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"L'incarcération doit être le dernier recours", plaide la contrôleure générale des lieux de privation de liberté

Adeline Hazan a dépeint mardi aux députés un panorama très sombre des prisons françaises. Pour elle, il est urgent de faire de l'incarcération l'exception et non plus la norme, surtout pour les délits les moins graves. Elle a aussi défendu l'octroi possible de "téléphones portables bridés" pour les détenus et pointé du doigt la situation très précaire des jeunes surveillants pénitentiaires.

La création d'une autorité assurant le respect des droits des personnes privées de liberté vient de fêter ses 10 ans. Un anniversaire fêté sans tambour ni trompette vu l'état du milieu carcéral. L'actuelle contrôleure générale des prisons le souligne elle-même mardi devant les députés : les prisons restent un "mal français".

Le cheval de bataille d'Adeline Hazan ? La surpopulation carcérale : "La France est le seul pays où la population carcérale continue d'augmenter, nous sommes la lanterne rouge du conseil de l'Europe !", lance-t-elle devant la commission des Lois, dont les membres ont décidé de creuser le sujet, y compris sur le terrain.

Alors que le gouvernement a prévu de bâtir jusqu'à 15 000 nouvelles places de prisons, Adeline Hazan estime que c'est une "fausse bonne idée" :

Dès lors qu'on construira des places, elles seront remplies ! En 25 ans, on a doublé le nombre de places de prisons. Il y en avait 30 000 places, il y a en a 60 000 aujourd'hui pour 70 000 détenus. Et ce, alors même que la délinquance grave n'a pas augmenté.Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté

Adeline Hazan estime qu'il faut aller à contre-courant de l'opinion publique, et "arrêter de penser que s'il n'y a pas de prison, la personne ne serait pas sanctionnée". Les peines alternatives existent (contrôle judiciaire, peine de sursis avec mise à l'épreuve, travaux d'intérêt général, libération conditionnelle) et la contrôleure générale souhaite qu'on les applique davantage en envoyant un "signal fort" depuis le sommet de l'État. Objectif : faire de l'incarcération le "dernier recours" (voir vidéo ci-dessus).

"Oui à des téléphones bridés en prison"

Autre point de vue original que défend la contrôleure générale : la présence des téléphones portables en prison. Elle estime qu'"il faut en finir avec une situation ubuesque", avec des surveillants qui font "la chasse aux téléphones" qui reviennent, d'"une manière ou d'une autre", au sein des prisons.

Elle se veut donc pragmatique : oui aux téléphones, à condition que ceux-ci aient des caractéristiques bridées et que les appels puissent être écoutés.

Il ne s'agit évidemment pas d'autoriser les smartphones pour laisser surfer les détenus"Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté

"En région parisienne, des jeunes surveillants dorment dans leur voiture"

Adeline Hazan s'est également dit préoccupée par la situation des surveillants pénitentiaires. En sous-effectif chronique, la profession "n'attire pas" et les nouvelles recrues y vont "à reculons, quand ils ont échoué à tous les autres concours".

Elle dénonce particulièrement la situation des jeunes surveillants mutés en région parisienne qui, "pour certains, dorment dans leur voiture". Elle suggère de les nommer dans leur région d'origine et d'étudier la possibilité d'une prime, comme en reçoivent les professeurs mutés dans des établissements prioritaires, loin de chez eux.