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Urvoas défend Hollande : "Jamais un président de la République en exercice n'avait respecté l'autorité de l'indépendance judiciaire !"

Le garde des Sceaux a répondu, jeudi dans l'hémicycle, à Georges Fenech, ancien magistrat et député LR, qui témoignait de "sa profonde émotion" après la publication du livre "Un président ne devrait pas dire ça" où François Hollande traite la justice "d'institution de lâcheté".


Les petites bombes, issues de cinq années de confessions, n'ont pas fini d'exploser au visage de François Hollande. Dans le livre de deux journalistes du Monde (*), le président de la République lance une formule peu amène à l'égard de l'institution judiciaire :

Une institution de lâcheté (...) C'est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux... On n'aime pas le politique.
François Hollande dans "Un président ne devrait pas dire ça..."

Dans l'hémicycle, Georges Fenech, député LR et magistrat de formation, a dit "sa profonde émotion" et demandé la réaction du garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, présent pour l'examen de la proposition de loi Les Républicains de lutte contre le terrorisme.

"Il y a eu le mur des cons, aujourd'hui il y a le mur des lâches !"

"Le président de la République a traité l'institution judiciaire de lâcheté, il a accusé les magistrats de se planquer, de jouer les vertueux, et il a ajouté 'la justice n'aime pas la politique'. C'est un véritable scandale Monsieur le ministre !", a dénoncé Georges Fenech. "A tel point que, fait sans précédent, hier, à leurs demandes, le président de la République a reçu le premier président de la Cour de cassation et le procureur général ! (...) En mon ancienne qualité de magistrat je ressens une offense terrible ! Il y a là une atteinte insupportable à l'indépendance de la Justice et à sa dignité !"

Le garde des Sceaux a répondu à l'invective de Georges Fenech. "L'article 64 de la Constitution fait du président de la République le garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire", a rappelé Jean-Jacques Urvoas. "Monsieur le député, donnez moi un mot, un mot public du président de la République, depuis 2012, dans lequel il n'aurait ne serait-ce que fait un commentaire sur une décision de justice ! Pas un mot ! Encore moins une insulte ! Pas un acte, pas une demande d'intervention pour interférer dans une procédure !"

Le ministre de la Justice a souligné que la majorité avait voté des lois interdisant "au Garde des Sceaux de donner des instructions individuelles, pour respecter la magistrature".


Du côté de la Cour des cassation, on ne pardonne pas ses déclarations au chef de l'Etat. Malgré un entretien avec le président, mercredi soir, les deux plus hauts magistrats de France - le premier président et le procureur général de la Cour de cassation - ont jugé, jeudi matin, que c'était une "nouvelle humiliation" pour la profession.


(*) "Un président ne devrait pas dire ça", de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, editions Stock, 662 p., 24,50 euros.