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La grosse colère du patron de la Cour des comptes, bousculé par les députés socialistes

Accusé par les députés de la commission des finances d'avoir outrepassé ses attributions en qualifiant les prévisions économiques du gouvernement d'"improbables", Didier Migaud n'a pas caché son agacement, mercredi, à l'Assemblée.


Mercredi matin, la commission des finances a auditionné dans une ambiance houleuse Didier Migaud, le président du Haut conseil des finances publiques. Les élus de la majorité ont remis en cause la probité de cette institution qui a eu le tort de juger "improbables" les prévisions de réduction du déficit formulées par le gouvernement.

Les députés sont même allés jusqu'à sous-entendre que les conclusions du Haut conseil étaient dictées par le calendrier électoral, provoquant la colère de Didier Migaud, qui est sorti de sa réserve habituelle.

Des prévisions "un peu élevées"

Les conclusions du rapport du Haut conseil des finances publiques, dont des extraits ont été publiés dans la presse dès lundi, met clairement en doute les prévisions économiques du gouvernement et notamment la promesse de voir le déficit français passer de 3,3% du PIB à 2,7% en 2017.

Le Haut conseil juge même "incertain" le retour du déficit public en dessous de la barre fatidique des 3% en 2017. Quant à la prévision de croissance de 1,5%, il l'estime "un peu élevée".

Le Haut conseil "peut se tromper"

Des conclusions qui ont fâché la majorité socialiste. Mercredi matin, la première à cogner fut Valérie Rabault, la députée PS du Tarn-et-Garonne et rapporteure générale de la commission des finances :

Est-ce que c'est la perspective d'une année électorale qui tout d'un coup a poussé le Haut conseil à étendre au-delà de ce qui est précisé dans la loi de 2012 sa mission ?Valérie Rabault

L'élue a également mis en cause les membres de l'institution, qui sont "moins de vingt", les accusant implicitement d'avoir instrumentalisé leur rapport en organisant sa fuite dans Les Echos : "Cela doit être assez facile de savoir qui donne votre avis à la presse avant qu'il ne soit remis au Parlement", lance-t-elle, estimant que le Haut conseil a "débordé de sa mission".

Vient ensuite le tour du député PS du Val-d'Oise Dominique Lefebvre : "Evidemment, le gouvernement peut se tromper, le Haut conseil des finances publiques également, ça a été le cas en 2015", assure l'élu.

"Ad hocratie"

L'opposition de gauche va plus loin encore. Nicolas Sansu, l'élu GDR du Cher, pose la question de "la légitimité même du Haut conseil" et fustige "les commissions ad hoc" et l'"ad hocratie". L'opposition de droite, par le biais d'Hervé Mariton, moque le caractère "aimable, presque naïf" de l'institution quand elle évoque des prévisions de croissance "un peu élevées".

Le député écologiste pro-gouvernement Eric Alauzet prend ensuite à partie Didier Migaud :

Qu'est-ce qui vous inquiète le plus, la proposition qui est faite aujourd'hui ou ce qui pourrait se passer après l'élection présidentielle ?Eric Alauzet

"De quoi avez-vous peur ?!"

Livide, visiblement agacé, Didier Migaud prend la parole et lâche, dans une respiration : "Je vais faire attention aux mots que j'emploie..." Il poursuit :

Je trouve que l'a priori qui consiste à dire que l'origine de la fuite revient obligatoirement à des membres du Haut conseil est particulièrement déplaisante (...) et ne repose sur rien de concret.Didier Migaud

"Notre avis, qu'il soit publié le lundi, le mardi, le mercredi... Honnêtement, mais qu'est-ce que ça peut nous faire, à nous ?!", ajoute Didier Migaud, agacé."Et de quoi avez-vous peur ? De quoi avez-vous peur ?!", continue-t-il.

Le premier président de la cour des comptes ne décolère pas :

Il est demandé au Haut conseil des finances publiques... Excusez-moi ! Il s'appelle Haut conseil des finances publiques et on ne voudrait pas qu'il s'exprime sur les finances publiques en tant que telles ?!Didier Migaud

Avant de conclure : "Nous suspecter de l'avoir fait parce c'était une année électorale, c'est parfaitement déplaisant et injuste !"