Budget 2021 : comment le gouvernement souhaite guérir l'économie française

Actualité
le Jeudi 8 octobre 2020 à 16:16

Montée en flèche de la dépense publique, prolongation des aides aux entreprises, baisse des impôts de production... Le gouvernement a dévoilé lundi le projet de loi de finances pour l'année prochaine, espérant compenser en 2021 et 2022 la récession brutale de l'économie française.

Six mois après le début de la crise sanitaire et après pas moins de trois budgets rectificatifs votés en urgence, l'exécutif cherche le bon remède pour guérir l'économie française. "Ce budget est un budget de relance", a martelé lundi Bruno Le Maire devant les journalistes réunis à Bercy pour la présentation du projet de loi de finances 2021. Crise épidémique oblige, les chiffres rêvés par le ministre de l'Économie au début de l'année (chômage sous les 8%, dette maîtrisée, baisse de la dépense publique) ne sont plus qu'un lointain souvenir.

De chantre de la rigueur budgétaire, le premier de cordée de Bercy a diamétralement changé de registre : "Notre objectif est de décaisser les 100 milliards d'euros le plus vite possible", a-t-il promis en référence au montant dédié au plan de relance, dont 42 milliards devraient être transfusés dans l'économie française d'ici à la fin de l'année prochaine.

Dépenser plus, dépenser vite, le gouvernement espère ainsi doper la croissance à hauteur de 8% l'année prochaine (pour 10% de baisse du PIB attendus cette année) et revenir fin 2022 au même niveau d'activité qu'en 2019. "Nous avons fait le maximum et nous continuerons à faire le maximum", a affirmé Bruno Le Maire, tout juste rétabli du Covid -19 qu'il avait contracté deux semaines plus tôt.

Pour ce faire, le gouvernement a mis en place une série d'instances, du Premier ministre ("conseil national") aux préfectures ("comités de suivi régionaux") en passant par Bercy ("comité de pilotage"), censées permettre l'exécution rapide des enveloppes budgétaires qui doivent être examinées dès le 6 octobre à l'Assemblée nationale. Les projets qui n'iraient pas assez vite (rénovation thermique des bâtiment, relocalisation industrielle...) pourraient perdre les subventions au profit d'autres candidats plus véloces.

Les aides aux entreprises maintenues

Malgré les faillites ou les plans sociaux qui alimentent l'actualité depuis le printemps, le ministre promet également de "ne pas laisser tomber un seul entrepreneur". Le fonds de solidarité pour les TPE et PME sera porté de 1500 à 10000 euros pour les entreprises qui continuent de subir les fermetures administratives dans les zones sinistrées par le virus, ainsi que pour celles qui ont perdu 80% de leur chiffre d'affaires. Ces entreprises seront toujours exemptées de charges sociales. Et le chômage partiel est maintenu pour les secteurs les plus exposés comme le tourisme ou la culture, avec un reste à charge de 15% pour l'employeur.

Attendue de longue date par les patrons, Medef en tête, la baisse de 20 milliards d'euros des impôts de production (qui sont dus quel que soit le bénéfice de l'entreprise) sera programmée en deux fois, en 2021 et 2022.

L'exécutif espère aussi offrir une sortie de crise aux secteurs industriels qui ont payé le plus lourd tribut à la crise en organisant leur transition. Bruno Le Maire espère ainsi qu'Airbus sera capable de produire un "avion volant à l'hydrogène en 2035". Côté automobile, le ministre a confirmé le maintien dégressif sur trois ans des aides à l'achat des véhicules électriques ou hybrides, et de la prime à la conversion à hauteur de 3000 euros pour les ménages modestes.

"La dette, c'est de l'investissement"

La relance espérée de la consommation se fera au prix d'un alourdissement inédit de la dette. Bruno Le Maire a chiffré à "environ 300 milliards d'euros" le besoin de financement de la France pour exécuter le budget 2020. La dette devrait grimper à 117,5% du PIB, bien au-delà des 98,1% de 2018 et très loin de l'objectif fixé par les membres de la zone euro à.... 60% du PIB. Quant au déficit public, il passera de - 3% à -10,2% du PIB cette année, avant de revenir à -6,7% en 2021.

Compte tenu du contexte, Bruno Le Maire s'est défendu de tout laxisme budgétaire : "La dette que nous contractons, c'est de l'investissement." De la bonne dette, donc ? Pour Pierre Moscovici, auditionné lui aussi lundi par les députés en tant que président de la Cour des comptes et représentant du Haut conseil aux finances publiques, la "soutenabilité" d'un tel niveau d'endettement pose question :

Santé, recherche, éducation, justice, armées... tous gagnants ?

Chaque budget est censé arbitrer les négociations budgétaires entre Bercy et les autres ministères, avec son lot de gagnants et de perdants en fonction des priorités du moment. Mais cette année, tous ou presque sont gagnants ! Comme annoncé par le Premier ministre jeudi, les crédits de la Justice (600 millions d'euros) et de l'Écologie (500 millions d'euros) connaissent les plus fortes hausses hors plan de relance. Quant aux budgets des autres ministères, ils sont légèrement en hausse ou stables. 

Déjà stables en 2020, les effectifs de l'État ne bougeront pas ou presque. Sur 2,35 millions d'emplois à temps plein (ETP), 157 suppressions de postes sont prévues, après une hausse de 17 ETP en 2019. L'objectif affiché en début de quinquennat de faire fondre l'emploi public de 50 000 postes s'éloigne encore un peu plus.

Le débat budgétaire au Parlement devrait apporter son lot de précisions, voire de surprises, une fois le travail de contrôle des rapporteurs spéciaux effectué sur chacune des lignes budgétaires. Les députés, y compris de la majorité, ont promis de pousser plus loin les contreparties demandées aux entreprises face aux milliards promis pour les aider à traverser la crise. Accusé de cultiver une politique de l'offre au détriment de la demande, le gouvernement estime avoir baissé les impôts de 45 milliards d'euros depuis 2017, à parts égales entre ménages et entreprises.