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#UneFemmeSurCinq : le défenseur des droits déclare la guerre au harcèlement sexuel

L'autorité indépendante lance mardi une campagne de sensibilisation sur le harcèlement sexuel au travail, qui concernerait jusqu'à une femme sur cinq. Pour Jacques Toubon, l'heure n'est pas à l'écriture de nouvelles lois, mais à "une mobilisation entière de la société, et d'abord des hommes".

Quelques mois après l'affaire Weinstein, ce qui aurait pu n'être qu'"un feu de paille" s'est mué en "révolte mondiale". Les mots de Jacques Toubon sont choisis à dessein : le Défenseur des droits, qui tenait mardi à Paris un colloque pour marquer l'envoi de sa nouvelle campagne contre le harcèlement sexuel au travail, juge "historique" l'opportunité de changer "les rapports de domination entre les hommes et les femmes".

"Un fait social"

Autour de la table, expertes, avocates, sociologues, responsables du monde de l'entreprise et personnalités sont montées au créneau pour dénoncer un phénomène d'ampleur, qui toucherait jusqu'à 20% des femmes, selon une enquête IFOP commandée en 2014 par l'autorité indépendante. D'où le mot d'ordre retenu par le Défenseur des droits pour sa campagne sous le hastag #UneFemmeSurCinq.

"Le harcèlement sexuel n'est pas une somme de faits divers : c'est un fait social", résume la sociologue Nathalie Bajos. Or, 70% des cas vécus par les victimes resteraient invisibles, car jamais portés à l'attention de l'employeur. Et quand c'est le cas, quatre victimes sur dix estiment que "l'affaire s'est achevée à leur détriment".

Changement de culture et manque de moyens

Tout le monde s'accorde à dire que la priorité n'est pas à l'élaboration d'une nouvelle loi, mais bien à la mobilisation et à la sensibilisation de tous, du salarié à l'employeur en passant par le monde judiciaire lui-même. "Malgré la féminisation de la profession de magistrat, on est face à une justice qui fait de la résistance", regrette Marilyn Baldeck. La déléguée générale de l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) plaide pour un changement de culture judiciaire : "La politique pénale des parquets ne fait pas du harcèlement sexuel une priorité et le manque de moyens est criant !"

La militante confirme d'ailleurs que le standard de son association a été fermée, car le nombre d'appels reçus est tel "qu'ils ne peuvent plus être traités". Du côté du Défenseur des droits, si l'on constate également un nombre importants de cas, on assure que chaque dossier sera traité.

Il y a quelques semaines, policiers et gendarmes ont confirmé devant les députés une forte croissance des plaintes pour harcèlement et agressions sexuelles, respectivement + 23 et + 30% sur un an.

L'État rappelé à ses responsabilités

La France serait-elle à la traîne ? "C'est un sujet sur lequel nous venons de loin... c'est pour cela qu'il faut agir encore plus fort", explique Jacques Toubon.

Outre sa campagne d'affichage, le Défenseur des droits a dévoilé et primé mardi un court-métrage* qui servira de spot officiel sur les réseaux sociaux à partir du 15 février (voir la vidéo ci-dessus). Un film en noir en blanc qui met l'accent sur l'entourage des victimes de harcèlement, dont le soutien est déterminant pour que les victimes puissent surmonter leur calvaire, voire porter plainte. Actuellement, 65% des victimes estiment n'avoir pu compter que sur elles-mêmes et seulement 5% des cas sont portés devant les tribunaux.

Le secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa a salué dans un message vidéo l'initiative "concrète" de l'autorité indépendante, "qui permettra à chacun de connaître et de faire appliquer ses droits".

Jacques Toubon aurait préféré que cette campagne émane de l'État lui-même, alors que les moyens du Défenseur des droits ne "sont pas terribles" (sic). "Le sujet est connu, documenté, objectivé, résume l'ancien ministre. À nous de nous y mettre tous pour gagner cette guerre."

* "Je tu il nous vous elles", de Sophie Baruch, Agathe Fadier et Béatrice Fainzang, 2017.