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Les neurosciences au secours des victimes de viol ?

Souvenirs flous, pertes de repère, chronologies confuses... Les victimes de viols ont souvent du mal à raconter leur agression. L'explication est à chercher du côté de notre cerveau, explique une neurologue auditionnée jeudi par les députés. Et, grâce au progrès de la médecine, leur traumatisme pourrait à l'avenir être plus facilement reconnu. Explications.

Les victimes de viol subissent une double peine : en plus de l'agression elle-même, elles ont du mal à reconstituer le récit précis des événements, voire à parler tout court. C'est le résultat de ce que les spécialistes appellent un stress post-traumatique, recensé également chez les victimes d'attentats ou les soldats envoyés sur les terrains de conflits.

Auditionnée jeudi par la mission d'information sur le viol de l'Assemblée nationale, la neurologue Carole Azuar apporte un éclairage précieux sur "une pathologie bien plus vaste que ce qu'on pouvait imaginer au départ".

Sidération et oubli

L'apport des neurosciences est utile pour comprendre les conséquences de l'agression. "Quand la victime est sous l'emprise d'un stress aigu, elle ne va plus pouvoir prendre de décision", explique la scientifique. En clair, "le système de décision, situé dans le lobe frontal du cerveau", va être "sidéré", empêchant toute réaction rationnelle, comme prendre la fuite.

Sous le choc de l'agression, le "système émotionnel des victimes va être modifié". Résultat ? "Quand la victime raconte ce qui lui est arrivé, elle n'aura pas forcément les émotions 'attendues'", explique Carole Azuar.

La mémorisation de l'agression elle-même ne va pas se faire de façon normale, ajoute la neurologue :

"Au lieu d'être enregistré dans l'hippocampe, le souvenir va être enregistré au sein de l'amygdale qui est une structure émotionnelle. [La victime] va enregistrer les couleurs, les odeurs, les sensations de manière très violente, mais elle ne va pas enregistrer le caractère temps-espace de manière précise" Carole Azuar, neurologue, 18 janvier 2018

Par conséquent, les souvenirs "seront peu précis", insiste la spécialiste.

La neurologue a notamment traité le cas de Flavie Flament, qui affirme avoir été violée pendant son adolescence mais qui dit n'avoir retrouvé le souvenir de son viol qu'en 2009, soit vingt-deux ans après les faits : "Flavie Flament avait une atrophie de l'hippocampe très visible, je ne m’attendais pas à trouver ça à l'échelle d'un individu", note la neurologue.

Vers un "faisceau de preuves" ?

Cette atrophie de l'hippocampe constitue-t-il pour autant des preuves qui pourront aider les victimes en justice ? Oui et non, explique Carole Azuar, alors que les députés s'interrogent sur l'opportunité d'allonger la prescription des crimes sexuels sur mineurs à trente ans après leur majorité (contre vingt ans aujourd'hui),

Bonne nouvelle : plusieurs marqueurs neurologiques peuvent désormais être mobilisés pour prouver la réalité d'un stress post-traumatique. "Probablement, la médecine va avancer et on va pouvoir aller vers un faisceau de preuves", imagine Carole Azuar. Reste que les enquêteurs auront toujours à faire "le lien avec la cause de ce stress", qui pourrait être d'un tout autre ordre...

Dans ces conditions, on comprend mieux la difficulté pour une victime de livrer un premier témoignage suivant le viol. D'autant que les policiers ou gendarmes ont encore une grosse marge de progression dans l'accueil des victimes, ont reconnu leur hiérarchie à la fin de l'année dernière.