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Le patron de la DGSI dément avoir parlé d'un pays "au bord de la guerre civile"

Interrogé vendredi par les députés, le directeur du contre-espionnage est revenu sur les propos qu'il aurait tenu lors d'une réunion à huis clos à l'Assemblée, l'an dernier. Pour autant, il ne minimise en rien "les tensions entre les communautés" et révèle que ses services ont déjoué des projets dirigés "contre la communauté musulmane".


Homme de l'ombre, Patrick Calvar est à la tête de la puissante direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) depuis 2012. À ce titre, il l'est l'un des mieux informés sur les projets d'attentats dans le pays depuis plusieurs années.

Auditionné vendredi par la mission de suivi des propositions des députés Fenech (LR) et Pietrasanta (PS) pour lutter contre le terrorisme, Patrick Calvar est revenu sur des propos qu'il aurait tenu lors d'une précédente audition, en mai 2016, sur les attentats du 13 novembre 2015.

Lors de cet entretien, à huis clos, Le Figaro lui prêtait ces propos : "Nous sommes au bord d'une guerre civile."

Une information "totalement erronée", assure aujourd'hui Patrick Calvar :

Je n'ai jamais, jamais, employé les mots de 'guerre civile'. Jamais. Un journal m'a cité en expliquant que ces termes, je les avais employés devant votre commission, c'est faux ! Ce que je sens, c'est qu'il y a des montées de violences au sein de différentes communautés qui pourraient, demain, nous confronter à des situations complexes entre la communauté musulmane, les islamistes et certains extrémistes qui voudraient en découdre.Patrick Calvar, le 10 février 2017, à l'Assemblée

Depuis, le compte-rendu de son audition - sans doute expurgé, en raison du huis clos - par la commission a été rendu public. Voici précisément ce que disait Patrick Calvar, déjà interrogé à l'époque par le député Georges Fenech :

M. Patrick Calvar. Il ne faut absolument pas céder. Je pense que nous gagnerons contre le terrorisme ; je suis, en revanche, beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qui l'entraîne. C'est ce qui m'inquiète quand je discute avec tous mes confrères européens : nous devrons, à un moment ou à un autre, dégager des ressources pour nous occuper d'autres groupes extrémistes parce que la confrontation est inéluctable.

M. le président Georges Fenech. Vous voulez parler de l'extrême droite et de l'extrême gauche ?

M. Patrick Calvar. L'ultra gauche est dans une autre logique. Vous aurez une confrontation entre l'ultra droite et le monde musulman ? pas les islamistes, mais bien le monde musulman.

"Des projets dirigés contre la communauté musulmane"

Malgré sa mise au point, le constat dressé vendredi par le patron de la DGSI n'en reste pas moins sombre. "Nous ne sommes pas à l'abri d'une action violente, aujourd'hui sur notre territoire, qui ferait [...] monter un degré de tension entre les communautés".

Même s'il juge nécessaire de se montrer "très prudent", le patron du contre-espionnage confie que des projets "dirigés contre la communauté musulmane", ont déjà été déjoués par ses services...

Le danger majeur ? "Les attaques cybernétiques"

Patrick Calvar est aussi revenu sur le "défi colossal" que représentent les attaques cybernétiques. En peu de temps, les services de renseignement ont en effet dû "intégrer un niveau de technologie important", loin de la "culture policière" du renseignement français. Un des moyens d'y parvenir ? Diversifier le recrutement, en triplant en quatre ans le nombre de contractuels (de 5 à 17% des effectifs), notamment en termes de techniciens, d'ingénieurs et d'analystes.