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Simone Veil, une vie de combats (1927-2017)

Figure de la lutte pour l'IVG, mémoire de la Shoah et de la construction européenne, l’"immortelle" est disparue vendredi, à 89 ans.


C'est la disparition d'une grande figure française : Simone Veil, est décédée vendredi matin à l'âge de 89 ans. Retour sur un destin hors-norme, entre jeunesse confisquée et vie publique très remplie.

Simone Jacob naît le 13 juillet 1927 à Nice. Elle mène une vie tranquille jusqu'au mois d'octobre 1940 et l'irruption du premier statut des Juifs en France, sous l'autorité du maréchal Pétain. En 1943, l'occupant allemand prend le contrôle de la Côte d'Azur et Simone entre dans la clandestinité sous le nom de Simone Jacquier. Elle obtient son baccalauréat en mars 1944 mais se fait arrêter quelques jours plus tard, chez son professeur de lettres classiques, chez qui elle réside. Elle n'a que 17 ans.

La déportation

Le 15 avril 1944, elle est conduite à Drancy, en Seine-Saint-Denis, avant d'être déportée par le convoi n°71, avec sa famille, vers le camp d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Elle est tatouée du matricule 78651. Un prisonnier lui conseille de se dire majeure pour éviter l'extermination.
Les femmes de la famille sont transférées non loin d'ici, à Bobrek, où elles sont toutes atteintes du typhus. Sa mère Yvonne en mourra. "Chaque jour, Maman se tient près de moi, et je sais que ce que j'ai pu accomplir dans ma vie l'a été grâce à elle", dira Simone Veil dans sa biographie, "Une Vie", soixante ans plus tard.

La classe politique rend hommage à celle qui incarne "le meilleur de la France"

Peu avant la libération d'Auschwitz, les Allemands transfèrent en janvier 1945 les prisonniers au camp de Bergen-Belsen qui sera libéré par les troupes britanniques le 15 avril. Simone Veil rentre en France le 23 mai, seule. Elle retrouvera ses soeurs Denise (déportée à Ravensbrück et Mauthausen) et Madeleine (Ravensbrück), mais ne reverra plus jamais ni son frère ni son père, déportés en Lituanie.
Dans "Une Vie", Simone Veil racontera sa Shoah : "Rien ne s'efface : les convois, le travail, l'enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l'avilissement, les coups, les cris... rien ne peut ni ne doit être oublié. Mais, au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts : la chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine ; et, pour les autres, la mort lente. Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille juifs français déportés. Il n'y a que la Shoah."

A son retour en France, Simone Veil s'inscrit à la faculté de droit de Paris et à l'Institut d'études politiques où elle rencontre son futur mari, Antoine Veil. Un autre drame s'abat sur Simone : sa s?ur Madeleine, sa seule confidente, décède avec son fils dans un accident de voiture, en 1952.

En 1976, après avoir été attaquée sur sa judaïté, elle racontera ces événements dramatiques :


Simone Veil renonce à sa carrière d'avocate et passe en 1956 le concours de la magistrature. Elle devient alors haut fonctionnaire dans l'administration pénitentiaire où elle luttera notamment contre le mauvais traitement des femmes. En 1970, elle est nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature.

La carrière politique

En mai 1974, après la mort de Georges Pompidou et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, elle est nommée ministre de la Santé par le Premier ministre de l'époque, Jacques Chirac. Elle va alors livrer son combat le plus rude et le plus important : la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) qui dépénalise l'avortement.
L'extrême droite et une partie de la droite parlementaire lui livrent des attaques sans merci. Dans l'hémicycle, des députés évoquent une "euthanasie du bon plaisir". Simone Veil déclarera plus tard, lors d'un entretien avec la journaliste Annick Cojean :
"-Quel est le pire que vous ayez entendu ? (propos)
-Les propos de Jean-Marie Daillet.
-Celui qui vous demande si vous accepteriez de jeter les embryons au four crématoire ?
-Oui. Je crois qu'il ne connaissait pas mon histoire, mais le seul fait d'oser faire référence à l'extermination des Juifs à propos de l'IVG était scandaleux. Et puis, il y avait tant d'hypocrisie dans cet hémicycle rempli essentiellement d'hommes, dont certains cherchaient en sous-main des adresses pour faire avorter leur maîtresse ou quelqu'un de leurs proches."
Dans le même temps, Simone Veil réaffirme sa position : "L'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue."
La loi est adoptée le 29 novembre 1974 grâce au soutien de la gauche. Elle entre en vigueur en janvier 1975.

Deux ans plus tard, Simone Veil fait voter une loi contre le tabagisme, une grande première dans le pays.

Jusqu'en 2007, Simone Veil poursuivra sa carrière politique, toujours proche des idées du centre et en faveur de l'engagement européen. En 1979, elle devient présidente du Parlement européen avant d'être élue députée européenne puis ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur. René Monory, président du Sénat la nomme ensuite membre du Conseil constitutionnelle où elle siégera de 1998 à 2007. Elle sortira de son devoir de réserve en 2005 pour appeler à voter "oui" au référendum sur la Constitution européenne. Elle devient ensuite "immortelle" en entrant à l'Académie française en 2008, en remplacement de Pierre Messmer.


Simone Veil avait été très affectée par la mort de son mari Antoine, en 2013. Elle est morte vendredi matin, à son domicile du VIIe arrondissement.


Dates clés
Naissance : 13 juillet 1927
Déportation à Auschwitz : 15 avril 1944
Adoption de la loi sur l'IVG : 29 novembre 1974
Entrée à l'Académie française : 20 novembre 2008