocrates et indépendants, malgré leur alliance pour les législatives. Lors de la proclamation des résultats, les suffrages récoltés par ces partis seront donc présentés séparément. Et ce même si les prétendants se présentent sous la même étiquette.

A contrario, une seule nuance a été prévue pour l'ensemble des représentants qui se présentent sous la bannière de la majorité présidentielle, Ensemble (La République en marche, Horizons et MoDem). De quoi provoquer la suspicion de la Nupes, pour qui cette décision, prise "en toute opacité", a seulement pour but d'"affaiblir artificiellement les adversaires de la République en marche" et de démobiliser ses électeurs. À tel point que Jean-Luc Mélenchon a menacé de déposer un recours en référé auprès du Conseil d’État, pour faire reconnaître la nuance Nupes.

Du "cinéma"

"Quel cinéma absolu !", a réagi Stanislas Guerini sur France Info. "Les candidats [de la Nupes] eux-mêmes se rattachent à leur parti politique respectif lors du dépôt de leur déclaration de candidature en préfecture", a détaillé le délégué général de La République en marche, pour qui la distinction opérée par la place Beauvau ne fait donc que tenir compte de la situation des candidats eux-mêmes. Une classification d'autant moins problématique que les médias ne manqueront pas, selon lui, d'agglomérer les résultats de chacun des partis pour les présenter sous l'étiquette Nupes les 12 et 19 juin prochains. Impossible, dès lors, d'y voir la tentation de minorer les résultats de l'alliance de la gauche.

Parallèlement, Stanislas Guerini a jugé que la création d'une nuance unique pour tous les candidats "Ensemble !" était fondée, car contrairement à ceux de la Nupes, ces derniers se rattacheront directement à la récente confédération en préfecture, comme le prévoit la charte de douze engagements qu'ils doivent signer pour concourir. De surcroît, les partis rattachés à Ensemble ont opté pour une association de financement unique, ce qui justifierait là aussi la création d'une nuance commune. 

Pas de véritable impact

"Ce procès sur l'étiquetage des candidats se tient régulièrement", analyse auprès de LCP le politologue Pascal Perrineau, professeur émérite des universités à Sciences Po. Selon lui, le ministère de l'Intérieur a "souvent la tentation de manier les nuances, notamment des 'divers'", en fonction du pouvoir en place. "On peut comprendre que cela pose problème. L'important est de bien identifier qui est qui, pour ne pas qu'on se retrouve avec un candidat qui finirait comptabilisé dans le mauvais camp au soir des résultats, notamment concernant les dissidents", poursuit-il.

Selon Pascal Perrineau, cette polémique autour de l'étiquetage relève toutefois plus d'une opération de communication classique de la part des différents protagonistes. "C'est important de le prendre en compte, mais ce n'est pas ça qui risque de démobiliser l'électorat", juge-t-il. Rien n'empêchera d'ailleurs les candidats Nupes d'afficher leur bannière commune sur leur matériel de propagande électorale.