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Projet Cigéo : pour le patron des déchets nucléaires, le temps presse

Le président de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs souligne devant les députés qu'il est "important d'avancer" sur ce sujet tant que l'on a "les capacités scientifiques et la connaissance des déchets". Le gouvernement lancera à l'automne un grand débat sur la question du stockage.

La politique de gestion des déchets nucléaires à très longue durée est-elle à un tournant ? Devant la commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, Pierre-Marie Abadie, le patron de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), a livré jeudi à un plaidoyer pour concrétiser rapidement Cigéo.

Ce "centre industriel de stockage géologique" situé à Bure, dans la Meuse, a été choisi comme site pilote en 2006. Mais son existence, ainsi que le principe même du stockage irréversible, est régulièrement contestée par les militants écologistes. Pour tenter de calmer le jeu, le secrétaire d'État à la Transition écologique Sébastien Lecornu a proposé de rouvrir le débat sur cette question à l'automne.

Pourtant, à écouter Pierre-Marie Abadie, le temps presse. Selon lui, la recherche n'offrira guère d'alternatives dans les prochaines années : "Il faut être lucide, dans le nucléaire les échelles de temps ne se comptent pas en décennie, mais en demi-siècle ! Un concept ou une idée que l'on n'a pas aujourd'hui ne sera pas opérationnel dans 50 ans", affirme-t-il.

Parallèlement, il anticipe l'éventuelle disparition de la filière nucléaire française :

Si le nucléaire n'est pas l'option qui durera sur le très long terme, il ne faut pas imaginer qu'il y aura de la recherche pour traiter un sujet du passé - les déchets - dans une filière qui n'aura plus d'avenir !Pierre-Marie Abadie, directeur de l'Andra, 8 mars 2018

Il estime donc qu'il faut agir vite, tant que les équipes et le savoir-faire sont en place :

C'est aujourd'hui qu'on a les capacités scientifiques et d'ingénierie, la connaissance des déchets, c'est maintenant qu'on peut avancer et pas dans une génération.Pierre-Marie Abadie, directeur de l'Andra, 8 mars 2018

Un dossier qui donne le vertige, tant il engage les générations futures sur des siècles, voire des millénaires. Le projet Cigéo en-lui même, s'il était entériné, s'étalerait jusqu'en 2140 avant de rentrer pleinement en service pour stocker, définitivement, des tonnes de déchets radioactifs sous nos pieds.

La sécurité en question ?

La présidente de la commission d'enquête Barbara Pompili a voulu connaître les conditions de sécurité des installations de stockage. Comment sont sélectionnés les surveillants ? Comment les survols de drones sont-ils gérés ? Pourquoi peut-on voir l'installation du Centre de stockage de l'Aube (CSA) sur Google Earth ?

Face à ces questions, le responsable du CSA, Patrice Torres, a tenté de rassurer les parlementaires. Il confirme que l'Andra fait parfois appel à des sociétés de sécurité externes et que des tests sont régulièrement effectués pour s'assurer de la fiabilité des prestataires : "Il nous est arrivé d'interdire l'accès au site à certaines personnes après enquête", explique-t-il, sans rentrer dans les détails.

Il concède cependant des difficultés :

On ne garantie pas que l'accès n'est pas possible, on a des sites qui font plusieurs centaines d'hectares... Patrice Torres, directeur des centres industriels de l'Andra dans l'Aude, 8 mars 2017

L'accès aux "matières" en elles-mêmes est "protégé", assure-t-il. Pourtant, en octobre, Greenpeace avait dénoncé la "vulnérabilité" des bassins de retraitement de déchets nucléaires, et notamment quatre piscines situées au centre de retraitement de La Hague (Manche).

Un coût étalé sur plus d'un siècle

Le projet Cigéo pourrait coûter de 25 à 30 milliards d'euros sur plus d'un siècle. Une fourchette à prendre avec précaution, précise Pierre-Marie Abadie. Un paramètre parmi d'autres : comment connaître le prix du béton dans cinquante ans ?

Si l'on se projette à une échelle plus proche de nous, la première tranche du projet (installation en surface, puit principale et deux quartiers de stockage) coûterait environ 4 milliards d'euros. Des échelles de prix jugées "pas incommensurables" par l'Andra, par rapport au reste de la filière nucléaire. EDF estime par exemple le démantèlement d'un réacteur à 300 millions d'euros, soit 600 millions d'euros pour fermer le seul site de Fessenheim.