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Affaire Lactalis : les services de l'Etat n'ont pas averti les crèches de la crise sanitaire

Les responsables des crèches affirment avoir appris par la presse l'existence du scandale du lait infantile contaminé à la salmonelle. "C'est un sujet...", reconnaît la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui évoque des carences dans "la chaîne d'alerte."

En pleine crise du lait infantile contaminé, les crèches ont-elles été livrées à elles-mêmes ? C'est en tout cas ce qu'affirment les représentantes de l'Association des maires de France (AMF) et de la Fédération française des entreprises de crèches (FFEC), lors de leur audition le 31 mai à l'Assemblée nationale, par la commission d'enquête "chargée de tirer les enseignements de l’affaire Lactalis".

Elisabeth Laithier, chargée de la petite enfance à l'AMF, et Elsa Hervy, déléguée générale de la FFEC, ont toutes deux déploré l'absence de communication des services de l'Etat à destination des crèches publiques et privées. Elles affirment avoir appris l'existence du scandale dans les médias.

"Pas de bulletin d'alerte"

"Nous n'avons pas eu de contact direct avec les Agences régionales de santé", explique Elisabeth Laithier (AMF), venue s'exprimer sur la situation des crèches publiques. Elle regrette également "l'absence de rôle" des services départementaux (PMI).

L’Association des maires de France n'a pas non plus eu de contacts avec la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), placée sous la tutelle du ministère de l'Economie et des Finances.

La représentante de l'AMF a préféré en rire :

Il n'y a pas eu un bulletin d'alerte, comme les bulletins d'alerte météo... On n'a rien eu. Elisabeth Laithier

Une situation pourtant lourde de conséquences pour les municipalités, qui gèrent les crèches publiques : "Il ne faut pas oublier que derrière cela, il y a une responsabilité du maire et de la commune, administrative voire pénale", rappelle Elisabeth Laithier.

Contacts "pas existants"

Selon Elsa Hervy, les crèches privées ont vécu la même situation : "La fédération française des entreprises de crèches (ainsi que) les crèches ont appris l'information au cours du week-end du 3 décembre (...) On l'a appris par les médias..." Pour mémoire, le premier rappel de laits infantiles par Lactalis a eu lieu le 2 décembre...

Les services de l'Etat n'ont pas été plus diserts :

Nos contacts avec l'Etat, au cœur de la crise, n'ont pas été... existants (...)Elsa Hervy

Ni l'ARS, ni les services départementaux, ni même Lactalis ne sont entrés en contact direct avec la FFEC, assure Elsa Hervy. Les représentantes de l'Association des maires de France et de la Fédération française des entreprises de crèches affirment même qu'elles n'ont eu aucun contact avec les services de l'Etat à l'issue de la crise. À une exception près :

Avec l'Etat nous avons eu une demande de mail de la direction générale de la cohésion sociale en février 2018 nous demandant comment nous avions géré la crise.Elsa Hervy

Buzyn reconnaît que "c'est un sujet"

Auditionnée à son tour deux semaines plus tard, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a reconnu le problème :

Aujourd'hui, notre chaîne d'alerte n'a pas du tout accès aux crèches et vous avez raison, c'est un sujet.Agnès Buzyn

Selon la ministre, les crèches, qui sont des "structures extrêmement nombreuses", sont "dans le champ social mais pas dans le champ sanitaire". Or, précise Agnès Buzyn, le système d'alerte français a été pensé pour "les produits de santé, les produits médicaux, le sang". Et, donc, pas pour les rappels de lait infantile.

La ministre estime cependant que les départements, via les services de protection maternelle et infantile, pourraient à l'avenir servir de relais à l'Etat puisque ce sont les seuls à détenir des listes exhaustives des crèches. "Je pense que c'est un levier d'amélioration, clairement", a conclu benoîtement Agnès Buzyn.