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Check Point : les arrivées de migrants en Italie ont-elles triplé en 2017 ?

Quand on évoque la crise migratoire en Méditerranée, les fantasmes statistiques fusent encore sur les plateaux télé. Brandis notamment par l'extrême droite et les mouvements populistes. Check Point revient cette semaine sur une déclaration de Marine Le Pen.

Le 4 juin dernier, la présidente du Front National, Marine Le Pen, l'a à nouveau illustré en déclarant sur France 3 : "On n'en parle pas, mais la submersion migratoire, elle continue. Voilà. C'est trois plus de migrants qui, aujourd'hui, arrivent en Italie qu'à la même époque l'année dernière".

L'Europe serait donc à nouveau "submergée" par l'arrivée de migrants et de réfugiés. Le phénomène aurait même triplé. Et on n'en parlerait pas.

Eh bien, parlons-en.

Que disent les chiffres côté italien ?

En 2017, entre le 1er janvier et le 4 juin (date de cette déclaration de la cheffe de file de l'extrême droite française), le ministère italien de l'Intérieur et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) ont recensé 60 447 arrivées de migrants et de réfugiés sur le sol italien. Principalement en Sicile, en Calambre et sur l'île de Lampedusa.

"À la même époque l'année dernière", les mêmes sources comptabilisaient 48 189 arrivées.

On observe donc bien eu une hausse, mais on est loin du triplement évoqué par Marine Le Pen.

La véritable augmentation est de 25%.

Pas 300%. Mais 25%.

"Une chute drastique"

Reste qu'en mettant en lumière la situation italienne et en assurant qu'une "submersion migratoire continue", Marine Le Pen laisse entendre que les arrivées de migrants reprennent de plus belle.

En élargissant le champ et en se penchant dès lors sur l'ensemble des chiffres de la migration en Méditerranée, le constat est tout autre. L'Italie apparaît comme l'exception.

Le résultat chiffré est sans appel : 30 465 arrivées en Europe entre janvier et mars 2017, contre 175 056 pour les trois premiers mois de l'année 2016. C'est près de six fois moins.

Une diminution impressionnante qui s'illustre essentiellement par le cas grec : entre janvier et mai 2016, ce ne sont pas moins de 156 823 arrivées qui ont été enregistrées sur le territoire hellénique par l'UNHCR et les autorités locales. Pour la même période en 2017, le chiffre est tombé à 7274. C'est… vingt fois moins.

Route des Balkans et accord UE-Turquie

"Une chute drastique des chiffres" qui, selon l'UNHCR, s'explique "clairement par l'accord passé entre l'Union européenne et Ankara". En vigueur depuis le 20 mars 2016, ce deal controversé – notamment accusé par les organisations humanitaires de bafouer les droits des réfugiés – prévoit le renvoi systématique des migrants vers la Turquie. En contrepartie d'un montant de trois milliards d'euros, promis renouvelable.

"Plus encore", poursuit l'Agence de l'ONU, c'est la fermeture de la route des Balkans qui, dans cette partie de l'Europe, a provoqué cette importante diminution du nombre d'arrivées. C'était le 9 mars 2016 : la Slovénie avait décidé de ne plus laisser passer migrants et réfugiés sur son territoire, imitée dans la foulée par la Croatie, la Serbie et la Macédoine. Une décision qui visait à décourager de nouvelles personnes de tenter de rejoindre l'Europe.

Se peut-il alors que la légère augmentation observée en Italie soit un report des refoulés de Grèce ? Un changement de cap effectué par les migrants et les réfugiés ?

Non, estime l'UNHCR, en témoignent les nationalités majoritaires parmi les arrivants : des Nigérians (22%), des Bengalis (19%) ou encore des Ivoiriens (15%). La route centrale méditerranéenne n'est pas empruntée par les Syriens, les Irakiens ou les Afghans qui gagnaient auparavant l'Europe via la Grèce.

Bref, si l'on revient à la déclaration de Marine Le Pen : au vu de la dégringolade statistique, il devient difficile de qualifier encore cette immigration de "submersion". Et, enfin : non, les arrivées en Italie n'ont pas triplé. C'est à la fois faux et trompeur.

Thomas Mignon


Retrouvez le "Check Point" dans Europe Hebdo sur LCP et Public Sénat le jeudi à 14h15 et à 18h30. Chaque semaine, une déclaration ou une idée reçue passera l'épreuve du "Check Point" une séquence de "fact checking" réalisée par la RTBF, avec le soutien du Parlement européen.