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Effectifs, vie familiale, équipement, fatigue : les militaires tirent la sonnette d'alarme devant les députés

Jeudi, pendant près de deux heures, les représentants d'associations de militaires ont été auditionnés par la commission de la défense de l'Assemblée nationale. Un constat sombre, au-delà des hausses de crédits annoncées jusqu'en 2020. Morceaux choisis.


Ils avaient beaucoup de choses à dire... Jeudi matin, les représentants de plusieurs associations professionnelles nationales de militaires ont été auditionnés par les députés de la commission de la défense. Une grande première lors de laquelle ils ont longuement évoqué les problèmes rencontrés ces dernières années par les armées : manque d'effectifs, matériel en mauvais état, vie de famille difficile...

La liste de leurs griefs étaient si longue que la vice-présidente de la commission, Françoise Dumas, a dû, à plusieurs reprises, les inviter à davantage de concision. Tour d'horizon.

Des doutes quant à "l'efficacité" du budget 2018

A l'origine, les représentants des militaires étaient invités à s'exprimer sur le projet de loi de budget pour 2018. Premier à prendre la parole, le maréchal des logis chef Kévin Jorcin (Gend XXI) a tenu en premier lieu à saluer la hausse du budget des armées de 1,8 milliard d'euros, ce qui le portera au total à 34,2 milliards d'euros.

Mais le militaire a très vite émis des "doutes quant à sa portée et son efficacité compte tenu de l'annulation de crédits de 850 millions d'euros décidés un peu avant la fête nationale". Selon lui, "le développement et l'entretien des matériels" pourraient "en souffrir par le biais de report de livraison ou d'annulation de contrats" :

Nul doute que les systèmes d'armes les plus importants verront leurs programmes maintenus au détriment des équipements individuels des soldats.Kévin Jorcin

"Il reste donc 600 millions d'euros à débloquer d'ici à la fin de l'année", a-t-il ajouté.

"Le flux tendu devient la norme..."

Kévin Jorcin a également mis en garde sur l'état du personnel, "particulièrement éprouvé par l'enchaînement des missions" :

Les soldats sont physiquement fatigués...Kévin Jorcin

"Le flux tendu devient la norme", regrette le maréchal des logis chef. Cette situation aurait pour conséquence de "reporter les entraînements" des militaires. Se pose ainsi la question "de la formation des jeunes recrues" et même in fine, celle de la sécurité.

L'opération Sentinelle pourrait parfois "coûter de l'argent" aux militaires dans "certains cas de figure nécessitant la garde d'enfants".

Des problèmes également mis en avant par le capitaine de vaisseau Dominique de Lorgeril : "La Marine est passée de 43.000 à 35.000 marins entre 2008 et 2014", a-t-il regretté devant les députés. Dominique de Lorgeril a également évoqué une mobilisation très importante de certains militaires, "jusqu'à 200 jours d'absence" par an avec, "pour les plus sollicités", une impossibilité de prendre leurs jours de permission. Ces derniers sont ensuite "perdus"...

Une situation critique parfaitement résumée par le capitaine Lionel Hillaireau (APN Air) : "Sachez que si on manque d'effectifs, on arrive à un moment où ce n'est plus l'organisation qui peut palier cela."

Selon Kévin Jorcin, il existerait deux solutions simples à mettre en oeuvre :

Diminuer la fréquence des départs en diminuant le nombre des missions ou diminuer la fréquence des départs en augmentant le nombre de soldats.Kévin Jorcin

Système Louvois : un "scandale"

Les militaires ont également vivement critiqué le "scandale" du système de paie Louvois : celui-ci, défectueux, "empêche depuis 2011 soldats et officiers d'être correctement payés", selon le journal Le Monde.

Le maréchal des logis chef Kévin Jorcin a ainsi évoqué les conséquences "dramatiques" de ce système sur certaines familles : "Quand l'huissier frappe à la porte de la maison et que c'est madame qui ouvre parce que monsieur est au Mali, elle se sent un peu démunie..."

Sur ce point précis, il a tiré la sonnette d'alarme :

Lorsque la machine se met en route, les banques n'hésitent pas à nous assassiner.Kévin Jorcin

Selon Le Monde, Louvois ne sera retiré qu'en 2021 : chaque mois ce sont 9% des soldes qui sont à retraiter...

Congés maladie

Situation des célibataires ou des militaires passés : les représentants d'associations ont multiplié les exemples et les griefs dans le temps qui leur était imparti. C'est ainsi que le colonel Jacques Bessy a pu pointer du doigt certaines aberrations, notamment celle des militaires qui veulent mettre un terme à leur engagement : "C'est un non systématique des directions de personnel", note ce retraité de la gendarmerie.

Mais une telle décision "aboutit à des congés maladies payés par les finances publiques" puis, "au bout de six mois", à "des congés de longue durée pour maladie parce que les gens sont en dépression". "Et finalement, on leur donne une retraite parce qu'ils sont réformés...", conclut Jacques Bessy.

Dernier point d'inquiétude, selon le capitaine Lionel Hillaireau (APN Air) : une éventuelle réforme des retraites. "Il s'agit d'un sujet de crispation extrême dans les armées", prévient le militaire. Car selon lui, "c'est quelque chose qui montre aussi la reconnaissance de l'Etat par rapport à l'engagement des militaires"...