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"Nous sommes tous imprégnés !.." : le plaidoyer de Marie-Monique Robin contre le glyphosate

La journaliste, auteure de livres et de documentaires, était auditionnée le 1er février par la mission d'information sur les produits phytopharmaceutiques. Une intervention sans concession sur le glyphosate, ce composant du Roundup de Monsanto.

Le glyphosate représente "un énorme problème de santé publique". Auditionnée jeudi 1er février par les députés, la journaliste Marie-Monique Robin a livré un long plaidoyer contre ce composant du Roundup de Monsanto, qui pourrait être interdit dans trois ans dans l'hexagone à la demande d'Emmanuel Macron. "Nous sommes tous imprégnés" par le glyphosate, assure l'enquêtrice, auteure de Le monde selon Monsanto (La Découverte, 2008) et Le Roundup face à ses juges (La Découverte, 2017).

Pas vraiment biodégradable, le glyphosate...

Pour appuyer sa démonstration, la journaliste a notamment cité l'expérience qu'elle a subi en 2017. Avec 29 autres personnes, elle a fait analyser son urine. Les résultats sont sans appel :

Nous avions tous des résidus de glyphosate dans nos urines à un niveau moyen équivalent à 12 fois à ce qui est autorisé dans l'eau...Marie-Monique Robin

"Nous avons tous cela dans notre organisme", déplore Marie-Monique Robin. Une donnée d'autant plus grave que, selon elle, "la première utilisation du glyphosate", en 1968, était celle d'un "détergent pour détartrer les chaudières"...

La journaliste a également assuré que le glyphosate n'était pas biodégradable : "Seulement 2% du glyphosate se dégrade au bout de 28 jours", relève-t-elle.

Le glyphosate, responsable de dizaines de maladies ?

L'utilisation du glyphosate aurait par ailleurs des conséquences plus graves :

Dans les sols, il tue les bonnes bactéries, il encourage la prolifération des mauvaises.Marie-Monique Robin

Résultat, explique Marie-Monique Robin, "après 20 ans d'usage massif aux Etats-Unis, il y a une déficience permanente des plantes", entraînant "la recrudescence ou l'apparition de quarante maladies dont ils ne savent plus comment se débarrasser".

"Malformations congénitales"

"On constate la même déficience en manganèse chez les animaux qui ont été nourris avec du soja transgénique arrosé de glyphosate", ajoute la journaliste. Elle précise d'ailleurs que chaque année en Europe, on en importe "35 millions de tonnes pour nourrir les poules, les vaches et les cochons des élevages industriels".

Marie-Monique Robin assure que des "maladies totalement inconnues dans les élevages" sont apparues aux États-Unis : "mortalité fœtale et périnatale", "malformations congénitales, infertilités, diarrhées et même du botulisme dans les élevages de porcs et de vaches nourris avec du soja transgénique".

Et les élevages français ne seraient pas épargnés. Marie-Monique Robin assure, malgré "la loi du silence absolument énorme", être en possession de photos "prises par un inspecteur de sécurité sanitaire des aliments d'un abattoir de l'ouest de la France".

Sur les clichés pris en Bretagne, figureraient des "malformations congénitales de petits cochons" :

Je pense que l'on est peut-être au début d'une révélation publique de ce qui se passe à cause du glyphosate, qui est dans le soja transgénique et qui nourrit les élevages intensifs.Marie-Monique Robin

Des normes "bidons" ?

Marie-Monique Robin plaide pour une "refonte totale de la manière dont on évalue la toxicité des produits chimiques". Citant ses travaux publiés dans son livre Notre poison quotidien (La Découverte, 2011), la journaliste met notamment en cause les notions de "limite maximale de résidus autorisés" (LMR) et de "dose journalière acceptable", des "normes bidons", selon elle.

Selon elle, ces normes, qui fixent "la petite dose de poison que l'on est censé pouvoir ingérer tous les jours sans tomber malade", sont fixées au "doigt mouillé". Marie-Monique Robin assure même qu'elles sont "adaptées" pour "protéger les industriels".

La journaliste cite ainsi l'exemple de la LMR des lentilles, qui aurait été largement réhaussée car "aux Etats-Unis et au Canada, on utilise le glyphosate et le Roundup pour assécher les grains avant la récolte et faciliter (cette) récolte".

Validation par les pairs

Auditionné en même temps que Marie-Monique Robin, François Veillerette, le directeur de l'association Générations futures, a pour sa part critiqué les "dérives inacceptables" du système européen d'autorisation d'exploitation des produits tels que le glyphosate :

Dans les faits, sont prises en compte quasiment exclusivement les études fournies par les industriels, et les études universitaires sont balayées d'un revers de la main.François Veillerette

Le directeur de Générations futures assure que seules les études répondant aux "bonnes pratiques de laboratoire" sont prises en compte par les agences au niveau européen. Or, ces pratiques qui ne sont "pas un gage de qualité scientifique" sont "extraordinairement coûteuses".

François Veillerette se dit favorable à une "validation par les pairs", méthode d'évaluation traditionnelle dans le milieu scientifique. Mais, rappelle Marie-Monique Robin, cette technique nécessite une publication des études toxicologiques :

Celles fournies par l'industrie (...) ne sont jamais publiées dans les journaux scientifiques. Jamais. Elles sont couvertes par le secret commercial.Marie-Monique Robin