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"Start-up nation" voulue par Macron : Cohen (CNRS) met en garde contre une "inflation verbale" pas "corroborée par les chiffres"

L'économiste, auditionné jeudi par les députés, a affirmé que les "effets macroéconomiques" de l'émergence des start-ups sont "infinitésimaux" par rapport au "déclin progressif de l'ancienne industrie". Selon lui, le fonds pour l'innovation de rupture proposé par le gouvernement, doté de 10 milliards d'euros, est insuffisant pour développer "pleinement" la filière.

Les membres de la commission d'enquête sur la politique industrielle de l'Etat ont auditionné jeudi matin les économistes Pierre Veltz et Elie Cohen. Ce dernier, directeur de recherche au CNRS, a mis en garde les députés présents contre le concept de "start-up nation", brandi par Emmanuel Macron peu après son élection.

"Déclin progressif de l'ancienne industrie"

Elie Cohen a ainsi évoqué le fonds pour l'innovation de rupture, doté de 10 milliards d'euros et "alimenté par des cessions d'entreprises publiques ou semi-publiques". Lancé lundi, ce fonds a pour but, comme l'a expliqué Bruno Le Maire, "d'investir dans l'avenir (...), de protéger nos secteurs stratégiques et de construire des champions européens".

Une manière, selon Elie Cohen, "de faire en sorte que la France devienne une 'start-up nation', c'est-à-dire tout miser sur l'innovation disruptive pour profondément renouveler le modèle économique et industriel".

On voit bien l'idée : on gère le déclin progressif de l'ancienne industrie et on favorise l'éclosion de la nouvelle industrie.Elie Cohen

"Mobilisation culturelle de la jeunesse"

Seulement, précise le directeur de recherche au CNRS, "le problème c'est que les rythmes ne sont pas les mêmes du tout" :

Les effets macroéconomiques de ce qui relève de cette "start-up nation", aujourd'hui, ce sont des chiffres infinitésimaux...Elie Cohen

Un point de vue partagé par Pierre Veltz, lui aussi auditionné par les députés. Si l'économiste reconnaît la nécessité de "soutenir les start-ups", qui "représentent une formidable mobilisation culturelle de la jeunesse", Pierre Veltz assure que "ce n'est pas là que naîtra le renouveau industriel et économique dont nous avons besoin".

"La France n'est pas très présente"

Selon Elie Cohen, la difficulté est d'autant plus grande que la France peine à se hisser dans "les cinq premiers mondiaux" dans des domaines d'avenir comme la robotique, l'intelligence artificielle, le big data, la cybersécurité, la virtualisation :

Regardons les levées de capitaux dans ces secteurs-là, regardons le nombre d'entreprises dont les valorisations ont dépassé les 100 millions d'euros ou le milliard de dollars. La France n'est pas très présente...Elie Cohen

Cette situation interroge le chercheur : "Je me demande s'il n'y a pas une espèce d'inflation verbale sur ce côté 'french tech' et sur ce côté 'start-up nation' qui n'est pas corroborée par les chiffres." Une critique qui survient une semaine après la visite très médiatisée du secrétaire d'Etat chargé du Numérique Mounir Mahjoubi au Consumer Electronics Show à Las Vegas, le plus grand salon au monde dédié aux loisirs technologiques.

Selon Elie Cohen, le volontarisme de l'Etat et la somme dédiée à cette politique ne sont pas suffisants :

Dans les ordres de grandeur, c'est probablement un 0 ou deux qu'il manque dans l'effort à faire pour développer pleinement ces activités.Elie Cohen

"Nouvelles infrastructures"

Par ailleurs, Pierre Veltz a souligné la nécessité pour l'Etat de financer lui-même de "nouvelles infrastructures" pour accompagner le bouleversement annoncé des modes de transports, comme la voiture électrique et autonome :

Ce changement de système ne peut être pris en charge par les entreprises complètement, parce qu'il implique des sujets normatifs qui ne sont pas de leur ressort, et que les normes et les standards dans cette affaire sont absolument stratégiques.Pierre Veltz

Une prise de position qui fait écho à l'audition mercredi du PDG de Renault Carlos Ghosn par les commissions des affaires économiques et des finances de l'Assemblée. Le patron du constructeur automobile a notamment affirmé que "d'ici à 2035, 25% des véhicules neufs vendus seront autonomes".