twitter facebook chevron-right

Sept parlementaires de tous bords réclament un moratoire sur la vaccination obligatoire

Michèle Rivasi (EELV), Laurence Cohen (PCF) et Blandine Brocard (LREM) demandent à la ministre de la Santé de suspendre l'élargissement de la liste des vaccins obligatoires. Elles réclament plus de temps pour "créer les conditions d'un débat approfondi", tout en réaffirmant leur attachement au principe de la vaccination.


Pourquoi aller si vite ? C'est en substance le message tenu, lundi, par un groupe transpartisan de parlementaires au gouvernement. Les élus s'interrogent en effet sur la volonté d'Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, de faire passer rapidement sa réforme de la vaccination obligatoire. Dès juillet, la ministre de la Santé annonçait la présentation, début 2018, d'un projet de loi élargissant la liste des vaccins obligatoires de trois (diphtérie - tétanos - polio) à onze*. Mais, surprise, la mesure est désormais attachée au projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2018 (PLFSS), qui sera débattu dans quelques semaines dans l'hémicycle.

La méthode comme l'accélération du calendrier étonnent au sein de tous les partis : "On est tous pour la vaccination, prévient la députée européenne Michèle Rivasi (EELV). Mais on veut des garanties et des études, vaccin par vaccin." Son homologue à l'Assemblée, Blandine Brocard, députée La République en marche du Rhône, lui emboîte le pas :

Dans le fond, rien ne nous oblige à aller si vite. Il n'est pas raisonnable de débattre en si peu de temps.Blandine Brocard, députée LREM du Rhône

"Le temps manque pour se forger une intime conviction", insiste la députée de la majorité, qui n'hésitera pas à voter "contre" la disposition si elle figurait dans le PLFSS. Blandine Brocard n'a pas informé la direction de son groupe avant de prendre cette initiative à contre-courant.

D'autres députés s'associent à la démarche d'obtenir un moratoire sur cette question de la part de l'exécutif : Didier Quentin (LR), Caroline Fiat (LFI), Jacqueline Dubois et Éric Alauzet (LREM).

Côté Sénat, Laurence Cohen (PCF), présente à la conférence de presse, pointe de son côté "une fuite en avant du gouvernement qui ne restaurera pas la confiance envers le public qui se détourne de la vaccination, mais au contraire va créer de nouvelles interrogations".

Taux de couverture en baisse ?

L'un des principaux arguments d'Agnès Buzyn pour appuyer sa réforme est justement que le taux de couverture des vaccins obligatoires serait en train de se réduire, comme elle l'affirmait le 26 juillet à l'Assemblée :

Le ministère de la Santé met notamment en avant la recrudescence de certaines épidémies, comme la rougeole, avec 24 000 cas dénombrés entre 2008 et 2016, dont 10 décès.

10 à 20 millions d'euros par an

Le projet du gouvernement, qui devrait être discuté courant novembre, représente "dix injections pour les enfants, étalées sur deux ans". Selon les chiffres fournis par le ministère, sept enfants sur dix suivent déjà ce nombre et ce rythme d'injections, assurant que "les vaccins sont des produits sûrs". Au contraire, Michèle Rivasi demande un état des lieux sur les conséquences des adjuvants ajoutés à certains produits, notamment chez les plus jeunes.

Le surcoût de ces nouveaux vaccins obligatoires serait de "10 à 20 millions d'euros par an", dont 65% pris en charge par l'assurance maladie et 35% par les mutuelles. Objectif affiché : s'approcher d'un taux de couverture de 95% contre la plupart de ces infections.

*Les huit vaccins qui passeraient de "recommandé" à "obligatoire" : méningite, coqueluche, hépatite B, rougeole, oreillons, rubéole, méningocoque C, pneumocoque.

Vidéo avec Céline Martel et François Goulin