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Des députés réclament une évolution des rites halal et casher

Fin de l'abattage rituel sans étourdissement, renforcement des contrôles, meilleure formation des salariés et des "sacrificateurs"... La commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux a présenté, mardi, ses propositions. Soixante-cinq mesures censées en finir avec "les images de barbarie et de torture" relayées par les associations de défense animale.


C'est le résultat très attendu de six mois de travaux parlementaires, sur un sujet qui n'avait encore jamais été étudié de près par les députés. Après avoir auditionné tous les acteurs de la filière - et effectué quelques visites à l'improviste dans des abattoirs -, la commission d'enquête sur les conditions d'abattage des animaux en France a rendu son verdict, mardi. Un rapport de 265 pages et 65 "propositions concrètes" pour mettre un terme à l'"opacité" des abattoirs et à ses "morts cachées". Devant les journalistes, mardi, le président et le rapporteur de la commission, Olivier Falorni (divers gauche) et Jean-Yves Caullet (PS), se sont félicités d'avoir pu mener des travaux "sans tabou ni totem". Leur objectif est clair : en finir avec "ces images de barbarie et de torture" diffusées sur la Toile par les "lanceurs d'alerte" que sont les associations de défense animale.

L'étourdissement au c?ur du débat

Avec un certain sens de l'à-propos, l'association L214, a encore dévoilé, mardi matin, une vidéo montrant l'abattage de moutons non étourdis dans un abattoir de Nouvelle-Aquitaine. On y voit des bêtes la gorge tranchée, encore conscientes, se débattre et se vider de leur sang, suspendues à la chaîne d'abattage. L214 réclame "l'interdiction de la mise à mort d'animaux sans étourdissement". Un "impératif minimum", selon elle.

Message entendu par les députés qui partagent cet objectif mais souhaitent y parvenir en douceur. "Sur l'abattage rituel, des évolutions sont possibles et souhaitables, malgré des réticences certaines des cultes juif et musulman", explique le député Olivier Falorni.

Dans sa proposition 24, la commission d'enquête propose en effet de modifier le code rural. Aujourd'hui, le texte mentionne la possibilité d'abattre un animal sans l'étourdir au préalable. Pour favoriser de nouvelles pratiques plus soucieuses du bien-être animal, les députés souhaitent ajouter que "l'étourdissement réversible" (étourdir une bête sans la tuer) et "l'étourdissement post-jugulation" (entraînant un étourdissement consécutif à l'abattage de l'animal) soient possibles en cas d'abattage rituel. "Toute souffrance doit être réduite, et une jugulation sans étourdissement est un temps de souffrance" explique Jean-Yves Caullet. Ce simple ajout suffira-t-il à faire évoluer les pratiques ? Les députés veulent y croire.

"Cela conduira les acteurs, dans le cadre d'un dialogue, à évoluer avec nous"Jean-Yves Caullet

Autre mesure, plus contraignante cette fois, les "sacrificateurs" (les tueurs d'abattoirs agréés par les cultes religieux) devront suivre, sous le contrôle de l'État, une formation pratique indispensable avant d'obtenir l'agrément religieux nécessaire pour travailler.

Abattoirs mobiles et caméras

Au-delà de la sphère rituelle, les députés ont formulé d'autres propositions pour encadrer les 960 abattoirs français, artisanaux comme industriels, et où des manquements ont parfois été recensés par les services du ministère de l'Agriculture.

Mesure-phare, la mise en place de "caméras de contrôle" doit permettre aux directeurs d'établissements de repérer d'éventuels dysfonctionnements. Les services de l'État et, en dernier lieu, la justice pourront également exploiter ces images s'ils soupçonnent des manquements graves. Les syndicats agricoles dénoncent un "flicage" malvenu, mais les députés annoncent déjà le dépôt d'une proposition de loi pour mettre en place ce dispositif. En parallèle, de nouveaux vétérinaires et techniciens seront recrutés pour les affecter aux plus grosses structures et intensifier les contrôles inopinés.

Par ailleurs, les salariés des abattoirs, souvent "mal considérés et pointés du doigt", note Olivier Falorni, seront davantage formés. Et, pour les abattoirs de plus de 50 salariés, la rotation des postes sera obligatoire. Autrement dit, fini les semaines à trancher des gorges... Plus anecdotique, car ne concernant qu'un faible nombre de bêtes, les abattoirs ambulants seront encouragés sur le modèle de ce qui se fait en Suède.

Olivier Falorni et Jean-Yves Caullet veulent aussi agir sur la question des moyens. Dès 100 000 euros (au lieu de 1 million d'euros), les abattoirs pourront demander de l'argent public pour moderniser leur chaîne de production. "De quoi résoudre une grande partie des dysfonctionnements observés", pense Jean-Yves Caullet. Reste à transformer toutes ces résolutions en actes, pour que ce rapport ne finissent pas sa vie, prévient le président de la commission, à "caler une étagère du ministère de l'Agriculture"...