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Chloroquine : l'infectiologue Karine Lacombe regrette un débat serein "empêché"

Actualité
le Jeudi 25 juin 2020 à 16:12

Auditionnée par les députés, la spécialiste des maladies infectieuses a de nouveau déploré les "méthodes contestables" employées par Didier Raoult pour vanter son traitement contre le Covid-19. "Un débat aujourd'hui clos", a-t-elle affirmé, aucune étude n'ayant prouvé l'efficacité de la molécule pour les personnes ayant développé des symptômes nécessitant une hospitalisation.

Si la science pouvait être réduite à un débat binaire, les auditions successives de Didier Raoult et de Karine Lacombe, mercredi et jeudi à l'Assemblée nationale, en seraient la parfaite illustration. Dans un style plus posé et moins flamboyant que son confrère, la cheffe de service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine (Paris) a souhaité ramener, jeudi, la commission d'enquête sur la gestion de l'épidémie de coronavirus Covid-19 "à la réalité des chiffres".

Des critiques qui passent mal

Des chiffres qui ne seraient pas en faveur de l'hydroxychloroquine : "La question de son efficacité chez les personnes qui présentent des symptômes nécessitant une hospitalisation est clos", tranche la scientifique (voir vidéo en une). Et ce alors que Didier Raoult a estimé, devant la même commission d'enquête mercredi, que son protocole rentrera à terme "dans les livres médicaux de référence".

Dès le mois de mars, Karine Lacombe s'était érigée contre la "méthodologie contestable" du professeur Didier Raoult, suscitant des attaques personnelles et mêmes des menaces de mort à son encontre. Elle déplore ainsi avoir été "une victime médiatique" en tenant ainsi tête au patron de l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille.

La cheffe de service de l'hôpital Saint-Antoine enfonce un peu plus le clou en énumérant nombre de pays ayant stoppé leur protocole basé sur cette molécule.

Passe d'armes sur la dangerosité de l'hydroxychloroquine

L'infectiologue affirme même que le médicament controversé a pu être dangereux, voire mortel dans certains cas, pointant un pic d'alerte de pharmacovigilance "en Aquitaine et en PACA au mois de mars" sur les pathologies cardiaques. La prise à haute dose de la choloroquine pouvant éventuellement provoquer de tels effets secondaires :

Mercredi, Didier Raoult a, lui, dénoncé devant les députés des chiffres de morts dus à la chloroquine qui "ont été transmis au ministre" et qui "n'étaient pas vrais", selon lui. 

L'affirmation de Karine Lacombe a en tout cas fait vivement réagir Martine Wonner (EDS). Médecin psychiatre de formation, elle s'étonne qu'on puisse établir si vite des liens de causalité. Il s'agit plus d'un lien de "temporalité", précise alors la chercheuse, pointant une coïncidence entre l'usage déclaré de la choloroquine et les alertes cardiologiques :

Interpellée sur le sujet, la chercheuse explique aussi ne pas tomber dans le conflit d'intérêt en ayant collaboré plusieurs fois avec l'industrie pharmaceutique, dont le laboratoire américain Gilead promoteur du remdesivir :

Elle estime respecter les "règles strictes" qui s'appliquent à ce sujet.

Une létalité plus forte à Paris qu'à Marseille ?

Karine Lacombe est aussi revenue sur les affirmations de certains députés, selon lesquels, la France avait fait pire que de nombreux autres pays en matière de létalité. Le taux de létalité, qui se calcule par le nombre de morts de la maladie divisé par le nombre de malades confirmés, constituerait en fait un trompe-l'œil dans la mesure où la France a très peu testé :

Y a-t-il eu en cependant des différences de mortalité significatives entre les services de réanimation des différentes régions ? Comme le rappelle Valérie Rabault (PS), Didier Raoult a affirmé que le ratio entre les personnes sorties de réanimation et celles qui y sont mortes en Île-de-France atteignait 1 sur 3, pour un taux bien plus faible à Marseille. La députée demande si un chiffre précis et officiel existe :

Ce chiffre est disponible, mais je ne peux pas vous le donner. Au vu des accusations d'hier, il va être très important que ce chiffre soit rendu public. Karine Lacombe

Des enseignements post-crise

Pour éviter une éventuelle reprise épidémique, Karine Lacombe livre deux préconisations aux députés. Mieux impliquer la médecine généraliste, trop écartée des opérations de diagnostic et de soins au printemps :

Ensuite, renforcer et amplifier une coopération européenne sur la recherche qui laisse pour l'instant à désirer :