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La FNSEA contre l'interdiction du glyphosate : "La société n'accepte pas une pomme avec des taches..."

Auditionné par les députés, Christian Durlin, membre du conseil d'administration du principal syndicat agricole, a mis en avant les exigences des consommateurs et des distributeurs pour justifier sa réticence vis-à-vis de l'interdiction prochaine de l'herbicide de Monsanto. Il plaide pour une solution européenne concertée, afin de ne pas "affaiblir certaines filières" françaises.

"L’agriculteur doit protéger ses cultures comme un éleveur protège ses animaux. On peut le faire de différentes façons, l'utilisation de ces produits est l'un des moyens." Mercredi, les députés de la mission d'information sur les produits phytopharmaceutiques ont auditionné Christian Durlin, membre du conseil d'administration de la FNSEA.

Il a pu expliquer les réticences du syndicat agricole vis-à-vis de la promesse d'Emmanuel Macron d'interdire d'ici à trois ans l'utilisation du glyphosate, un herbicide du groupe Monsanto accusé par une agence de l'OMS d'être "probablement cancérogène pour l'homme".

Conséquence sur les prix

Christian Durlin assure qu'il n'existe pas, pour l'instant, de solution alternative crédible au glyphosate et aux divers produits chimiques utilisés en agriculture : "C'est le facteur limitant, pour ne pas dire le facteur bloquant", explique-t-il, mettant en garde contre les "solutions réglementaires ou imposées qui apportent toujours un certain nombre de frustrations ou de blocages".

Selon lui, un abandon prématuré des produits phytopharmaceutiques risque d'avoir des conséquences sur le prix des denrées produites et sur leur qualité :

L'agriculteur ne produit pas pour lui, il produit pour une demande, pour un marché.Christian Durlin

"Défauts"

Christian Durlin pointe du doigt les exigences, selon lui, de la société civile :

Elle n'accepte pas une pomme avec des taches, elle n'accepte pas si un enfant trouve une chenille dans son assiette de petits pois à la cantine...Christian Durlin

Face aux interrogations du député LREM Yannick Kerlogot, Christian Durlin a également mis en cause "les distributeurs et les acheteurs" : "Ce n'est pas une vue de l'esprit, je peux vous citer des exemples de palettes de produits qui sont 'rentrées' parce qu'il y avait un défaut, ce sont des choses que l'on vit tous les jours..."

"Un sujet européen"

Le représentant de la FNSEA a également évoqué la nécessité de produire des denrées uniformisées pour les vendre à l'international : "Il y a un prix mondial de la céréale, il y a des normes, des standards internationaux...", a-t-il affirmé à titre d'exemple.

Selon Christian Durlin, la réglementation sur les produits phytopharmaceutiques et le glyphosate doit être européenne, car une interdiction uniquement française serait contre-productive : elle aurait pour conséquence d'"affaiblir certaines filières" en France, qui seraient alors concurrencées par d'autres filières issues "d'autres pays européens".

Or, prévient le membre de la FNSEA, les produits étrangers, cultivés avec du glyphosate, "reviendront sur le marché français".

Vif échange sur l'agriculture bio

L'audition a également permis à Christian Durlin de mettre en cause à demi-mots la décision d'Emmanuel Macron d'interdire le glyphosate en assurant que ce dossier était "plus politique que technique".

Le représentant de la FNSEA a d'ailleurs rappelé que l'EFSA (agence européenne) et l'ANSES (agence française) n'ont pas qualifié l'herbicide de Monsanto de "cancérogène probable".

Des propos qui ont agacé la présidente LREM de la mission d'information, Elisabeth Toutut-Picard, qui a cité les travaux du CIRC, l'agence de l'OMS à l'origine des mises en garde sur le caractère dangereux du glyphosate :

Moi, j'aimerais bien intervenir sur ce que vous venez de dire (...) Il me semble qu'à l'origine c'était plus un dossier sanitaire...Elisabeth Toutut-Picard

L'échange s'est également tendu lorsque Christian Durlin a affirmé qu'il n'est pas possible d'utiliser les méthodes de l'agriculture biologique dans l'agriculture conventionnelle : "Quand vous êtes sur un marché mondial, avec un blé à 150 euros la tonne, il faut des solutions mécanisées", a lancé le représentant de la FNSEA.

"Je reformule, c'est faisable, mais c'est cher !", a rétorqué Elisabeth Toutut-Picard.