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Assistants d'eurodéputés FN: le trésorier du parti libre après une garde à vue

Le trésorier du Front national Wallerand de Saint Just a été placé en garde à vue le 14 septembre à l'office anticorruption de la police judiciaire dans l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants de son parti au Parlement européen, a appris mercredi l'AFP de sources concordantes.

Wallerand de Saint-Just (g), trésorier du Front national (FN), parti dirigé par  Marine Le Pen (d), le 14 septembre 2015 à ArpajonWallerand de Saint-Just (g), trésorier du Front national (FN), parti dirigé par Marine Le Pen (d), le 14 septembre 2015 à Arpajon

Le trésorier du Front national Wallerand de Saint Just a été placé en garde à vue le 14 septembre à l'office anticorruption de la police judiciaire dans l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants de son parti au Parlement européen, a appris mercredi l'AFP de sources concordantes.

Wallerand de Saint Just a été placé en garde à vue à l'office anticorruption (Oclciff), sur commission rogatoire des juges chargés de l'enquête, selon des sources proches du dossier. Laissé "libre" après "une dizaine d'heures" d'interrogatoire, le trésorier du FN a affirmé à l'AFP n'avoir "pas reçu" à ce stade de convocation en vue d'une audition chez les magistrats.

Des juges financiers enquêtent sur un éventuel système organisé par le parti d'extrême droite pour rémunérer des permanents avec des fonds publics de l'Union européenne, en les faisant rémunérer comme assistants de ses eurodéputés, mais sans que leur travail ait un lien avec les activités du Parlement européen.

D'après Wallerand de Saint Just, l'interrogatoire a notamment porté sur une lettre potentiellement cruciale qu'il avait adressée à la patronne du FN Marine Le Pen, après les élections européennes de 2014, où le FN avait gagné 24 sièges de députés.

"Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires", assurait-il dans ce courrier, daté du 16 juin 2014, saisi par les enquêteurs et révélé par Le Monde. "De ce chef, rien n'a été trouvé de compromettant", a balayé le trésorier frontiste, interrogé par l'AFP.

Les enquêteurs avaient également mis la main sur un courriel du 13 septembre 2012 adressé à Wallerand de Saint Just, et à une salariée du cabinet d'experts-comptables qui sert de tiers-payant pour les salaires d'assistants parlementaires.

Son auteur, Charles Van Houtte, présenté comme central dans l'organisation du FN à Bruxelles, écrit: "Voici les modifications à apporter aux différents contrats, suite à la réunion qui a eu lieu à Strasbourg (...) Wallerand, Marine demande que vous informiez les salariés".

Le mail détaille des "vases communicants pour ne pas dépasser le budget de 21.209 euros de dotation" mensuelle par eurodéputé et suggère un jeu de chaises musicales entre contrats d'assistants et d'eurodéputés avec, en pièce jointe, un tableau où apparaissent ces projections.

Le trésorier a assuré à l'AFP qu'en trois ou quatre ans il n'a eu qu'un seul échange de mails avec Charles Van Houtte, ce qui démontre selon lui "qu'il n'y a eu aucun système particulièrement organisé".

"On se bornait à appliquer des décisions techniques. Si un salarié du FN demandait à devenir assistant parlementaire et que c'était accepté, on nous le faisait savoir et on prenait les décisions techniques en conséquence: fin du contrat de permanent au FN", a-t-il expliqué.

Dix-sept eurodéputés ou ex-eurodéputés FN, dont Marine Le Pen et son père Jean-Marie Le Pen, sont visés par l'enquête qui porte sur au moins une quarantaine d'assistants.

A ce jour, six personnes sont poursuivies, dont la présidente du parti frontiste et ex-eurodéputée Marine Le Pen, mise en examen fin juin pour abus de confiance et complicité d'abus de confiance, et sa cheffe de cabinet au FN, Catherine Griset, pour son emploi comme assistante parlementaire. 

Le préjudice pour le Parlement européen s'élèverait, d'après ses propres estimations, à près de cinq millions d'euros de 2012 à 2017.