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Recherche : les tests sur les animaux restent indispensables, jugent des experts

Les parlementaires ont fait jeudi le point sur l’utilisation des animaux en laboratoire pour la recherche médicale. Si la majorité des scientifiques auditionnés plaide pour maintenir ces tests, l'heure est toutefois à leur rationalisation et à leur limitation, alors que l'émergence de modèles informatiques capables de remplacer l'expérimentation "in vivo" reste une alternative coûteuse.

Traite-t-on les animaux de laboratoire aujourd'hui comme hier ? Face aux députés, Hélène Combrisson rappelle qu'"on n'euthanasie plus les rats en leur frappant le cou sur le bord de l'évier et en les saignant". La présidente de la commission nationale d’expérimentation animale estime même que la jeune génération, qui suit des formations éthiques avant de pratiquer des tests, est, "à l'image du reste de la société, plus sensible à ces questions qu'il y a trente ans".

L'utilisation de souris, poissons et lapins, les espèces les plus testées, resterait toutefois indispensable au progrès de la science, selon un panel de scientifiques réunis par le député Cédric Villani (LaREM) et le sénateur Gérard Longuet (LR) à l'Assemblée nationale. "Il n'est pas concevable de supprimer l'expérimentation animale à moyen terme", tranche Georges Chapouthier, directeur de recherche au CNRS. Une position appuyée par Nicolas Dudoignon, responsable de la politique de protection animale chez Sanofi : "Bien que des méthodes non-animales existent, leurs performances n'égalent pas celles qu'on peut attendre des essais sur les animaux", assure-t-il.

Seule voix vraiment discordante, celle du vétérinaire André Ménache, par ailleurs porte-parole de l'association Pro Anima. Il réclame la création d'une commission d'enquête parlementaire, qui pourrait selon lui faire la lumière sur la "validité" scientifique même des protocoles de tests sur les animaux. Le scientifique déplore d'ailleurs certaines aberrations :

"Il est souvent plus facile d'obtenir une autorisation pour expérimenter sur cent rats que d'obtenir l'autorisation pour expérimenter sur des déchets chirurgicaux humains destinés à l'incinération."André Ménache, devant l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Un interdit européen clair sur les cosmétiques

La dernière réforme juridique ambitieuse sur le sujet date d'une directive européenne de 2010, qui définit les conditions dans lesquelles les expérimentations peuvent être menées. Elle prône le principe des 3R ("remplacement", "réduction", "amélioration"), afin de rationaliser et de limiter les tests sur le vivant.

"On ajoute parfois un quatrième R, pour réhabiliter les animaux quand on peut", précise Georges Chapouthier. Principalement des grands animaux, comme les primates et des chiens, mais pas les rongeurs, dont le nombre à gérer est trop grand - ils représentent 59,6% des animaux testés en 2016 selon le ministère de la Recherche.

Quand ils ne sont pas euthanasiés pour leur prélever des tissus ou des organes, ces animaux peuvent ainsi trouver un nouveau refuge voire un foyer grâce à des accords entre les entreprises pharmaceutiques, comme Sanofi, et des associations, tel le GRAAL (Groupement de réflexion et d'action pour l'animal) :

Autre point à mettre au crédit de la législation, il est interdit en Europe de pratiquer des tests sur les animaux pour les cosmétiques depuis 2013, et d'importer de tels produits qui ne respecteraient pas cette règle depuis 2016.

Des alternatives encore coûteuses

Seule la recherche médicale est donc autorisée. Celle-ci reste encore très consommatrice d'animaux, puisque 1 918 481 bêtes ont été utilisés en France en 2016. Un chiffre qui ne comprend pas les animaux tués pour des prélèvements ou ceux sous forme larvaire ou embryonnaire.

Il existe pourtant des alternatives aux tests sur le vivant, dits in vivo. Les cultures de cellules in vitro en font partie. Par exemple, aux États-Unis, les recherches animales sur la toxine botulique - plus connu sous son appellation commerciale botox - ont cessé aux États-Unis en 2011 sous la pression de l'opinion publique, au profit de la culture de cellules humaines en laboratoire.

Enfin, les recherches in silico sont parmi les plus prometteuses. Grâce à la création de modèles informatiques pointus, les scientifiques espèrent simuler l'évolution d'une pathologie ou l'action d'une molécule. Georges Chapouthier souligne que la Fondation droit Animal, éthique et sciences, dont il est membre, récompense tous les deux ans les projets qui proposent des modèles alternatifs aux animaux : "C'est une fondation privée, on peut regretter peut-être que les pouvoirs publics n'en fassent pas autant".

Nos universités ont-elles d'ailleurs les moyens de mettre en place de telles méthodes alternatives ? "Pas forcément, soupire Hélène Combrisson. Développer des simulations informatiques, ce ne sont pas des choses qui se font avec trois sous."