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Pour Paris, l'attaque chimique en Syrie "porte la signature du régime" de Bachar

Jean-Marc Ayrault a présenté mercredi les conclusions d'un rapport des services de renseignement français incriminant le régime syrien dans l'attaque au gaz sarin contre la localité de Khan Cheikhoun, le 4 avril. Quatre-vingt sept personnes avaient été tuées, dont 31 enfants.


La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères avait promis sur LCP qu'il apporterait "les preuves" de la responsabilité de Damas. C'est désormais chose faite :

Face à l'horreur de cette attaque et aux violations répétées par la Syrie de ses engagements à ne plus utiliser des armes proscrites par la communauté internationale, la France a décidé de partager avec ses partenaires et avec l'opinion publique mondiale les informations dont elle disposeJean-Marc Ayrault

À l'issue du Conseil de Défense de mercredi, le chef de la diplomatie française a donc rendu public un rapport du renseignement français qui conclut "avec certitude" que du sarin a bien été utilisé et qu'il porte la marque de fabrication du régime syrien dans l'attaque chimique contre la localité syrienne de Khan Cheikhoun du 4 avril.

Sur la base de cette évaluation d'ensemble et en raison des renseignements fiables et concordants recueillis par nos services, la France estime que les forces armées et de sécurité syriennes ont mené une attaque chimique au sarin contre des civils à Khan Cheikhoun, le 4 avril 2017.Conclusion du rapport

Produit, fabrication et mode de dispersion

L'attaque perpétrée le 4 avril contre la localité de Khan Cheikhoun, en zone rebelle, a fait 87 morts, dont 31 enfants, et a entraîné des frappes de représailles américaines le 7 avril sur une base aérienne du régime. Damas a toujours démenti être impliqué et estimé que l'attaque était "une fabrication à 100%".
La France, dont les services ont "prouvé" cinq attaques au gaz sarin en Syrie depuis avril 2013 selon un décompte fourni avec le rapport, s'appuie sur des prélèvements sur place et des analyses effectuées sur les victimes, selon une source diplomatique française. "La chaîne de traçabilité" des échantillons et les analyses effectuées au centre d'études du Bouchet (laboratoire de référence, en région parisienne), sont "conformes" aux normes internationales, souligne cette source.
Le rapport étudie trois aspects-clés de l'attaque de Khan Cheikhoun : la nature du produit, le procédé de fabrication et son mode de dispersion. Paris, à l'instar de l'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques), de la Turquie, des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a conclu à l'utilisation de gaz sarin à Khan Cheikhoun.

Procédé de fabrication

Mais c'est surtout le procédé de fabrication du gaz qui permet à la France d'incriminer le régime de Damas. La méthode "porte la signature du régime", a ainsi expliqué Jean-Marc Ayrault. Le sarin prélevé à Khan Cheikhoun a été comparé avec des prélèvements réalisés par la France après une attaque de 2013 imputée au régime à Saraqeb, dans le nord-ouest du pays. La France y avait récupéré une munition non explosée pour en analyser le contenu. "Nous sommes en mesure de confirmer que le sarin employé le 4 avril est le même sarin que celui qui a été employé dans une attaque intervenue à Saraqeb le 29 avril 2013", a assuré le ministre des Affaires étrangères.

Dans les deux cas, de l'hexamine, un stabilisant, a été retrouvé. "Ce procédé de fabrication est celui développé par le CERS au profit du régime syrien", indique le résumé du rapport. Le Centre de recherches et d'études scientifiques de Syrie (CERS) est dans le viseur des pays occidentaux. Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a estimé vendredi qu'il n'y avait "pas de doute" que le régime avait conservé des armes chimiques et Washington a pris lundi des sanctions contre 271 scientifiques du CERS.

L'aviation syrienne responsable

Enfin, l'analyse du contexte militaire fait dire à la France que l'aviation du régime - et en particulier un chasseur bombardier Sukhoï 22 décollant de la base de Chayrat - a effectué des frappes aériennes sur la localité le 4 avril au matin. Or, selon Paris, seul le régime syrien dispose de tels moyens aériens.
Depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, Damas a été accusé à plusieurs reprises d'avoir recours aux armes chimiques. L'attaque de la Ghouta, en banlieue de Damas en août 2013, qui a fait des centaines de victimes, fut l'un des marqueurs du conflit. Elle conduisit, après le retentissant renoncement américain à des frappes de représailles, à un accord international sur le démantèlement de l'arsenal chimique du régime.

Mais des dizaines d'autres attaques de moindre ampleur sont suspectées, témoignant de la banalisation de l'arme chimique, même si les responsabilités sont extrêmement délicates à prouver. En 2016, deux rapports d'enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC avaient conclu que Damas avait mené trois attaques au chlore et l'organisation jihadiste tat islamique une attaque au gaz moutarde en 2014 et 2015.

Avec AFP