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Audiences, santé financière et "Goldorak" : Delphine Ernotte défend son bilan à France Télévisions

Rendre un budget à l'équilibre, laisser du temps aux nouvelles émissions, créer un Netflix français : la patronne du groupe audiovisuel public assume sans faiblir ses engagements devant les députés, malgré des audiences difficiles.


"Vous pouvez êtes fiers du travail accompli." C'est sur ces mots que Rémy Pfimlin, mort brutalement samedi à 62 ans, a laissé les clés de la maison France Télévisions à Delphine Ernotte, en avril 2015. Si son bilan est décrit comme mitigé, chacune de ses victoires fut bonne à prendre, tant réformer ce géant de 10 000 salariés n'est pas une mince affaire.

Des comptes à l'équilibre

La nouvelle patronne l'a bien compris. Auditionnée à l'Assemblée nationale sur le "contrat d'objectifs et de moyens" de l'entreprise pour les quatre années à venir, Delphine Ernotte attaque d'emblée, quitte à heurter la mémoire de son prédécesseur :

Dans notre plan stratégique 2016-2020, l'entreprise est à l'équilibre tous les ans. Année après année, on se doit d'avoir une rigueur extrêmement forte. Je ne vous cache pas que ce n'est pas facile, parce que cette culture de gestion, cette rigueur, est peut-être un peu nouvelle.Delphine Ernotte

Face aux députés, la PDG multiplie les gages de confiance, après avoir essuyé, fin octobre, les lourdes critiques de la Cour des comptes, qui considère que France Télévisions était dans "une impasse financière".

Les Sages relevaient que "les charges de personnel ont (?) enregistré une augmentation de 13 % entre 2009 et 2015", malgré deux plans de départs volontaires. Delphine Ernotte promet donc une vraie baisse des effectifs, de l'ordre de 500 départs jusqu'à 2020, l'équivalent du "non remplacement d'un départ sur deux à la retraite". Une façon de rassurer l'État qui finance à 88 % le budget du groupe (2,5 milliards d'euros par an).

La pub après 20 h ? "4 euros de redevance"

Depuis deux ans, le montant de la taxe Copé sur les fournisseurs d'accès Internet augmente sensiblement. Cette discrète taxation des opérateurs est devenu le moyen pour l'État de boucler le budget de France Télés depuis la fin de la publicité le soir, en 2008... Une bénédiction pour Delphine Ernotte, d'autant que le budget 2017 n'accorde qu'une hausse de 1 euro de la redevance... Face aux députés, elle tient un langage de vérité :

Je pense qu'il faut des moyens pour le service public. Pub ? Redevance ? Peu importe, l'argent n'a pas d'odeur. Je le redis, en remettant la publicité de 20h à 21h, c'est 100 millions d'euros, soit 4 euros de redevanceDelphine Ernotte

Si Delphine Ernotte estime qu'il faut une réforme de la redevance, elle ne serait "pas simple à faire" à cause de "la part incroyable que prend cet impôt dans la discussion médiatique". À l'heure du tout-numérique, élargir la redevance à tous les propriétaires de box Internet (et pas seulement les possesseurs de télévision) est en effet un vieux serpent de mer que les gouvernements successifs n'ont toujours pas tranché...

Enfin, pour montrer sa bonne volonté en matière d'économies, Delphine Ernotte a décidé de "communiquer les notes de frais du comité exécutif" - les siennes incluses - , directement sur le site Internet du groupe. Une opération transparence loin d'être anecdotique quand on sait que certains cadres ont dépensé jusqu'en 2015 des dizaines de milliers d'euros chaque année en... notes de taxi.

Un "Netflix à la française" toujours dans les cartons

La PDG ne souhaite pas seulement être une bonne gestionnaire mais être à l'avant-garde des nouveaux modes de consommation des médias. Son projet d'un Netflix à la française, pour rattraper le retard de notre pays en matière d'abonnement vidéo sur Internet, serait toujours sur la table :

Si on n'a pas en face de Netflix et Amazon une plateforme qui met en avant des ?uvres françaises et européennes, on n'existera pas dans ce nouveau mondeDelphine Ernotte

Pour ce faire, Delphine Ernotte propose de s'allier avec les producteurs, "ceux qui détiennent les droits" des contenus, pour trouver une solution "intelligente" et autofinancée. Un premier plan sera dévoilé lors du conseil d'administration de février 2017. "On devrait avancer assez vite", assure l'ex patronne d'Orange France.

Les "supers audiences" de Franceinfo

Les 28 députés qui ont pris la parole en commission - un "vrai succès d'audience", a commenté dans un sourire le député Patrick Bloche - ont été nombreux à critiquer les mauvaises scores d'audience des chaînes publiques. Alors que France 2 et France 3 connaissent des plus bas historiques, c'est l'audience de la nouvelle chaîne en continu franceinfo qui crispe le plus :

La chaîne info pose question. Vous avez vous-même reconnu qu'elle fait 0,3% d'audience, quand certains de vos concurrents font 2%. On peut se dire qu'avec vos moyens, c'est très peu...François de Mazières, député LR

Lancée en seulement dix mois en partenariat avec Radio-France, France 24 et l'INA, franceinfo est censée incarner depuis septembre une alternative publique aux mastodontes privés, BFM-TV en tête. Trois mois après, Delphine Ernotte prend la défense de son bébé :

Est-ce que 0,3% d'audience c'est bien ? Nous, on trouve ça super bien. BFM n'a pas démarré à 2%. [...] Pour tout vous dire, je pensais qu'on allait démarrer à 0,1%... [...] La télé, c'est pas on/off, c'est un travail qui prend des années.Delphine Ernotte

Pour elle, le coût de la chaîne n'est pas pertinent, seul compte le "surcoût" induit par l'acquisition de matériel et l'entretien de nouveaux studios. Pour le reste, et notamment les salaires, on ne peut pas "couper en deux" les journalistes qui travaillent à la fois sur franceinfo et sur les autres chaînes du groupe, "ce serait une vraie usine à gaz".

Enfin, du côté de France 4, chaîne jeunesse du groupe, le député centriste Rudy Salles trouve qu'on y fait trop la part belle aux dessins animés type "Batman", "Iron Man", "Les Tortues ninjas". "Malgré les qualités graphiques de ces séries d'animation, je ne pense pas qu'elles participent à élever l'enfants au rang de citoyens. [...] Pire, ils sont conditionnés à l'achat des produits dérivés", dénonce l'élu.

Un constat biaisé, selon Delphine Ernotte qui lui répond : "Il n'y a pas que Goldorak sur France 4 !" Même si Goldorak n'est pas répertorié au catalogue de la chaîne...